LA SOUFFRANCE
Nos TRÈS CHERS FRÈRES,
La souffrance est une des grandes lois de la vie humaine en ce monde.
Il y a bien des siècles que le patriarche Job le constatait : « L'homme vit peu de temps », et, durant sa courte existence, « il est accablé de beaucoup de misères (1). » L'Eglise appelle la terre « la vallée des larmes », parce que les pleurs de l'humanité y coulent comme un fleuve qui ne tarit jamais.
La souffrance est de tous les temps, mais il en est où elle devient plus universelle, plus continuelle, plus aiguë. Les jours que nous vivons sont de ceuxlà.
A cette heure, pour nos compatriotes et pour nous, la souffrance est partout :
Souffrance sur les champs de bataille où nos vaillants soldats affrontent la mitraille, dans les tranchées où ils passent leurs jours et leurs nuits, exposés à l'humidité glaciale de l'hiver et aux coups de l'ennemi ;
Souffrance sur les lits d'hôpital où gisent des mil-
(1) Job, XIV, I.
liers de blessés, avec leurs membres déchirés ou mutilés ;
Souffrance dans les camps et les forteresses qui détiennent nos chers prisonniers, isolés de leurs familles et de leur patrie, voués à de dures privations ;
Souffrance dans les contréesenvahies par l'ennemi, qui fait peser sur elles son joug barbare et les tient séparées de nous par un mur de fer et de feu ;
Souffrance parmi les exilés de ces malheureuses régions, cpi wït dû. fuir devant l'invasion et errent dénués de tout ;
Souffrance au sein des familles, où tant d'épouses et de mères i>leurent la mort d'êtres aimés o^J tremblent à tout instant pour ceux qui survivent ;.
Souffrance enGn dans tous nos cœurs, qui compatissent à tous ces deuils et à toutes ces détresses^ et attendent avec confiance» mais non sans angoisses, la victoire de la France.
Oui, vraiment ces jours sont entre tous des jours de douleur.
Sans doute, tous supportent, courageusement ces dotkleurs et sont résolus à les accepter jusqu'au bout po^or le salut de la patrie. Il n'en est pas moins- vrai que tant de souffrances posent devant nous un mystère qui trouble et déconcerte la raison humaine.
En face de la douleur, la raison ne peut,, en- effet, qmi balbutier des consolations impuissajites* Quand elle ne se révolte pas, elle ne sait parler que de lois fatales qu'il faut subir. Seule, la religion chrétienne peut expliquer la souffrance, l'adoucir et la coB.soler.
Un ho-mme d*Etat du dernier siècle, qui n'était pas croyant (1), l'a reconnu : « Ce qui îerB. à jamais la foorce du christianisme, c'est qu'il a donné un sens à la douleur. »
Nous voudrions:, N. T. C. F. , vous rappeler sur ce sujet si actuel les enseignements divins, et ainsi, comme l'apôtre saint Paul, « vous consoler dans la tribulation par les paroles que nous avons entendues de Dieu » (2).
Pour cela nous répondrons à ces deux questions :
I>'où vient la souffrance ?
A quoi sert la souffrance ?
Et d'abord, d*où vient îa souffrance ?
La saine raison et la foi nous le disent, le monde est Tœuvre d*un Dieu bon. Comment se fait-il que la douleur y occupe tant de place? Dieu se plairait-il donc à rendre malheureux les êtres qu*iî a créés?
Ne le croyez pas, N. T. C. F. La révélation nous rapprend, le monde n'est pas tel que Dieu Tavait fart. Ce nVst pas Dieu qui a créé îa douleur, pas plus qu'il n'a créé îa mort (3), qui est la plus cruelle et comme l'assemblage de toutes les douleurs.
Sans doute, tout ce qui est créé est nécessairement imparfait. Par suite, si bien ordonnée qu'eût pu être
(1) M. TlIIERS.
(2) //, Cor., I, 4.
(3) Sap., I, 13.
la nature, elle eût été par elle-même sujette à l'imperfection, à l'infirmité, au déclin, et l'homme, n'ayant pour apanage que les dons naturels, eût dû, un jour ou l'autre, souffrir ou mourir. Mais, dans sa bonté toute gratuite, Dieu avait daigné doter la nature humaine de privilèges supérieurs à elle-même. En même temps qu'il lui avait communiqué sa propre vie en l'élevant à l'état surnaturel, il lui avait accordé des dons merveilleux, qui formaient en elle comme le cortège de la grâce, et par lesquels elle était soustraite à toute atteinte de la souffrance et de la mort. Si l'homme fût resté fidèle à la loi divine, sa vie se fût écoulée dans les délices sans mélange du paradis terrestre, et il serait passé, sans que son corps et son âme connussent de séparation, dans la béatitude éternelle du ciel.
