RÉPONSE DE TRACY AU CONSEIL SOUVERAIN
Monsieur le Procureur Général,
Messieurs les membres du Conseil Souverain,
Je vous remercie de toutes les civilités que je reçois de votre compagnie, et ne sais trop comment vous témoigner la joie que je ressens de votre accueil.
C'est par la justice que les Etats les mieux établis se conservent et se consolident et ceux, comme la présente colonie, qui ne font que de naître, ont encore plus besoin qu'on la rende avec exactitude et célérité.
Je suis, en effet, comme vous le dites, le Justicier attendu et promis : un justicier qui ne vient pas seulement demander compte aux Iroquois de tout le sang français qu'ils ont versé depuis Brébeuf jusqu'à Dollard, mais un justicier qui va les
(i) « Nous avons vu, écrit Marie de l'Incarnation, l'imprimé des pouvoirs que le Roi lui donne ; ils nous étonnent, ces pouvoirs, parce qu'ils ne peuvent être plus grands, ni plus étendus, à moins d'être roi lui-même et absolu. »
frapper d'un châtiment tel que le souvenir en suffira pour terroriser tous les Peaux-Rouges de l'Amérique.
Ce châtiment exemplaire que je vous annonce, je veux également qu'il soit connu de ceux-là même qui vont le subir. Qu'ils soient assez lâches pour s'y dérober ou assez téméraires pour l'attendre, la chose importe peu, et la conséquence en est indifférente. Mais ce qui ne l'est pas est la déclaration de guerre que je veux être officiellement signifiée à ces Barbares comme si leurs cinq Cantons constituaient une nation d'Europe. Vous, les représentants de la magistrature en ce pays, comprendrez, n'est-ce pas, combien grande sera la leçon de civilisation donnée à ces fourbes et à ces traîtres. Et j'ose croire qu'elle ne sera point perdue.
^'expédition militaire sera très longue à préparer. Il faudra, par exemple, construire des forts à partir de l'embouchure de la rivière Richelieu jusqu'à l'entrée du lac Champlain, et alors seulement l'armée pourra se mettre en marche. Mais Dieu, qui a donné à nos ennemis le temps de commettre tous leurs forfaits, — meurtres, pillages, rapts et assassinats, — nous donnera bien celui de méditer et de compléter leur ruine. Cette Providence, en qui je repose tout mon espoir, m'a permis d'atteindre à la vieillesse ; elle consentira bien à me laisser vivre assez pour accomplir cette mission rigoureuse mais nécessaire dont m'a chargé mon souverain.
Tous ensemble rendons-nous à l'église remercier cette Divine Providence de nous avoir sauvé des périls de la mer et la prier de nous préserver encore des dangers de la guerre que nous allons entreprendre pour le Christ et le Roi.
Allocution des Hurons à Tracy
Grand Ononthio,
Tu vois à tes pieds les débris d'une grande terre et les restes pitoyables d'un monde entier, autrefois peuplé d'une infinité d'habitants. Ce ne sont maintenant que des cadavres qui te parlent, à qui l'Iroquois n'a laissé que les os, après en avoir dévoré la chair, grillée sur des charbons. Il ne nous restait plus qu'un petit filet de vie, et nos membres, dont la plupart ont passé par les chaudières bouillantes de l'ennemi, n'avaient plus de vigueur, quand, avec bien de la peine, ayant levé les yeux,
nons avons aperçu sur la rivière, les vaisseaux qui te portaieat, et, avec toi, tant de soldats qui nous sont envoyés par ton grand Ononthio et le nôtre.
Ce fut alors que le Soleil nous parut éclater de ses plus beaux rayons et éclairer notre ancienne terre qui, depuis tant d'années, était devenue couverte de nuages et de ténèbres; alors que nos lacs et nos rivières parurent calmes, sans tempêtes ni brisants. Pour te dire le vrai, il me sembla entendre une voix sortie de ton navire et qui nous disait, d'aussi loin que nous pouvions te découvrir :
« Courage, peuple désolé, tes os vont être reliés de nerfs et de muscles, ta chair va renaître, tes forces vont t'être rendues, tu vas vivre comme autrefois. »
Tout d'abord, je me défiais de cette voix que je croyais être celle d'un doux songe flattant nos misères ; mais le bruit de tant de tambours et l'arrivée de tant de soldats m'ont éveillé.
Après tout, bien que je fre voie de mes yeux et que j'embrasse tes pieds, la joie que tu m'apportes est si inattendue que j'aurais peur encore d'être trompé par un beau rêve, si je*me sentais déjà tout réconforté par ta seule présence.
