LUI
humaine, les dénuements, les opprobres, les tortures du corps, les amertumes du cœur, les agonies de l'âme, tout cela porté à un degré d'intensité qui ne fut jamais égalé, vous l'avez, ô Jésus, enduré sur la croix.
Par là vous avez offert à votre Père une réparation surabondante du péché. Vous n'aviez pas à réparer pour vous-même, car vous êtes l'innocence et la sain teté absolues (1), mais « vous aviez pris sur vous toutes nos iniquités » (2), et c'est pour les expier que vous avez tant souffert.
Par là vous avez donné à l'humanité les plus sublimes exemples. L'humilité, l'obéissance, la douceur, la patience, l'amour de Dieu et le zèle de sa gloire, la charité pour les hommes et le souci de leur salut éternel, toutes ces vertus que vous aviez pratiquées durant toute votre vie, vous les avez portées, dans votre Passion et dans votre mort, au suprême degré de l'héroïsme.
Par là vous avez mérité pour vous-même une gloire sans égale. De par son union à la divinité, votre humanité sainte avait à cette gloire un droit de nature ; Dieu a voulu qu'elle vous appartînt aussi par droit de conquête. Vous l'avez dit vous-même, « il fallait que le Fils de l'homme souffrît pour entrer dans sa gloire » (3) ; et saint Paul nous le déclare.
(l) Hebp., vu, 26.
i2) /s., LUI, 5, G.
(3) Luc, XXIV, 26.
<r parce que vous vous êtes humilié en vous faisant obéissant jusqu'à la mort de la croix, à cause de cela Dieu vous a exalté et vous a donné un nom au-dessus de tout nom, qui fait fléchir tout genou au ciel, sur la terre et dans les enfers » (1).
La gloire que vous avez conquise pour vous-même, vous l'avez aussi méritée pour les hommes, vos frères. « C'est par votre immolation, nous apprend encore votre apôtre, que vous êtes devenu pour ceux qui vous obéissent la cause du salut éternel (2). »
Regardez donc Jésus crucifié, ô vous qui souffrez, et vous trouverez dans cette contemplation l'intelligence de vos souffrances, la force de les accepter, la consolation qui les adoucira. Quelque dures et multiples qu'elles soient, elles n'égaleront jamais celles que le Fils de Dieu a endurées pour vous. Souffrez avec lui, et vos douleurs deviendront fécondes comme les siennes.
Souffrir avec Jésus- Christ, c'est souffrir uni à lui par l'état de grâce. Si vous avez eu le malheur de perdre la grâce par le péché, profitez du saint temps de Carême pour vous réconcilier avec Dieu par le sacrement de pénitence, afin que vos souffrances ne demeurent pas stériles pour l'éternité.
Souffrir avec Jésus-Christ, c'est accepter la souffrance en esprit de soumission à la volonté de Dieu et par amour pour lui. Il est des âmes généreuses
(1) Phil., Ti, 8, 10.
(2) Hebr., v, 9.
qui, avides de lui témoigner leur amour, en arrivent à aimer la douleur et à la désirer, comme le Christ qui disait de sa Passion : « J'ai un baptême dont je dois être baptisé, et comme je suis pressé qu'il s'accomplisse (1) ! » Si vous n'avez pas le courage d'aller jusque-là, tout au moins répétez avec Jésus au Jardin des Oliviers : « Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite et non la la mienne (2) !»
A ce prix, vos souffrances répareront vos fautes, elles rachèteront celles de vos frères et de votre patrie, elles vous feront monter vers les sommets de la beauté morale, elles vous mériteront un bonheur sans mesure et sans fin.
2 février 1915.
U) Luc, XII, 50.
(2) Matth., XXVI, 42.