Ce bel ordre a été renversé. En désobéissant à son Créateur, l'homme a perdu, avec la vie surnaturelle, les privilèges dont il avait été gratifié. A la suite du péché et par lui,|la mort est entrée dans le monde (1), et avec la mort, la douleur, qui en est le prélude et l'avant-goût. Telle est l'origine de tous les maux dont souffre l'homme : Dieu n'en est pas l'auteur responsable.
Si la faute d'Adam est la cause première et générale de toutes nos souffrances, la plupart d'entre elles ont aussi pour causes particulières des fautes personnelles de ses descendants. Sans doute, il est
(1) Rom.j V. 12.
des douleurs qui peuvent n'être imputables qu'au désordre primitif, introduit dans le monde par le péché d'origine : telles certaines maladies et infirmités, telles des catastrophes comme ce récent tremblement de terre qui a couvert de victimes et de ruines toute une région de l'Italie. Mais combien d'autres malheurs qui sont dus à l'action, proche ou lointaine, de volontés perverses ! Combien d'hommes qui souffrent ou qui meurent prématurément, victimes de leurs fautes ou des fautes de leurs ascendants ! Et lorsqu'une guerre, comme celle qui ravage en ce moment l'Europe, multiplie par milliers les blessés et les morts, qui donc porte la responsabilité de tant de douleurs? Ne sont-ce pas ceux qui, par un orgueil colossal ou une ambition sans frein, ont déchaîné de telles calamités? Comment en faire grief à Dieu, qui condamne ces grands coupables, même quand ils osent se réclamer de son nom, et qui se réserve de les châtier à son heure?
Il est vrai, Dieu les laisse faire, et tout en réprouvant ces crimes, il les tolère.
Ici, nous rencontrons un autre mystère, non moins profond que celui de la douleur, le mystère du mal moral et du jeu de la liberté humaine sous le gouvernement divin.
Dieu a voulu faire l'homme libre et « le laisser dans la main de scn conseil » (1). A une création qui tout entière eût exécuté ses ordres comme le font les
(1) Ecel., XV, 14.
astres, par une soumission fatale et sans mérite, il a préféré, comme plus glorieux pour lui et plus honorable pour nous, un monde dont le roi lui rendrait librement hommage, mais pourrait s'y refuser. Nous, si fiers et si jaloux de notre liberté, nous aurions vraiment trop mauvaise grâce à reprocher à Dieu de nous en avoir fait don.
C'est une conséquence de cette liberté, que l'homme ait pu en faire mauvais usage et introduire par là dans l'œuvre divine le péché et la douleur. Mais la douleur une fois née du péché, Dieu l'a, pour ainsi dire, adoptée, il en dirige les coups, et il s'en sert pour des fins dignes de lui et avantageuses à l'homme. Voilà pourquoi, tandis que le péché reste toujours opposé à la volonté de Dieu et l'objet de sa réprobation, la douleur entre après coup dans ses desseins, et ceux qu'elle atteint peuvent attribuer à la main divine les blessures qu'elle leur fait, quel qu'en soit d'ailleurs l'instrument.
C'était la malice de Satan qui avait enlevé successivement à Job tous ses biens et tous ses enfants; et cependant, apprenant les coups redoublés du malheur, il disait : « Le Seigneur m'avait donné; le Seigneur m'a ôté; que le nom du Seigneur soit béni (1)! ». C'était la haine des pharisiens, la lâcheté de Pilate, la cruauté des bourreaux, qui devaient infliger à Jésus sa douloureuse Passion et sa mort cruelle, et pourtant il disait d'elles : « Le calice que
(1) Job, I, 21.
mon Père m'a donné, est-ce que je ne le boirai pas (1)?».
Que ces exemples vous instruisent, ô nos frères affligés, et vous soient déjà un réconfort et une consolation!
Dieu n'est pas le véritable auteur de vos douleurs. En un sens, c'est malgré lui et contrairement à ses premiers desseins que vous en ressentez les coups. Néanmoins elles ne vous touchent pas sans sa permission. « N'a-t-on pas deux passereaux pour un sou, a dit Jésus-Christ, et cependant pas un ne tombe à terre sans la permission de votre Père céleste. Ne valez-vous pas plus que tous les passereaux (2) ? ». Quand donc la douleur vous frappe, c'est que le Père infiniment sage et bon, dont la Providence conduit toutes choses, lui en donne congé, en vue des effets bienfaisants qu'avec le secours de sa grâce elle peut produire en vous.