Je te vois, ô généreux Ononthio, je t'entends, je te parle j Sois le bienvenu, et reçois ce petit présent, (une peau d'orignal façon 1
née et peinte à la mode indienne, que le chef dépose aux pieds de M. de Tracy)
du crû de notre terre, pour marque de la joie que nous ressentons de ton heureuse arrivée, et de l'hommage que nous rendons au plus grand de tous les Ononthios (x) de la terre, qui a eu compassion de nos misères et t'envoie pour nous en délivrer (2).
Allocution de Tracy aux Hurons.
Mes enfants,
Les sentiments de votre cœur et les pensées de votre esprit ne parlent pas huron, car je vous comprends sans interprète. Vous n'avez de sauvage que les traits du visage, ceux de votre âme sont bien français.
Ne vous étonnez pas d'être guéris et de croire que votre agonie n'était qu'un rêve. Celui qui a fait marcher le Paraly-
(1) Tous les gouverneurs français du Canada, depuis Montmagny, furent salués par les Sauvages du nom d' Ononthio. Ce mot traduisait littéralement le nom de M. de Montmagny, (Mons Magnus), c'est-à-dire : Grande Montagne.
(2) Cf : Relations des Jésuites, année 1665, ch. II, pages 5 et 6. Tome III — Augustin Côté, éditeur, Québec, 1858.
tique ressuscitait encore les morts. Vous étiez bien maladesy vous ne l'êtes plus et la santé vous reviendra si vite que vous courrez demain avec moi sur les sentiers de la guerre.
Soyez reconnaissants au vrai Dieu de ce miracle. Ecoutez les Robes Noires qui vous parlent en son Nom, comme moi, je vous commande en celui du Grand Ononthio des Français.
(Congédiant les Sauvages du geste) : J'ai dit.
Mgr de Laval a Tracy
Monseigneur,
L'Eglise du Canada, par la bouche de son premier pasteurr vous souhaite aujourd'hui la bienvenue. Jamais présence du lieutenant de Sa Majesté Très Chrétienne, ne fut plus ardemment désirée, ni son arrivée plus impatiemment attendue. Jamais aussi nécessité ne fut plus grande du secours des armes françaises. En même temps qu'elle protégeront les sujets du Roi, elles ouvriront un chemin nouveau à l'Evangile au pays même des Iroquois.
Nous rendons grâce à Dieu qu'il ait inspiré à notre grand monarque de choisir pour cette guerre, dont il vous laisse la conduite, des troupes vieillies dans la gloire de cent batailles. Si elles retrouvent au Canada la neige des Alpes, elles y cueilleront aussi les lauriers d'Allemagne, car la victoire ne peut manquer, ici, comme là-bas, de suivre leurs drapeaux.
Il y a tantôt quarante ans que nous soupirons après l'heure de la délivrance. Elle sonne enfin. Notre barbarie va se changer en royaume, nos forêts en villes, et nos déserts en provinces. Entrons remercier Dieu, dans son sanctuaire, pour tant de bienfaits, et bénissons qui nous les apporte.
Réponse de Tracy à Mgr. de Laval
Monsieur de Laval, (*)
Il serait bien étonnant que sous le règne d'un monarque aussi puissant que le nôtre, et sous la faveur et la conduite d'un évêque aussi zélé que vous, on ne vît point naître, prospérer et
(i) A ceux-là qui ont oublié la signification comme la valeur de certains mots français, il semble étrange que Tracy réponde Monsieur de Laval au premier évêque de Québec qui l'a salué du titre de Monseigneur.
Au XVlIe siècle, le titre de Monsieur l'emportait en dignité sur celui de
grandir la nouvelle Eglise du Canada, et, suivant la belle comparaison du Psalmiste, cette Jeune Vigne couvrir les montagnes de son ombre, étendre ses pampres jusqu'à la mer et pousser des ceps jusqu'aux rives de l'Euphrate.
Que les soldats du Christ se joignent à ceux du Roi pour combattre ensemble et la fureur et l'infidélité de l'Iroquois : les premiers par la prédication de la Foi, les seconds par la terreur des armes françaises. Ainsi nous aurons fait deux fois leur conquête et deux fois assuré le maintien de la paix.
SIXIEME PAGEANT
llième TABLEAU. — Daumont de Saint=Lusson
Procès-verbal de la prise de possession des pays de l'Ouest, 14 juin 1671.
Simon-François Daumont, écuyer, sieur de Saint-Lusson, commissaire subdélégué de M^r l'Intendant de la Nouvelle- France pour la recherche de la mine de cuivre au pays des Outaouais, Nez-Percés, Illinois et autres nations sauvages découvertes et à découvrir en lWmérique Septentrionale du côté du L,ac Supérieur ou Mer Douce.
