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Pageants du tricentenaire de Québec

(Priant) : A vos apôtres seuls et à vos saints il appartient d'exercer des miracles. Je ne suis pas digne, Seigneur, d'être l'instrument de votre puissance et le ministre de vos miséricordes.

Dieu éternel et tout puissant, Esprit Saint, auteur et dispensateur des Sept Dons, renouvelez en faveur de ces âmes et de ces corps malades le prodige du Cénacle. Et de même que vos apôtres parlaient des langues qu'ils n'avaient pas apprises, de même ces infidèles comprendront la langue inconnue que je parlerai en lisant l'Evangile leur apprenant, avec votre Nom, l'origine de la Lumière que vous avez créée et de la Vérité dont vous êtes le Verbe.

Lecture de l'Kvangile, précédée d'une sonnerie de clairons.

JaequesjCartier. — Initium Sancti Evangelii secundum Joannem.

Les Français. — Gloria tibi, Domine.

Jacques Cartier. — In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum

est nihil quod factura est. In ipso vita erat, et vita erat lux hominum, et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Deo cui nomen erat Joannes. Hic venit in testimonium ut testimouium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera quse illuminât omnem hominem venientem in hune mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est et mundus eum non cognovit. In propria venit et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dédit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in nomine ejus ; qui non ex sanguinibus neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt.

ET VERBUM CARO FACTUM EST, (Tous Les Français tombent à genoux)

et habitavit in nobis, (et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patri), plénum gratise et veritatis.

Les Français. -Deo gratias.

2ième TABLEAU : — La Bourgade de Stadaconô. 3 mai 1536.

Jacques Cartier plante une croix commémorative. — Prise de possession

du Canada

Pendant que l'on élève la croix, l'un des aumôniers de Jacques Cartier récite à haute voix, recto touo, et très lentement, la prière suivante :

Dom Guillaume Le Breton. — Protège, Domine, plebem fcuam, per signum sanctae Crucis, ab omnibus insidiis inimicorum omnium : ut tibi gratam exhibeamus servitutem, et acceptabile fiât sacrincium nostrum.

I/orchestre accompagne cette prière en exécutant un motif, Au

Chemin du Calvaire, de l'oratorio de Gounod, Rédemption .

Quand la croix est érigée, l'autre aumônier de Cartier récite à haute voix, recto tono, et très lentement aussi, les paroles suivantes, que l'orchestre accomgne en répétant le même motif :

Dom Anthoine. — Lumen ad revelationem gentium et gloriam plebis tuse Israël.

3ième TABLEAU : — Enlèvement du Chef Indien Donnacona.

Jacques Cartier, (Apostropha à la croix). — Croix de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, garde jusqu'à mon retour cette peuplade et ce royaume.

Eclaire de tes rayons les ombres de la mort où Stadaconé est assise.

Fais sentinelle, au nom du Christianisme et de la France, sur cette frontière de la Barbarie jusqu'à l'arrivée des missionnaires de l'Eglise et de la Civilisation !

Comme un phare sur l'infini de la mer, brille sur l'immensité de cette terre enténébrée de paganisme, en attendant l'aurore, puis le grand jour de l'Evangile qui se lèvera demain sur le Canada tout entier.

(Il salue la croix) : O CVUX, Ave !

4ième TABLEAU:! — 1536. Jacques Cartier, à la Cour de François 1er, rendant compte de sa découverte.

Personnages.

François 1er, roi de France.

La Reine.

Philippe de Chabot, grand amiral de France. Jacques Cartier, capitaine-découvreur.

Donnacona, chef indien .

Taignoagny et Domagaya, interprètes.

Une jeune indienne.

Entrée de la Cour.

Danse des Faunes .

Un courtisan s'approche de Philippe de Chabot et lui parle à l'oreille.

Philippe de Chabot, (à François 1er). —J'aurais une faveur, Sire, à vous demander.

François 1er. — Au compagnon de mon enfance, je ne saurais rien refuser. Il s'agit ? . . .

Philippe de Chabot. — D'une audience à accorder au capitaine Jacques Cartier qui désire rendre compte de son voyage à Votre Majesté.

François 1er. — Qu'on l'introduise, à l'instant même.

Entre Jacques Cartier accompagné de Donnacona, des deux interprètes et de dix autres Sauvages canadiens. Mouvements de curiosité dans l'assistance.

Jacques Cartier. — Sire . . .

François 1er. — Loyal et fidèle serviteur, je suis heureux d'apprendre votre retour, et de vous remercier d'avoir bravé, une fois de plus, les dangers de l'Océan, pour la plus grande gloire et les meilleurs intérêts de Notre couronne. Que me rapportezvous du Nouveau-Monde ?

Jacques Cartier. — Je vous ai découvert et conquis trois royaumes !