Quels sont ces effets, à quoi sert la souffrance, nous allons maintenant vous le dire.
La souffrance répare,
La souffrance perfectionne,
La souffrance mérite.
Et, premièrement, elle répare.
La souffrance est la conséquence et la sanction du
(1) Joan., XVIII, 11.
(2) Matth., X, 29.
péché : ainsi le veut la justice. Par le péché, révolte contre le Créateur, Thomme trouble l'ordre de la création et la détourne de sa fin, qui est la gloire de Dieu : il est équitable que la création se retourne contre le pécheur et, en le faisant souffrir, venge son auteur outragé. « Il est juste, dit Bossuet, que la terre refuse ses fruits à qui a voulu goûter le fruit défendu (1). » En outre, le péché est la recherche déréglée d'une jouissance : il est juste encore que l'équilibre soit rétabli par une souffrance.
C'est une loi de la justice que la souffrance suive le péché, mais c'est un effet de la miséricorde qu'elle le répare. Si le pécheur repentant accepte sa souffrance et l'offre à Dieu en compensation de l'offense qu'il lui a faite, Dieu daigne l'agréer comme payement de la dette contractée envers sa justice.
Or, quel est l'homme qui, au cours de sa vie, n'a jamais failli? « Si nous disons que nous sommes sans péché, écrivait saint Jean, nous nous trompons nousmêmes, et la vérité n'est pas en nous (2). » Aussi, le premier sentiment de l'âme croyante et humble, quand elle souffre, est-il qu'elle a mérité de souffrir. Volontiers elle redit, avec un grand chrétien qui venait de perdre plusieurs de ses enfants : « Je solde mon compte de pécheur (3). » Or, solder ce compte en ce monde, c'est tout profit. « Mettez-vous d'ac-
(1) Sermon pour le dimanche de la Quinquagésime.
(2) / Joan., I, 8.
(3) Louis Veuillot.
cord avec votre créancier, a dit Notre-Scigneur, pendant que vous êtes en route avec lui, de peur que si vous attendez d'être au terme, il ne vous traduise devant le juge, qui vous fera jeter en prison et rendre jusqu'à la dernière obole (1). » Se souvenant de cette parole, le vrai chrétien s'estime heureux de pouvoir, par ses souffrances, satisfaire en cette vie à la justice divine, afin d'éviter ses rigueurs par delà le tombeau.
Est-ce à dire que la souffrance soit toujours le châtiment de fautes personnelles, et qu'on souffre d'ordinaire ici-bas dans la mesure où l'on est coupable? Loin de nous cette pensée ! C'était la thèse des amis de Job, ic ces consolateurs onéreux » (2) qui, le visitant dans l'extrémité de misère où il était réduit, s'évertuaient à lui prouver que ses malheurs n'étaient que la juste punition de ses fautes. Dieu les condamna « pour n'avoir pas parlé selon la rectitude devant lui » (3).
Il y a en ce monde beaucoup de souffrances que n'ont pas méritées ceux qui les endurent. Elles ont pourtant aussi une vertu réparatrice, mais ce n'est pas une réparation individuelle qu'elles opèrent, c'est une réparation sociale.
On parle beaucoup, en nos jours, de la solidarité. Certains l'exaltent à l'excès, au détriment de la cha-
(1) Matth, V, 25.
(2) Job, XVI, 2.
(3) Job, XLii, 7.
rite qu'ils prétendent remplacer par elle. La solidarité n'en est pas moins une loi providentielle, dont Dieu est le premier à faire l'application. C'est un lien qui unit dans une dépendance mutuelle les membres d'une même famille, d'une même société, et les rend en quelque mesure responsables les uns des autres. Par suite, quand un ou plusieurs membres de cette famille, de cette société, font le mal, tous participent aux conséquences de leurs fautes. Si ces fautes provoquent des châtiments, les innocents pâtissent souvent avec les coupables, mais, en payant les dettes de ceux-ci, ils leur achètent le pardon.
N'est-ce pas ce que nous voyons à cette heure dans notre pays ?