Sur les ordres que nous avons reçu de M%r l'Intendant de la Nouvelle-France, le trois septembre dernier, signés et paraphés Talon et au dessous : par Mgr Varnier, avec paraphe, de nous transporter incessamment au pays des sauvages Outaouais,
Monseigneur. Le frère du roi s'appelait Monsieur. Or, comme à cette époque le haut clergé, l'épiscopat, venait, dans l'État, immédiatement après la royauté, on croyait faire — et l'on ne se trompait pas — aux dignitaires ecclésiastiques un plus grand honneur et témoigner d'un plus profond respect en disant aux évêques Monsieur au lieu de Monseigneur. On les désignait encore par le nom de leurs sièges épiscopaux : Ainsi Monsieur de Meaux, Monsieur de Cambrai, Monsieur de Nîmes, etc.
J'eusse été encore plus près de la vérité historique en faisant dire par Tracy Monsieur de petrée à Mgr de Laval en 1665, comme Frontenac lui dira plus tard, en 1674, Monsieur de Québec.
Mieux valait donc que le représentant de Louis XIV dît Monsieur de Laval à l'évêque de Québec, à l'exemple même du Maître qui disait Monsieur de Fénélon à l'archevêque de Cambrai.
Nez-Percés, Illinois et autres nations découvertes et à découvrir en l'Amérique Septentrionale, du côté du lac Supérieur ou Mer Douce, pour y faire la recherche et la découverte des mines de toutes façons, surtout de celle du cuivre, nous ordonnant au surplus de prendre possession au nom du Roi de tout le pays habité et non habité où nous passerions, plantant à la première bourgade la Croix pour y produire les fruits du Christianisme, et l'Ecu de France pour y assurer l'autorité de Sa Majesté et la domination française ; Nous, en vertu de notre commission, ayant fait notre premier débarquement au village ou bourgade de Sainte - Marie- du -Sault, lieu où les Révérends Pères Jésuites font leurs missions, et les nations des Sauvages nommés Achipoés, Malamechs, Noquets et autres font leurs actuelles résidences, nous avons fait assembler le plus des nations voisines qu'il nous a été possible, lesquelles s'y sont trouvées au nombre de quatorze nations, à savoir : le» Achipoés, les Malamechs, et les Noquets habitant le dit lieu de Sainte Marie du Sault, et les Banabéouiks et Makomiteks, les Boulteattemis, Outnalominis, Sassassaouacottons, habitant, dans la baie nommée des Puants, et lesquels se sont chargés de le faire savoir à leurs voisins qui sont les Illinois, Mascouttins, Outtongamis, et autres nations ; les Christinos, Assinopoals, Amoussonnites, Outaouais, Bouscouttons, Niscaks et Masquikonkiocks, tous habitants des terres du nord et proches voisins de la mer, lesquels se sont chargés de le dire et faire savoir à leurs voisins, que l'on tient en très grand nombre, habitant sur le bord de la mer même; auxquels, en présence des Révérends Pères de la Compagnie de Jésus et de tous les Français ci-après nommés, nous avons fait lecture de notre dite commission et icelle fait interpréter en leur langue par le sieur Nicolas Perrot, interprète de Sa Majesté en cette partie, afin qu'ils n'en puissent ignorer, faisant ensuite dresser une croix pour y produire les fruits du Christianisme, et proche d'icelle un bois de cèdre auquel nous avons arboré les Armes de France en disant par trois fois et à haute voix et cri public, qu'an nom du très haut, très puissant et très redouté monarque Iyouis XI Ve du nom, très chrétien roi de France et de Navarre, nous prenons possession du dit lieu Sainte-Marie-du-Sault, comme aussi des lacs Huron et Supérieur, isles du Caientoton et de tous les autres pays, fleuves, lacs et rivières contiguës et adjacentes, iceux tant découverts qu'à . découvrir, qui se bornent d'un côté aux
mers du Nord et de l'Ouest, et de l'autre côté à la mer du Sud, comme de toute leur longitude ou profondeur, levant à chacune des dites trois fois, un gazon de terre en criant : Vive le Roi ! et le faisant crier à toute l'assemblée, tant française que sauvage, déclarant aux dites nations ci-dessus que dorénavant, comme dès à présent, ils étaient relevants de Sa Majesté, sujets à subir ses lois et suivre ses coutumes, leur promettant toute protection et secours de sa part contre l'incurse ou invasion de leurs ennemis, déclarant à tous autres potentats, princes, souverains, tant États que Républiques, eux ou leurs sujets, qu'ils ne peuvent ni ne doivent s'emparer, ni s'habituer {f établir) en aucun lieu de ce dit pays, que sous le bon plaisir de Sa Majesté Très Chrétienne et de celui qui gouvernera le pays de sa part", à peine d'encourir sa haine et les efforts de ses armes ; et afin qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance, nous avons attaché au derrière des Armoiries de France extrait de notre présent procès-verbal de prise de possession, signé de nous et des personnes ci-après nommées, lesquelles étaient toutes présentes.