Toute l'assistance répète d'un seul cri : Trois royaumes !

Jacques Cartier. — Trois royaumes : celui de Saguenay, celui de Canada, dont voici le roi (montrant Donnacona) et celui d'Hochelaga. Leurs territoires réunis dépassent en superficie l'étendue de notre France. Je me suis même laissé dire que l'Europe y tiendrait !

François 1er. — Eh ! capitaine-découvreur, dites-moi, ne me faites-vous point la part trop large dans la succession d'Adam ? Vous saviez que j'enviais et jalousais mes frères, les rois d'Espagne et du Portugal ; serait-il vrai que je fusse mieux nanti qu'eux ?

Jacques Cartier. — Sur une montagne du royaume d'Hochelaga il m'a été donné de voir un spectacle si magnifique, qu'en présence de ce tableau enchanteur la pensée m'est venue d'appeler cette montagne Mont-Royal, car je souhaitai d'y voir placé votre trône. De là, vous auriez vu courir des chaînes de montagnes entre lesquelles s'étendait, à perte du regard, une plaine immense. Et au milieu de ces profondes solitudes comme à travers leurs épaisses forêts reposait, dans une majesté incomparable, un fleuve quatre fois large comme la Seine et qui se prolongeait, à l'ouest, vers des terres inconnues. Ces Sauvages, que voici, m'ont expliqué, par signes, que l'on pouvait naviguer sur ce fleuve merveilleux pendant plus de trois lunes, c'est-à-dire pendant plus de trois mois, sans rencontrer aucun obstacle.

François 1er — Mais alors, c'est le chemin de la Chine que vous avez découvert !

Jacques Cartier. — J'en ai pour vous l'espérance ! Voyezvous d'ici s'ouvrir les portes de l'Occident? la France tenir avant tout autre, le commerce de l'Inde, du Cathay, du Zipangu ? car je crois tenir un passage plus court et plus avantageux que celui trouvé par Magellan aux îles fortunées du poivre et des épices.

L'assistance éclate en applaudissements.

François 1er. — Et maintenant, capitaine-découvreur, présentez-moi le roi de Canada.

Jacques Cartier fait un signe à Donnacona qui s'avance avec majesté, regarde le roi, la reine, toute l'assistance, avec fierté.

Donnacona. — Quatgathoma !

François 1er. — Que dit-il ?

Jacques Cartier. — Il dit : « Regardez-moi. »

François Ier : — Il est superbe, ce Sauvage, il méritait d'être roi. (Après un temps, à Donnacona) : Quel est votre nom, mon amij?

Donnacona. — Donnacona.

François 1er. — Et vous êtes ?

Donnacona. — Agouhanna !

François 1er. — Agouhanna ! (A Jacques Cartier) : Cela veut dire ?

Jacques Cartier. — Roi, chef, prince, commandant.

François 1er. — Tenez-vous en au premier mot, capitaine, c'est le meilleur. Il traduit admirablement bien la majesté de cet Indien ! J'ai lieu de croire que vous n'avez pas traité cet homme comme un prisonnier ? Il méritait d'être mon hôte. Il le sera. Et je veux qu'on lui rende, au retour dans sa bourgade, ses pouvoirs et son titre de roi.

Agouhanna / Ce mot est joli à prononcer comme à entendre. On dirait de l'italien. (Saluant la reine) Canada, Donnacona, Agouhanna ! C'est délicieux ! J'ai découvert une nouvelle lan-

gue pour parler aux femmes. (Aux courtisans) Il est heureux que la

trouvaille soit de notre CÔté, Messieurs. (A Jacques Cartier, lui désignant Donnacona) : Demandez-lui de m'adresser la parole.

Donnacona (avec dignité). — Aiguaz !

François 1er (à Jacques Cartier). — C'est-à-dire ? . . .

Jacques Cartier. — Je vous salue !

François 1er (à Donnacona). — Aiguaz !

Donnacona. — Segada, tigneny, asche, honnacon, ouiscon, indahir, ayaga, addegue, madellon, assem (puis il répète, en présentant la jeune fille): assem, agnyaquesta (i).

François 1er (souriant). — Très bien, mon ami, parfaitement. Je ne comprends absolument rien. Vous avez la voix très belle et ce sera délice que de vous entendre parler français . . . l'an prochain.

La jeune Indienne (s 'approchant du roi). — Votre Majesté . . .

François 1er (stupéfait). — Comment ! elle parle français ? où donc l'a-t-elle appris ?

La jeune Indienne. — A Stadaconé, dans ma bourgade, en soignant les malades du capitaine Cartier que le sel empoisonnait.

François 1er. — Que veux-tu pour ta récompense ?