Nous le disons sans vouloir l'offenser, et parce que nous l'estimons assez pour lui faire entendre la vérité, la Frarce a péché. En tant que nation, elle a cru pouvoir se passer de Dieu, elle s'est séparée de lui. Un trop grand nombre de nos concitoyens ont rejeté ses enseignements et méconnu ses lois... Soudain, un fléau s'est déchaîné sur nous, qui enveloppe dans ses ravages les justes avec les pécheurs. Parmi les flots de sang et de larmes qui coulent, il y a beaucoup de sang très pur, beaucoup de larmes versées par la vertu. Ce sang et ces larmes effaceront toutes les souillures, individuelles et nationales. C'est un immense sacrifice qui rachètera la patrie.
En réparant le passé, la souffrance perfectionne le présent.
En même temps qu'elle expie les péchés commis, elle préserve d'en commettre de nouveaux. « Quand tout nous rit dans le monde, dit encore Bossuet, nous nous y attachons trop facilement, le charme est trop puissant et l'enchantement trop fort. » Au contraire, quand nous souffrons, les passions qui nous entraînent d'ordinaire au mal perdent de leur puissance. Les attraits des biens terrestres s'émoussent : les richesses, les plaisirs, les honneurs, apparaissent avec leur vraie valeur, c'està-dire comme choses chétives et précaires, incapables de rassasier et de fixer nos cœurs, indignes d'être préférées au bien suprême, à la paix que donne et au bonheur que promet l'accomplissement du devoir. La tentation a moins de prise sur une âme et sur des sens en proie à la douleur, il leur est plus aisé d'éviter le péché.
En outre, il y a dans la souffrance comme une sorte de salutaire contrainte, qui oblige à grandir en vertu.
« La tribulation produit la patience (1), » dit saint Paul, et saint Jacques ajoute que « la perfection est l'œuvre de la patience (2). »
Qui dit vertu, dit force et courage : c'est le sens même du mot. Or, il faut plus de force et plus de courage pour souffrir que pour agir. Les anciens déclaraient que le sommet de la grandeur morale,
(1) Rom., V, 3.
(2) Jac, I, 4.
c'est le juste aux prises avec l'adversité et la supportant sans défaillance. Nos saints Livres répètent souvent que « comme le feu éprouve l'or et l'argent » (1), et les font sortir du creuset purs de tout alliage, ainsi la douleur éprouve la vertu et lui donne toute sa splendeur. C'est la même pensée qu'exprime Bossuet quand il parle de « ce quelque chose d'achevé que le malheur ajoute à la vertu ».
Toutes les vertus acquièrent par l'épreuve plus de vigueur et plus d'éclat.
Dans la douleur, la foi prend tout son prix. Notre foi se résume, selon la parole de saint Jean, « à croire à l'amour que Dieu a pour nous » (2). Or, croire à cet amour, quand Dieu nous caresse et nous prodigue ses douceurs, c'est chose facile; mais y croire encore et non moins fermement quand il nous frappe, c'est la victoire suprême de la foi : témoin cette jeune femme à qui la guerre ravissait hier un époux tendrement aimé et qui écrivait : « Je crois que Dieu a permis ce qui est le meilleur pour moi ; je ne le comprends pas, mais je le sais. »
Par la douleur, l'espérance se développe. Les tristesses de la terre font songer au ciel et excitent à le désirer. Plus la vie présente est sombre et dure, plus l'âme aspire à la vie à venir, toute de lumière et de joie. Le besoin ressenti du secours d'En Haut fait jaillir du cœur la prière; et quel hommage plus pré-
(1) EccL, II, 5.
(2) / Joan., IV, 16.
deux à Dieu que la confiance qui s'écrie avec le prophète : « Quand même je marcherais dans l'ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal, ô mon Dieu! parce que vous êtes avec moi (1). Quand même il me tuerait, j'espérerais en lui (2) ! ».
La douleur, acceptée comme elle doit l'être, accroît la charité. Souffrir pour Dieu est le gage suprême de l'amour qu'on lui porte. Jésus-Christ l'a dit : « Il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime (3). » Qu'on donne sa vie d'un seul trait dans le martyre sanglant, ou qu'on la donne goutte à goutte dans la souffrance de chaque jour, c'est par là surtout que l'amour divin se témoigne, s'alimente et grandit.
La charité pour le prochain se dilate de même sous l'influence de la douleur. Les cœurs brisés sont ceux qui savent le mieux compatir et se donner. Il est écrit du Fils de Dieu lui-même « qu'il a dû en tout se faire semblable à ses frères, sujets à l'infirmité, pour devenir iniséricordieux » (4). C'est en souffrant soi-même qu'on apprend à consoler autrui, et, réciproquement, c'est dans la pratique de la charité envers ceux qui souffrent que les affligés trouvent une de leurs plus douces consolations .