Fait à Sainte-Marie-du-Sault, le 14e jour de juin, l'an de grâce 1671, aux présences des Révérends Pères : Claude d'Ablon, supérieur des missions de ces pays-là, Gabrielle Dreuillettes, Claude Allouez, André, tous de la Compagnie de Jésus, et du Sieur Nicolas Perrot, interprète pour Sa Majesté en cette partie ; le Sieur Jolliet, Jacques Mogras, habitant des Trois-Rivières, Pierre Moreau, sieur de la Taupine, soldat de la garnison du Château de Québec, Denis Masse, François de Chavigny, sieur de la Chevrottière, Jacques Lagillier, Jean Mayseré, Nicolas Dupuis, François Bibaud, Jacques Joviel, Pierre Porteret, Robert Duprat, Vital Driol, Guillaume Bonhomme et autres témoins. Ainsi signé :
Daumont de Saint-IvUSSON (x)
Allocution du Père Claude Allouez aux Sauvages
Voici, mes frères, une bonne affaire qui se présente à vous, une grande et importante affaire qui fait le sujet de ce conseil. Jetez les yeux sur la Croix qui est si haut élevée au-dessus de vos têtes : c'est où Jésus Christ fils de Dieu, s'étant fait homme pour l'amour des hommes, a voulu être attaché et a voulu mourir
(1) Cf. Ernest Gagnon, Lotm Jolliet, pages 20-21-22.
afin de satisfaire à son Pire Eternel pour nos péchés. Il est le maître de nos vies, du ciel, de la terre et des enfers ; c'est celui dont je vous parle toujours et dont j'ai porté le nom et la parole en toutes ces contrées.
Mais regardez en même temps cet autre bois de cèdre où sont attachées les Armoiries du grand Capitaine de la France que nous appelons le Roi. Il demeure au delà de la mer, il est le capitaine des plus grands capitaines et n'a pas son pareil au monde. Tous les capitaines que vous avez jamais vus et dont vous avez entendu parler ne sont que des enfants auprès de lui. Il est grand comme un arbre et eux ne sont que comme des petites plantes qu'on foule au pied en marchant. Vous connaissez Ononthio, le célèbre capitaine de Québec, vous savez et vous expérimentez qu'H est la terreur des Iroquois, et son nom seul les fait trembler depuis qu'il a désolé leur pays et porté le feu dans leurs bourgades ; il y a, au delà de la mer, dix mille Ononthios comme celui-là, qui ne sont que les soldats de ce Graud Capitaine, notre grand Roi dont je parle.
Quand il dit le mot : Je vais en guerre ! tout le monde obéit et ces dix mille capitaines lèvent des compagnies de cent soldats chacune, et par mer et par terre. Les uns s'embarquent sur des navires au nombre de cent et de deux cents, tels que vous en avez vus à Québec. Vos canots ne portent que quatre ou cinq hommes, et dix ou douze tout au plus ; nos navires de France en portent quatre ou cinq cents, et même jusqu'à mille. Les autres vont en guerre par terre, mais en si grand nombre qu'étant rangés à la file, deux à deux, il tiendraient plus de place qu'il n'y en a d'ici à Mississaquenk, quoique nous y comptions plus de vingt lieues.
Quand il attaque, il est plus redoutable que le tonnerre : la terre -tremble, l'air et la mer sont en feu par la décharge de ses canons. On l'a vu, au milieu de ses escadrons tout couvert du sang de ses ennemis, dont il a passé un si grand nombre à l'épée qu'il n'en compte plus les chevelures, mais les ruisseaux de sang qu'elle fait couler. Il relâche ses innombrables prisonniers de guerre, les laisse aller là où ils veulent pour bien témoigner qu'ils ne les craint pas. Personne, présentement, n'ose lui faire la guerre. De toutes les parties de la terre on accourt pour le voir, lui parler, l'écouter, l'admirer. C'est lui seul qui décide toutes les affaires du monde.
Que dirais-je de ses richesses ! Vous vous estimez riches
quand vous avez dix à douze sacs de blé, quelques haches, rassades, chaudières ou autres choses semblables. Il a des vilïes à lui plus que vous n'êtes d'hommes dans tous ces pays à cinq cents lieues à la ronde ; dans chaque ville il y a des magasins où l'on trouverait assez de haches pour couper tous vos bois, assez de chaudières pour cuire tous les orignaux de vos forêts, assez de rassades pour emplir toutes vos cabanes. Sa maison est plus longue que le chemin qui conduit d'ici au haut du Sault (*), plus haute que le plus grand de vos arbres et elle loge plus de familles que la plus grande de vos bourgades n'en peut contenir.
Réjouissez-vous, car c'est lui, le Capitaine des plus grands capitaines, c'est ce grand Roi de France qui sera désormais votre protecteur et votre père (2) ».
SEPTIEME PAGEANT
12ième TABLEAU. — Frontenac et le Parlementaire de Phips
Personnages
Louis de Buade, Comte de Frontenac, gouverneur-général de la Nouvelle-France.
