DAUMONT DE SAINT-LUSSON
ALLOCUTION DU PÈRE CLAUDE ALLOUEZ AUx SAUVAGES
Voici, mes frères, une bonne affaire qui se présente à vous, une grande et importante affaire qui fait le sujet de ce conseil. Jetez les yeux sur la Croix qui est si haut élevée au-dessus de vos têtes : c’est où Jésus Christ fils de Dieu, s'étant fait homme pour l’amour des hommes, a voulu être attaché et a voulu mourir
(1) Cf. Ernest Gagnon, Zours Jolliet, pages 20-21-22,
afin de satisfaire à son Père Eternel pour nos péchés. Il est le maître de nos vies, du ciel, de là terre et dés enfers ; c'est celui dont je vous Parle toujours et dont j'ai porté le nom et la parole en toutes ces contrées.
Mais regardez en même temps cet autre bois de cèdre où sont attachées les Armoiries du grand Capitaine de la France que nous appelons le Roi. Il demeure au delà de la mer, il est je capitaine des plus grands capitaines et n’ monde, itai
Vous connais-
le célèbre capitaine de Québec, vous savez et vous expérimentez qu’il est la terreur des Iroquois, et son nom seul les fait trembler depuis qu’il a désolé leur Pays et porté le feu dans leurs bourgades : il y a, au delà de la mer, dix mille Ononthios comme celui-là, qui ne sont que les soldats de ce Grand Capitai-
Quand il dit le mot : Je vais en guerre ! tout le monde obéit et ces dix mille capitaines lèvent des compagnies de cent soldats chacune, et Par mes et par terre. Les uns s'embarquent sur des navires au nombre de cent et de deux cents, tels que Vous en avez vus à Québec. Vos canots ne portent que quatre ou cinq hommes, et dix ou douze tout au plus: nos navires de France en portent quatre ou cinq cents, et même jusqu'à mille. Les autres vont en Berre par terre, mais en si grand nombre qu'étant rangés à la file, deux à deux, il tiendraient plus de place qu’il n’y en a d'ici à Mississaquenk, quoique nous y comptions plus de vingt lieues,
Quand il ataque, ii est plus redoutable que le tonnerre : la terre tremble, l'air et la mer sont en feu par la décharge de ses Canons. On l’a vu, au milieu de ses escadrons tout couvert du sang de ses ennemis, dont il a passé un si grand nombre à lPépée qu’il n’en compte plus les chevelures, mais les ruisseaux de sang qu’elle fait couler. Il relâche ses innombrables prisonniers de guerre, les laisse aller 1à où ils veulent pour bien témoigner qu’ils ne les craint pas. Personne, présentement, n'ose lui faire la guerre. De toutes les parties de la terre on accourt pour le voir, lui parler, l'écouter, l'admirer. C'est lui seul qui décide toutes les affaires du monde.
Que dirais-je de ses richesses! Vous vous estimez riches
quand vous avez dix à douze sacs de blé, quelques haches, rassades, chaudières ou autres choses semblables. Il a des villes à lui plus que vous n'êtes d'hommes dans tous ces pays à cinq cents lieues à la ronde ; dans chaque ville il y a des magasins où l’on trouverait assez de haches Pour couper tous vos bois, i i les orignaux de vos forêts,
assez de rassades pour emplir toutes vos cabanes, Sa maison est plus longue que le chemin qui conduit d'ici au haut du Sault (1), plus haute que le plus grand de vos arbres et elle loge grande de vos bourgades n’en peut
Réjouissez-vous, car c'est lui, le Capitaine des plus grands capitaines, c'est ce grand Roi de France qui sera désormais votre protecteur et votre père (2) »
SEPTIEME PAGEANT
12ième TABLEA J,— Frontenac et je Parlementaire de Phips