La douleur est donc vraiment une grande école de vertu.
(1) Pt., XXII, 4.
(2) Job, xiii, 15.
(3) Joan., XV, 13.
(4) Hebr., u, 17.
N'est-ce pas encore ce que nous avons présentement sous les yeux? On a dit que l'année qui vient de finir, si elle a pu être appelée « l'année terrible », a été aussi « l'année sublime » : pourquoi, sinon parce qu'elle a fait jaillir de toutes parts l'héroïsme? On a dit encore que « la guerre nous contraint tous à être meilleurs » : c'est vrai de toute tribulation, et cela, d'ordinaire, dans la mesure de la souffrance qu'elle apporte :
Rien ne nous fait si grands qu'une grande douleur.
La grandeur morale dans le présent est une promesse de bonheur pour l'avenir. Non seulement la douleur répare et perfectionne, mais elle mérite.
Un poète disait à Dieu :
Dans vos d'eux, au delà de la sphère des nues,
Peut-être faites-vous des choses inconnues,
Où la douleur de l'homme entre comme élément.
Ces choses inconnues à l'imagination du poète, elles ont éié révélées à la foi du croyant. Écoutez saint Paul : « Les souffrances du temps ne sont rieri, en comparaison de la gloire future qui sera manifestée
en nous (1) » « Les tribulations courtes et légères
du présent produisent en nous un poids éternel de gloire sublime et sans mesure (2) ».
Voilà, N. T C. F., le dernier et le plus précieu:
(1) Rom., viii, 18.
(2) I Cor., IV, 17.
fruit de la douleur. Sans doute, par l'effet de la bonté de Dieu, tout acte accompli dans sa grâce, en conformité avec sa volonté et en vue de lui plaire, mérite une récompense éternelle. Nos joies elles-mêmes, légitimes et surnaturalisées, peuvent se transformer en béatitude céleste. Mais combien plus fécondes nos douleurs, et parce qu'elles nous font pratiquer plus de vertu, et parce qu'elles bénéQcient de promesses particulières de Dieu! C'est spécialement aux pauvres, à ceux qui pleurent, à ceux qui souffrent, que sont annoncées « la possession du royaume de Dieu, l'éternelle consolation, une récompense abondante dans les cieux » (1).
Au temps de sainte Thérèse, vivait en Espagne, lié avec elle d'une sainte amitié, un religieux célèbre par ses effrayantes austérités, Pierre d'Alcantara. A l'heure même de sa mort, il apparut à Thérèse, transfiguré, radieux, et il lui dit : « 0 bienheureuse pénitence, qui m'a valu une si grande gloire! » C'était le cri du saint entrant dans le ciel.
Si tous les élus du paradis pouvaient nous parler, ils nous tiendraient un semblable langage. Lorsque du sein de l'éternité, plongés dans l'océan de la béatitude infinie, assurés de la posséder pour toujours, ils se retournent vers leurs années de la terre, celles-ci leur paraissent comme un point imperceptible en face de l'immensité de durée qui s'étend devant eux; et ce qu'ils estiment le plus dans le cours de ces années, ce
(1) Matth., IV, 5.
dont ils remercient Dieu davantage, ce sont les souffrances qu'ils ont endurées selon sa volonté, parce que c'est à elles qu'ils ont conscience de devoir la meilleure part de leur bonheur. « Nous nous réjouissons, Seigneur, peuvent-ils dire avec le psalmiste, pour les jours où vous nous avez frappés, pour les années où nous avons connu la douleur (1). »
Ces sentiments seront un jour les nôtres, nous l'espérons, N. T. C. F. « Quand nous aurons passé une minute dans le ciel, disait le bienheureux curé d'Ars, nous saurons ce que vaut un quart d'heure de souffrance. » Que notre foi nous l'apprenne dès à présent; qu'elle nous fasse estimer nos souffrances comme le plus précieux des trésors!
Il est, N. T. C. F., une image qui résume et personnifie tous les enseignements divins sur la souffrance : c'est le Crucifix. Levez les yeux sur cette image sacrée : mieux que toutes les paroles, elle vous révélera les causes et les effets de la douleur.
Le Crucifix, c'est la douleur déifiée. Quand le péché eut introduit la douleur dans le monde, Dieu ne voulut pas laisser l'homme en porter seul le poids. Ayant résolu d'envoyer son Fils sur la terre pour être le trait d'union vivant entre lui et son œuvre, il voulut faire de ce Fils incarné « un homme de douleurs » (2). Tout ce que peut souffrir une nature