Le lieutenant Thomas Savage, parlementaire de Sir William Phips (3).
(1) Plus d'une demi lieue.
(2) Cf. Relations des Jésuites, année 167 r, tome III pages 28 et 29, Augustin Côté, éditeur, Québec, 1858.
Il est facile de concevoir l'effet de ce discours hyperbolique sur l'imagination enflammée des Sauvages. Allouez n'était pas seulement un bel orateur, mais aussi un acteur incomparable
(3) En 1870 on ignorait encore le nom du parlementaire de Phips. Aussi Joseph Marmette était-il parfaitement justifiable de dire dans son roman, François de Bienville, que le parlementaire de Phips se nommait Harthing « le lieutenant Harthing ».
Mais depuis 1902 cette licence historique n'est plus permise. Cette annéelà les éditeurs John Wilson and Son, de Cambridge, Etat de Massachussetts. ont publié deux nouvelles relations, jusqu'alors inédites, de l'expédition de Sir William Phips contre Québec. , L'une d'elles, du Rev. John Wise, miniîtet
Philippe Clément Duvault, Sieur de Valrennes, capitaine des gardes de Frontenac.
François de Bienville, interprète.
La flotte anglaise est devant Québec — Emoi de la population — Cris d'enfants et de femmes. «Les Anglais ! Les Anglais ! » — Tumulte.
Frontenac (à la foule.)— Halte-là, mes amis, et point de panique, s'il vous plaît, devant l'ennemi. Ça lui ferait trop d'honneur !
Les Anglais arrivent dites-vous? La belle nouvelle! Ils sont à Tadoussac depuis trois semaines ! et vous le savez tous comme moi. Ils nous sauvent l'ennui de courir à eux : ils viennent à nous, comme l'ours au piège! Et sera pris qui voulait prendre ! Croyez-m'en !
Tous nos remparts ont des canons, tous nos jeunes gens ont des fusils ! l'assaut est impossible ! Toutes les troupes et les milices de la colonie seront à Québec demain, aussi vrai que je suis avec vous aujourd'hui, mes enfants. (Acclamations.)
Vous le reconnaissez encore, n'est-ce pas, votre vieux Frontenac ? (Acclamations, bravos). Je suis toujours malgré mes soixante et dix ans, le Frontenac des anciens jours, l'homme que vous avez connu à Saint-Gothard, vétérans de Carrignan-Sallières,
(acclamations) le soldat de Candie et d'Orbitello. (Tonnerre d'applaudissements) .
Aujourd'hui même, Monsieur de Callières arrivera de
Montréal avec huit cents hommes. (On entend à distance, jouer des
fifres et battre des tambours). Que dis-je, aujourd'hui ? les voici, à l'instant même, je reconnais leurs fifres et leurs tambours ! Cris de la foule en délire) .
On entend chanter dans le lointain: «Sir Pnips s'en va-t'en guerre». Ce sont Les miliciens qui amèneut le parlementaire de Phips à Frontenac. Le parlementaire a les yeux bandés.
0/ God's Word at Chebacco, nous donne le nom du parlementaire qui présenta à Frontenac la sommation de l'amiral, le matin du 16 octobre 1690. Cette sommation avait été rédigée la veille, lue, discutée et approuvée à une séance du conseil de guerre tenue à bord du vaisseau-amiral, le Six Friends, comme nous l'apprend la brochure américaine, à la page 22 :
« The summons Avas read. duly considered and ordered to be sent to Count Frontiniak or the chief in authority at Quebeck by the hand of Capt. Lieut . Thomas Savage ».
L'auteur de cette relation, le Rev. John Wise, faisait partie de l'expédition en qualité de chapelain militaire.
(Sur l'air de « Malbrough s'en va-t-en guerre)
Sir Phips s'en va-t-en guerre Mironton, mironton, mirontaine, Sir Phips s'en va t-en guerre Contre le Canada.
Il ne se doute guère
Mironton etc.
Il ne se doute guère
De ce qui l'attend là.
Mais croit descendre à terre
Mironton etc.
Mais croit descendre à terre
Sitôt qu'il sommera !
Venez, beau militaire,
Mironton etc.
Venez, beau militaire
Québec vous recevra !
Et mettra pour vous plaire
Mironton etc.
Et mettra pour vous plaire
Ses habits de gala !
Mais à quoi bon tant faire !
Mironton etc.
Mais à quoi bon tant faire
Rien ne l'éblouira.
Car ce parlementaire,
Mironton etc.
Car ce parlementaire
Regarde et ne voit pas^!
Quelle étrange visière
Mironton etc.
Quelle étrange visière
L,ui fait ce bandeau-là !
Gentil parlementaire,
Mironton etc.
Gentil parlementaire
Appuyez sur mon bras !
Car vous pourriez bien faire
Mironton etc.
