‹ Pages catholiquesChapitre 12 sur 18 · GATUÉPRALP · texte numérisé non relu

GATUÉPRALP

Trr Jamais on ne yqus a refusé l'hospitalité ?

TTT- Jamais; il est vrai que j'étais peu exigeante; e voyage, jp sollicitai^ simplement un morceau de pain et un verre d'eau — et, pour reposer, une botte de paille, dans retable.

-rr Et le père, cpniipent ravjez-yous connu ?

— Ç'esjt toute une histoire ; imaginez que le Ciel me priv^, par pénitpnçe, de la communion? pendant un an et trojis moiç, joi^rs pour jours. Lorsque je me confessais à un abbé, je lui avouais mes relations avec Notre-Seigneur, avec la Vierge, avec les Anges; aussitôt il me traitait de folle quand il ne m'accusait pas d'être possédée par le 4)érnop ; en ûp. de compte, il refusait d/e m'absoudre; bien heureuse encore lorsqu'il ne me fermait pas brutalement, dès les premiers mots, le guichet du confessionnal, ai^ nez.

Je cfol^ bier^ que je serais morte de chagrin, si le S.iur veur n'avait fini par avoir pitié de moi. Un samedi qu,e j'étais 4 Paris, Il m'ejuvoya à Notre-Dame des Victoires où le père était prêtre habitué. Lui, m'écouta, me soumit à de rudes et à de longues épreuves, puis il me permit de communier. Je retournai souvent le voir, en qualité 4e pénitente, puis la nièce qui tenait son ménage étant entrée en religion je l'ai remplacée et voilà déjà près de dix ans que je suis sa gouvernante...

A plusieurs reprises, elle av^it complété ces renseignements. Depuis qu'elle ne vagabondait plus à l'étranger ej.en province, elle fréquentait à Paris les pèlerinages qui avaient Heu ep l'honneur de la Sainte Vierge et elle nojçimait les s^ipcttjaires achalandés : Notre-Dame des ViçtoireSjî>l9t):ie.-D^me de Paris, ^otr^.-^aijiie 4,e Bonne-

Espérance à Saint-Séverin ; de Toute Aide à 1* Abbaye aux Bois ; de Paix, chez les religieuses delà rue Picpus ; des Malades à l'église Saint-Laurent; de Bonne Délivrance, une Vierge noire provenant de l'église Saint- Étienne des Grès, chez les dames Saint-Thomas de Villeneuve, rue de Sèvres; et hors Paris, les madones de banlieue : Notre-Dame des Miracles à Saint-Maur ; des Anges à Bondy ; des Vertus à Aubervilliers; de Bonne- Garde à Longpont ; Notre-Dame de Spire, de Pontoise, etc.. Une autre fois encore, comme il doutait de la sévérité des règlements que lui imposait le Christ, elle répliqua :

— Rappelez-vous, notre ami, ce qui advint à une grande servante du Seigneur, à Marie d'Agréda ; étant bien malade, elle céda aux instances de ses filles spirituelles et suça une bouchée de volaille; mais elle en fut aussitôt réprimandée par Jésus qui lui dit : «Je n'aime pas que mes épouses soient délicates. »

Eh bien, je risquerais dem'attirer de pareils reproches, si j'essayais de toucher à un morceau de viande ou de boire une goutte de café ou de vin !

Il est pourtant bien évident, pensait Durtal, que cette fenime n'est pas folle. Elle n'a rien, ni d'une hystérique, ni d'une démente; elle est bien frêle et sèche, mais à peine nerveuse et, en dépit du laconisme de ses repas, elle se porte très bien, n'est même jamais souffrante; elle est de plus, femme de bon sens et ménagère admirable. Levée dès l'aube, après s'être approchée du Sacrement, elle savonne et blanchit elle-même le linge, fabriqueles drapset les chemises, raccommode les soutanes, vit avec une économie incroyable, tout en veillant à ce

que son maître ne manque de rien. Cette sagace entente de la vie pratique n'a aucun rapport avec les vésanies et les délires. Il savait encore qu'elle n'avait jamais voulu accepter de gages. Il est vrai qu'aux yeux d'un monde qui ne rêve que de larcins permis, le désintéressement de cette femme pouvait suffire pour attester sa déraison ; mais, contrairement à toutes les idées reçues, Durtal ne pensait pas que le mépris de l'argent impliquât nécessairement la folie et plus il y réfléchissait, plus il demeurait convaincu qu'elle était une sainte, une sainte pas bégueule, indulgente et gaie !

