‹ Paganisme et JudaïsmeChapitre 29 sur 35 · PAGAXISME · texte numérisé non relu

PAGAXISME

etablissements publics, il y avait aussi une foule de necromanciens ou Psychagogues qui faisaient profession d'evoquer les morts. Le grammairien Apion, qui vivait du temps de Pline, assure avoir questionne Homere sur sa patrie et ses ancetres: malheureusement il aoubliede nous transmettre sa reponse (i). Appius, contemporain de Ciceron, s'etait livre ä des evocations funebres (^2) : on cite parmi les empereurs Neron (3) et Garacalla (4), qui pour apaiser, Tun les mänes de sa mereassassinee, l'autre ceux deson pereet desonfrere, eureiit recours ä l'art que les Lacedemoniens avaient eux-memes fait pratiquer nagueres par des Psycthagogues, pour apaiser l'ombre de Pausanias qu'ils avaient fait mourir.

ioo. — Ce qui prouvecombien cet art etait repandu, c'est qu'on pouvait s'y livrer ostensiblement et sansetre inquiete, pourvu qu'on ne se proposät pas de nuire aux autres. Ainsi Tibulle avoue que pour s'assurer de l'amour de Delie, il s'etait confieä une magicienne, qui l'avait purifiö et lui avait fait immoler une brebis noire (5) ä la lueur destorches. C'est parmi les femmes surtout, plus impressionnables ä raison de leur faiblesse et de leur sensibilite que cette foule de Goetes des deux sexes recrutaient leurs plus credules adeptes. Ainsi dans Piaute, un vieillard cite parmi les inconvönients du mariage, la necessite de donner sans cesse de l'argent ä une femme, pour consulter les magiciennes, les oneirocrites et toute cette engeance (e). C'etait un

(l)Plin.H. N.30. 2.

{2)Tusc. 1. 16.

(3) Suet. Ner. 34.

(4)H6rodiaii.4. 12. 5.

(3)Til). Eleg. 1.2. 40.64.

(6j Mil.glor. 3. 1. V. 93-100.

ET JÜDAIS.ME. 29o

bruit accredite dans toute l'empire que Tibere avait use de ce moyen pour oter la vie ä Germanicus : on trouva dans le grenier de sa demeure quantite de cadavres exhumes, des fragments d'imprecations, des tables de plomb portant son nom, des ossements sanglants, et demicaleines,toutrappareil enfin qui servait ävouer les ämes aux dieux infernaux (i).

lo6. — Dans les endroits oü Ton sacrifiait des victimes humaines, la magie n'etait pas etrangere ä cette coutume, aecompagnee elle-meme de pratiqiies magiques : Pline remarque qu'en Gaule et en Bretagne la magie etait fort en vogue et il la rattache aux sacrifices druidiques, qu'il regarde menie comme un reste d'anthropophagie. Cliez les Romains on sacritiait principalement les enfants pour cet objet. Le decret du Senat de l'an 97 avant J.-C. qui interdisait les sacrifices humains, dut meme comprendre dans cette proscfiption ceux de jeunes gar^ons et d'enfants : mais l'organisation de Tesclavage a cette epoque empecha la rigoureuse execution de cette mesure, Ciceron put jeter ä la face de Valerius ces paroles : vous avez coutume d'evoquer les ombres des morts et d'offrir aux dieux de l'enfer les entrailles d'enfants immoles (2). Pline dit de Neron, qu'il ne se faisait pas faute de souil- 1er de sang humain les pratiques superstitieuses auxquelles il se livra pendant un certain temps avec ardeur (ö). Catilina, les empereurs Didius Julianus et Heliogabale celebrerent aussi ces abominables riles : Julien voulut user de ce moyen pour conjurer la haine du peuple: l'empereur Valerien entendit un mage d'Egypte lui reprocher d'immoler les enfants d'un pere

(1) Tacit. ann. 2. 69. Dio Cassius. 57. 18.

(2) Cic. in Vatin. c. G.

infortune, de decouper les entrailles d'un nouveau ne, de mettre en pieces la creature de Dieu (i). G'est ainsi qu'on voit chez Juvenal l'aruspice de Comagene promettre ä la femme cupide un amant ou im riebe heritage (2); « il fouille la poitrine du poussin et les entrailles d'un jeune chien, et meme Celles d'un enfant. » C'etait un usage plus revoltant encore et tres-repandu cependant que d'arracher prematurement du sein de la mere le fruit de ses entrailles, comme le fit le tribun Pollentianus, curieux d'apprendre d'un esprit revelateur quel serait le successeur de Valens (3). Maxence renouvela cette borreur ä Rome (4). Apres la mort de Julien on trouva dans le temple de Carre, qu'il avait consacre aux pratiques secretes de la Tbeurgie, une femme suspendue par les ebeveux, avec le corps entr'ouvert (5) : on suppose que Julien lui-meme avait consomme cette abomination ; mais il n'est pas invraisemblable que les pretres de l'endroit en fussent euxmemes les auteurs : c'est une coutume dejä indiquee dans Lucain (e).