Car vous pourriez bien faire
Deux ou trois mauvais pas.
En grimpant jusqu'à l'aire
Mironton etc.
En grimpant jusqu'à l'aire
De l'aigle qui est là.
(Montrant le Château Saint-Louis).
Quand tu verras, corsaire,
Mironton etc.
Quand tu verras, corsaire,
A qui tu parleras !
Ça te donnera l'erré
Mironton etc.
Ça te donnera l'erré
De redescendre en bas(i) !
Le parlementaire est mis en présence de Frontenac et on lui enlève brusquement son bandeau.
(i) L'air de Malbrough s'en va-t en guerre est de beaucoup plus ancien que les mots de la chanson. Il était déjà vieux au temps de la Ligue, et les dictionnaires historiques nous apprennent qu'en 1563 on chantait sur sa musique les couplets du Convoi du Duc de Guise, assassiné par Poltrot. Il m'était donc parfaitement loisible de chansonner, sur le même air, le parlementaire de Phips,
Le parlementaire. — May I speak to Count Frontenac . . .
Frontenac, (l'interrompant). — C'est moi, Monsieur!
Le parlementaire (poursuivant). — lieutenant-general and governor for the French King at Canada
Frontenac (l'interrompant). — C'est moi, Monsieur !
Le parlementaire (poursuivant). — or, in is absence, to his deputy or him or them in chief command at Québec ?
Frontenac. — C'est moi, Monsieur !
Valrennes (au parlementaire) — Nommez -vous, d'abord.
Le parlementaire. What ?
Bienville. — Your name, sir ?
Le parlementaire. — Captain-lieutenant Thomas Savage. Bienville. — In what capacity ?
Le parlementaire. — As bearer of a suramons from Sir William Phips, Knight, General and Commander in and over their' Majesties forces of New England, by sea and land, to Count Frontenac.
Frontenac. — Très bien, Monsieur, lisez, je vous écoute.
Le parlementaire. — The war between the two crowns of England and France doth not only sufficiently warrant, but the destruction made by the French and Indians, under your command and encouragement, upon the persons and estâtes of their Majesties' subjects of New England, without provocation on their part, hath put them to the necessity of this expédition for their own stcurity and satisfaction.
Frontenac (interrompant). — Je n'ai jamais été familier avec l'Anglais, aussi, M. de Bienville, vous seriez fort aimable de me traduire ce document.
Bienville (au parlementaire). — That paper, please.
(L,e parlementaire lui remet la sommation).
Bienville (traduisant) : — Les guerres entre les deux couronnes d'Angleterre et de France ne sont pas seulement un suffisant motif mais la destruction faite par les Français et les Sauvages sous votre commandement et encouragement sur les personnes et biens des sujets de leurs Majestés de la Nouvelle-Angleterre, sans aucune provocation de leur côté, les oblige de faire cette expédition pour leur propre sûreté et satisfaction.
Comme aussi les cruautés et les barbaries qui ont été exercées par les Français et les Sauvagesfsignes de dénégation et mur-) mures de protestation) pouvaient, par cette présente occasion, nous engager à nous revancher sévèrement, cependant, étant dési-
reux d'éviter les actions inhumaines et contre le Christianisme, comme aussi pour prévenir l'effusion du sang autant que possible, moi, ci-dessous, Guillaume Phips, Chevalier, par ces présentes et au nom de leurs Très Excellentes Majestés Guillaume et Marie, Roi et Reine d'Angleterre, Ecosse, France et Irlande, Défenseurs de la Foi, et par ordre de leurs susdites Majestés, Gouverneur du Massachusetts, colonie dans la Nouvelle- Angleterre, demande que vous ayiez à rendre vos forts et châteaux sans être démolis, camme aussi toutes les munitions sans y être touchées, comme aussi une prompte délivrance de tous les captifs ensemble avec la délivrance de vos personnes et biens à ma
disposition. (Mouvements d'indignation dans la foule)
Ce que faisant vous pourrez espérer pardon de moi comme un chrétien, ainsi qu'il sera jugé à propos pour le service de leurs Majestés et la sûreté de leurs sujets ; ce que, si vous refusez de faire, je suis venu pourvu et résolu, avec l'aide de Dieu dans lequel je me fie, par force d'armes de revancher tous les torts et les injures qui nous ont été faits et de vous rendre sous la sujétion de la couronne d'Angleterre, et lorsque, trop tard, vous le voudrez faire, regretterez de n'avoir plus tôt accepté la faveur que l'on vous a offerte.
Votre réponse positive, dans une heure, par votre trompette, avec le retour du mien, est ce que je vous demande sur le péril qui pouira s'en suivre.
(Signé) Guillaume Phips.