La jeune Indienne (amèrement). — Ma récompense ! je l'ai déjà reçue des Visages Pâles. Je les avais arrachés à la mort et ils m'ont arrachée à mon pays !

François 1er. — Et tu voudrais y retourner?

La jeune Indienne. — Pour le revoir seulement, je traverserais la mer à la nage !

François 1er, — Le capitaine Cartier te ramènera au Canada à son prochain voyage. Je t'en donne ma parole de roi !

(i) Traduction : Un, deux, trois, quatte, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, Donnacona compte, en les présentant au roi, chacun des dix sauvages amenés avec lui en France, en commençant par lui-même : segada, un, c'est-à-dire : premier : je suis le premier. Au dixième il ajoute au mot assem, (dix) celui de agnyaquesta qui veut dire : jeune fille.

Cf. Relation du second voyage de Cartier, de D'Avezac, verso du feuillet 46 et recto du feuillet 47.

La peine (à la jeune indienne). — Vous ne me parlez pas, mon enfant ?

La jeune Indienne. — Tu es si belle qu'en te regardant j'oublie les mots de ma propre langue !

La peine. — Ce compliment-là vaut un bijou. (Elle lui donne un collier de perles.) Dites-moi votre nom, mignonne.

La jeune Indienne.— Mon nom ? Stadacona !

La peine.— Et cela signifie ?

La jeune indienne.— Aile d'oiseau, c'est-à-dire : légère et libre comme un oiseau.

La peine.— Stadacona ! ce nom gazouille en effet, je crois chanter quand je le prononce : Stadacona ! Stadacona !

La jeune indienne.— Et moi je pleure quand je t'écoute.

La peine.— Pourquoi donc?

La jeune indienne. — Stadacana ! Stadaconé ! c'est le nom de la bourgade qui m'a vu naître et que j'ai perdue pour toujours !

Elle s'éloigne de la reine, et rejoint les Sauvages.

Donnacona. — Quazahoa quea !

François 1er (à Cartier qui sourit). — Que dit-il ?

Jacques Captiep. — Il demande à boire !

François 1er (riant). — C'est plus long que dire : « J'ai soif. » Rafraîchissez ces braves gens.

On apporte à boire aux Sauvages.

Donnacona. — Quazahoa quascahoa !

François 1er (riant). — Ça veut-il dire «Encore»?

Jacques Captiep. — Non, Sire, mais tout simplement | « J'ai faim. »

François 1er. — Très juste. Le moins que puisse faire un mauvais roi est de bien nourrir ses nouveaux sujets.

On apporte des fruits aux Sauvages.

[ io ]

Donnaoona (montrant les épées des gentilshommes.) — Qliazahoa

agoheda !

François 1er. — Encore lui ! Peste ! l'appétit lui vient en mangeant. — Eh ! ventre Saint-Georges ! je crois qu'il demande un couteau !

Jacques Cartier. — Une épée, Sire, c'est différent.

François 1er ( badinant ) : — Comme longueur de lame, oui. Mes compliments capitaine-découvreur : votre protégé se civilise à vue d'œil. Je parierais qu'il vous a déjà proposé l'échange de son arc contre une arquebuse, et le troc de ses flèches pour des balles. C'est encore différent. . . comme longueur de portée ! Décidément ce Peau-Rouge vise au progrès . . . en nous prenant pour cible.

(Il fait distribuer des dagues aux Sauvages).

François 1er (à Cartier). — Je désire maintenant entendre les interprètes. Dites-leur de me raconter quelques merveilles de leur pays.

Jacques Cartier (aux interprètes). — Sa Majesté désire vous entendre, lequel de vous deux parlera ?

Taignoagny. — Domagaya a vécu plus longtemps que moi sur la terre ; qu'il parle.

Domagaya. — Le Grand Sagamo des Visages Pâles demande quelles merveilles et quelles richesses possèdent les trois royaumes de Saguenay, de Canada et d'Hochelaga. Il croirait que je me vante si je lui disais toute la vérité. Le capitaine Jacques Cartier, ton serviteur, te parlera des bois et des fourrures, des poissons et des rivières de notre pays et de ses territoires interminables. Je te raconterai, moi, les prodiges et les choses extraordinaires qui se passent au Saguenay, prodiges et choses que Donnacona, mon maître, a vu de ses yeux et dont il te rendra témoignage quand il pourra, comme moi, parler la langue des Visages Pâles. Ainsi tu verrais de l'or dans les sables des rivières, des rubis dans les rochers des montagnes, des hommes blancs comme des Français et vêtus comme eux de drap de laine. Plus loin, vers le nord, tu verrais des peuplades d'hommes et de femmes qui n'ont qu'une jambe ! Et plus loin encore, des gens qui vivent sans manger !

François 1er. — De mieux eu mieux ! Bravo, interprète, ton

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