157. — Les esprits formes ä l'ecole de la philosopbie, professaient un souverain mepris pour la magie de ces Goetes. La plupart de ceux-ci etaient Egyptiens de naissance ou sortaient des ecoles egyptiennes : les places publiques etaient le tbeätre de leur savoir: entoures de tableaux pompeux et de figures d'animaux extraordinaires, qui remuaient comme s'ils eüssent ete vfvants (7), ils se faisaient fort, moyennant quelques

(1) Dionys. Alex. ap. Eus. H. E. 7. 10.

(2) Sat. 6. 550.

(3) Aram.Marc.29. 2.

(4) Euseb. H. E. 8. 14.

(o)Theod.H. E. 3.21-22.

(6) Pharsal. 6. 334.

(7) Cels. ap. Orig. c. cels. 1 . p. 53. Spenc.

ET JUDAISME. :2!l/

oboles, d'expulser les demons du corps humain, de chasser les maladies par leur souffle, d'evoquer les ämes des heros. En exceptant jusqu'ä un certain point les Epicuriens, il n'y avait presque personne qui ne rejctait la magie en general et dans toutes ses formes et ne la regardät comme une simple Illusion. Pline parait faire fort peu de cas de tout ce qui s'y rattache : d'aprös lui, Neron apres avoir ete dupe de ces illusions et s'etre jete ä corps perdu dans les pratiques occultes de la theurgie ne tarda pas ä reconnaitre son erreur et a repudier tous les rites que les mages regardaient comme une condition indispensable au succes, tels que les sacrifices d'hommes et ceux de brebis noires (i). Artemidore fait, en commengant par les Pythagoriciens une longue enumeration des maitres de l'art divinatoire, dont il engage k regarder les promesses comme fallacieuses, parce que pas un d'eux ne comprenait la veritable mantique: il tient au contraire pour tres-digne de foi l'art et les formules des sacrificateurs, des aruspices, des astrologues, des oneromanciens et hepatomanciens : il suspend son jugement sur les mathematiciens et les genesialogues, (tireurs d'horoscopes), et il garde le silence sur les differentes branches de la magie proprement dite {-2).

158. — La partie la plus elevee et la plus difficile de la magie etait la theurgie, science secrete, extremement prönee par les Neo-Pythagoriciens et les Platoniciens et dont l'objet etait d'entrer en communication non plus avec les etres inferieurs, les demons, mais avec les dieux eux-memes; de provoquer leur apparition et d'en tirer parti dans un but determine. On s'y pr^parait par la purification de Täme inferieure, qu'on

(i; Plin.H. N. 30.2.

(2) Oneirocrit: 2- 69.

reduisait par de rüdes mortifications, par la retraite et l'isolement du monde exterieur. II fallait pour exercer la theurgie, posseder, par une revelation tenue tressecrete les noms veritables des dieux et la connaissance desvictimes consacrees et des formules deprieres : cette science des noms, expression adequate des attributs de la divinite etait communiquee aux Theurges, du temps de Marc-Aurele, par les dieux eux-memes, ä ce que dit Proclus. Gräce au pouvoir de ces noms on obtenait des dieux l'accomplissement de toutes ses volontes (i) ; il y avait aussi des formules qui servaient comme de saufconduit aux ämes et qui avaient en meme temps un pouvoir si vaste sur les etres inferieurs, habitant les regions moyennes de l'espace, les demons, qu'elles pouvaient enchainer les ämes qui prenaient leur essor versle ciel (2). Les philosophes mages, adeptes de cette science, avaient leurs mysteres auxquels on ne pouvait se faire initier que graduellement, pour arriver enfin ä une revelation complete de la divinite (3), se manifestant sous diverses formes, surtout sous la figure humaine, et souvent aussi sous l'apparenced'une lumiere informe. II est assez probable qu'il ne s'agissait pas ici d'un simple eft'et de fantasmagorie theätrale, mais d'un etat artificiellement provoque, analogue ä l'intuition magnetique, et d'une sorte d'extase, oü l'on se voyait entoure d'une lumiere eclatante comme ces hesychastes byzantins du 44'^ siecle. Assez souvent ces hautes Operations de la Theurgie manquaient leureffet par suite de quelqu'omission, et au lieu du dieu attendu, on voyait alors apparaitre un etre tout difförent,

(1) Procl. inCratyl. p. 77.

(-2) Arnob. 262.

(3) Procl. in Polit. p. 379.

ET JUDAISME. :299

d(5moniaque, d'une nature moins subtile nomme An • tithöe, et qui se plaisait k bercer les ignorants des illusions les plus variees et les plus grossieres (i).

(\) Arnob. 412. Jambl. myst. 3. 31.

Page 1