Clameurs immenses ! Toute l'assistanoe indignée fait mine de se ruer sur le parlementaire. Seuls, Frontenac et Savage demeurent impassibles. Après un temps
Le Parlementai I»e. — Tirant sa montre et la mettant insolemment
sous le visage de Frontenac. — It is ten o'clock, Sir, and by eleven, I must have an answer !
Tumulte indescriptible, cris, gestes de menace, les officiers tirent l'épée du fourreau.
Valrennes (furieux) A la potence ! bandit ! A la potence ! Traitons cet insolent comme l'envoyé d'un corsaire. Phips, son digne maître, n'a-t-il pas violé la capitulation de Port-Royal? retenu Menneval prisonnier, et contre sa parole et contre le droit des gens ? Retour de politesse, alors, (criant à la quelqu'un, perdu dans la foule) Hé ! Rattier ! Rattier /(*) sus à la vermine! Apporte ton échelle et tes cordes !
(i) En 1690, le bourreau de Québec {maître des hautes œuvres, comme on l'appelait) se nommait Jean Rattier dit Du Buisson.
Le parlementaire :— En vérité, monsieur, vous en causez à votre aise du droit des gens ! et l'appliquez à merveille ! Pendre un parlementaire ! Le procédé serait bien français ! Seulement, rappelez vous ce qu'il vous en a coûté, l'an dernier, d'avoir envoyé aux galères les ambassadeurs iroquois ! Auriez vous oublié déjà le massacre de La Chine ? Franchement, le bourreau n'a pas besoin de venir ici : le premier d'entre vous me fera bien mon nœud de cravate ! (à Valrennes) M. du Chanvre, je suis à vos ordres !
Frontenac. — Monsieur parle français, et bon français, l'aimable surprise ! J'en suis ravi. Vous savez encore mieux notre histoire que notre langue. Bravo ! Votre geste est charmant : il me rappelle le Grand Condé, le seul à ma connaissance, qui ait jamais pris une ville avec une montre ! Seulement, mon cher, laissez-m°i vous dire que vous n'êtes pas de force à renouveler ici ce tour d'adresse. Votre montre n'est pas à répétition, (rires ironiques), l'anecdote non plus, mais elle se raconte agréablement tout de même.
C'était en 1652, nous étions en révolte ouverte contre la tyrannie de Mazarin, Mademoiselle de Montpensier avait envoyé l'ordre à la petite ville de Montargis d'ouvrir ses portes à l'armée du Prince de Condé. Le commandant de Montargis se nommait Mondreville. Il refusa d'obéir. Alors Monsieur le Prince tirant sa montre — comme vous, milord — envoya dire au sieur de Mondreville que si, dans une heure — toujours comme vous, milord — Montargis n'ouvrait pas ses portes, il les enfoncerait tout simplement et que, tout simplement aussi, ses habitants, du premier au dernier, seraient pendus.
Dix minutes plus tard Mondreville offrait au Prince de Condé un verre de vin pour le rafraîchir et Montargis le priait de lui faire l'honneur de coucher chez elle !
Voilà ce qui se passait en France, sous la Fronde, en 1652. Mais nous sommes au Canada en l'an de grâce mil six cent nonante, vieux style. Mondreville est mort depuis longtemps, le Prince de Condé aussi, et, vous l'avouerai-je, monsieur, je ne suis pas d'humeur, ce matin, à jouer le rôle de Mondreville. Je tiendrais mieux, je crois, celui du Grand Condé. Ne m'accusez pas de vantardise, Monsieur, mes blessures et mes cheveux blancs me permettent cette vanité du courage. Dites-moi, ( d'un ton railleur) en confidence, auriez-vous lu, par hasard, les Mémoires de Made-
moiselle de Montpensier ? Elle était grande amie de ma femme . . . autrefois.
Le parlementaire (froidement). — L'heure n'est pas aux confidences, ni aux anecdotes, Monsieur le Gouverneur, mais au péril de votre réponse que je veux positive, dans une heure ! Frontenac. — Ma réponse positive ? la voici : Dites à votre général que je ne connais point le roi Guillaume et que le prince d'Orange est un usurpateur qui a violé les droits les plus sacrés du sang en voulant détrôner son beau-père ; que je ne sais, en Angleterre, d'autre souverain que le roi Jacques ; que votre général n'a point dû être surpris des hostilités qu'il dit avoir été faites par les Français dans la colonie du Massachusetts, puisqu'il a dû s'attendre que le Roi, mon maître, ayant reçu sous sa protection le roi d'Angleterre, étant près de le replacer sur son trône par la force de ses armes, comme j'en ai nouvelles, m'ordonnerait de porter la guerre en ces contrées chez les peuples qui se seraient révoltés contre leur prince légitime.
Vous avez entendu, Monsieur le parlementaire, les murmures d'indignation soulevés autour de moi par votre arrogante sommation. Eh bien ! sachez que ce sentiment est commun à tous nos gentilshommes et à tous nos paysans, aux premiers comme aux derniers d'entre eux !
Votre général croit-il, quand il m'offrirait des conditions plus douces, et que je fusse d'humeur à les accepter, que tant de braves gens, que voici, voulussent y consentir, et qu'ils me conseillassent de me fier à la parole d'un homme qui n'a pas gardé la capitulation qu'il avait faite avec le gouverneur de Port- Royal, et d'un rebelle qui a manqué à la fidélité qu'il devait à son légitime Roi, en oubliant tous les bienfaits qu'il en avait reçus, pour suivre le parti d'un prince qui, en essayant de persuader qu'il veut être le libérateur de l'Angleterre et le défenseur de la Foi, y détruit les lois et les privilèges du royaume, renversant la religion catholique. C'est ce que la justice divine, que votre général réclame dans sa lettre, ne manquera jamais de punir quelque jour sévèrement. »
Applaudissements, acclamations, bravos.
Le Parlementaire. — Monsieur le Gouverneur voudra bien me donner cette réponse par écrit.
Frontenac. — Et que faites-vous de ma parole? Par écrit? Non, jamais ! (éclatant) : « Je vais répondre à votre maître par la
bouche de mes canons ! » i A Valrennes) : M. de Valrennes, ramenez le parlementaire à son canot. (Aux officiers) : Courons, messieurs, à l'ennemi ! — Vive le Roi !
Clameur immense de Vive le Roi ! Le parlementaire est reconduit à sa chaloupe sur l'air de : Va, va, va, pHit bonnet, grand bonnet.
Messieurs les Anglais de Boston
Va, va, va, p'tit bonnet, tout rond,
Se sont fâchés pour tout de bon,
P'tit bonnet, grand bonnet, p'tit bonnet tout rond
Et va, va. va, p'tit bonnet, grand bonnet,
Et va, va, va, p'tit bonnet tout rond.
Se sont fâchés pour tout de bon, Va, va, va, etc.
L'amiral Phips, quel fanfaron !
P'tit bonnet, etc, etc.
L'amiral Phips, quel fanfaron !
Va, va, va, etc.
Croit que nous capitulerons P'tit bonnet, etc, etc.
Croit que nous capitulerons Va, va, va, etc.
Dans une heure ! Oh c'est un
[peu prompt !
P'tit bonnet, etc, etc.
Dans une heure ! Oh ! c'est un [peu prompt !
Va, va, va, etc.
Frontenac bondit sous l'affront.
P'tit bonnet, etc, etc.
Frontenac bondit sous l'affront.
Va, va, va, etc, etc.
Ce gouverneur n'est pas poltron, P'tit bonnet, etc, etc.
Ce gouverneur n'est pas poltron, Va, va, va, etc.
En goguenardant il répond : P'tit bonnet, etc.
En goguenardant il répond :
Va, va. va, etc.
Au Colin-Maillard d'entrepont, P'tit bonnet, etc.
Au Colin-Maillard d'entrepont, Va, va, va, etc.
Si t'as du toupet, j'ai du front !
P'tit, bounet, etc,
Si t'as du toupet, j'ai du front !
Va, va, va, etc.
Remets ta montre en ton giron, P'tit bonnet, etc.
Remets ta montre en ton giron, Va, va. va, etc.
Tu n'es pas Condé, mon mignon !
P'tit bonnet, etc
Tu n'esjpas Condé, mon mignon, Va, va, va, etc.
Il est dangereux, nom de nom !
P'tit bonnet, etc.
Il est dangereux, nom de nom !
Va, va, va, etc.
De me commander sur ce ton !
P'tit bonnet, etc.
De me commander sur ce ton Va, va, va, etc.
Car je monte au diapason, P'tit bonnet etc.
Car je monte au diapason, Va, va, va, etc.
De qui me parle en rodomont, P'tit bonnet, etc.
De qui me parle en rodomont.
Va, va, va, etc.
Mes compliments à ton patron, P'tit bonnet, etc.
Mes compliments à ton patron, Va, va, va, etc.
Tu lui diras que je réponds P'tit bonnet, etc.
Tu lui diras que je réponds Va, va, va, etc.
« Par la bouche de mes canons ! »
P'tit bonnet etc.
Et va, va, va, p'tit bonnet, grand bonnet Et va, va, va, p'tit bonnet tout rond.
HUITIEME PAGEANT
13ième TABLEAU : — Grande parade d'honneur
Montcalm et Wolfe, Lévis et Murray, Carleton et Salaberry, à la tête de leurs régiments respectifs, défilent au bruit du canon et des fanfares. Salut général des troupes auquel répondent les salves des vaisseaux de guerre ancrés
en rade.
Groupement de tous les personnages du Cortège Historique et des Pageants.
Chant des deux hymnes nationaux : O Canada ! et Dieu sauve i,E Roi ! Salut au Drapeau.