Ce qu'il pouvait constater aussi, c'est qu'elle était très complaisante pour lui; dès sa rentrée de la Trappe, elle l'avait, de toutes les manières, aidé, lui raccordant le moral quand elle le voyait triste, allant, malgré ses protestations, passer en revue ses vêtements lorsqu'elle soupçonnait qu'il y avait des sutures à opérer, des boutons à coudre.

Cette intimité était devenue encore plus complète, depuis l'e^dstence mitoyenne qu'ils avaient, tous les trois, menée en voyage, alors que Durtal les avait, sur leurs instances, accompagnés à La Salette. Et subitement, cet affectueux train-train faillit cesser. L'abbé s'éloignait de Paris.

L'évêque de Chartres venait de mourir et son successeur était l'un des plus vieux amis de Gévresin, Le jour où l'abbé Le Tilloy des Mofflaines fut promu à l'épiscopat, il supplia Gévresin de le suivre. Ce fut, pour le vieux prêtre, un rude débat. Il se sentait malade, fatigué, propre à rien, désirait, au fond, ne plus bouger et, d'un autre côté, il manquait de courage pour refuser à M^'

des Mofflaines son pauvre concours. Il tenta d'attendrir, sur sa vieillesse, le prélat qui ne voulut rien entendre, concéda seulement qu'il ne le nommerait pas vicaire général, mais simple chanoine. Gévresin secouait toujours doucement la tête. Enfin l'évêqueeutle dessus, en faisant appel à la charité de son ami, en affirmant qu'il devait accepter, au besoin, ce poste, ainsi qu'une mortification, qu'une pénitence.

Et quand le départ fut résolu, ce fut au tour de l'abbé à investir Durtal, à le décider de quitter Paris pour aller s'installer auprès de lui, à Chartres.

Encore qu'il fût navré de ce départ qu'il avait d'ailleurs combattu de son mieux, Durtal regimbait, refusait de s'ensevelir dans cette ville.

— Mais voyons, notre ami, fit M"" Bavoil, j^e me demande pourquoi vous vous entêtez à vouloir vous terrer ici ; vous y vivez en pleine solitude, dans vos livres. Vous vivrez de même avec nous.

Et, comme à bout d'arguments, après une charge à tond de train contre la province, Durtal répliquait :

— Mais à Paris, il y a les quais, il y a Saint-Sé vérin, Notre-Dame, il y a de délicieux couvents

L'abbé risposta :

— Vous trouverez aussi bien à Chartres; vous y aurez la plus belle cathédrale qui soit au monde, des monastères tels que vous les aimez et, quant aux livres, votre bibliothèque est si bien fournie qu'il me paraît difficile que vous puissiez, en flânant sur les quais, l'accroître. D'ailleurs, vous le savez mieux que moi, l'on ne déniche aucun livre de la catégorie de ceux que vous cherchez, dans les boîtes. Ces volumes-là ne figurent que sur des

catalogues de librairie et, dèslors, rien n'empêche qu'on vous les envoie partout où vous serez.

— Je ne vous dis pas... mais il y a autre chose sur les quais que des bouquins ; il y a des bibelots à regarder, la Seine, il y a un paysage...

— Eh ! bien, si la nostalgie vous vient de cette promenade, vous prendrez le train et longerez, pendant toute une après-midi, les parapets du fleuve ; il est facile d'aller de Chartres à Paris; vous avez, soir et matin, des express qui effectuent le trajet en moins de deux heures,

— Et puis, s'écria M™' Bavoil, il s'agit bien de cela! Ce dont il s'agit, c'est d'abandonner une ville semblable à une autre pour habiter le territoire même de la Vierge. Songez que Notre-Dame de Sous Terre est la plus antique chapelle que Marie ait en France; songez que l'on vit près d'Elle, chez Elle et qu'Elle vous comble de grâces!

— Enfin, reprit l'abbé, cet exil ne peut contrarier en rien vos projets d'art. Vous voulez écrire des vies de Saints; ne les travaillerez-vous pas mieux dans le silence de la province que dans le brouhaha de Paris?

— La province... la province! d'avance, elle m'accable, s'écria Durtal. Si vous vous doutiez de l'impression qu'elle me suggère et sous quelle apparence d'atmosphère et sous quel aspect d'odorat elle se présente ! Tenez, vous connaissez, dans les vieilles maisons, ces grands placards à deux battants dont l'intérieur est tendu de papier bleu toujours humide. Eh ! bien, je m'imagine, au seul mot de province, en ouvrir un et recevoir en plein visage la bouffée de renfermé qui en sort! — et si je veux parachever cette évocation, par la saveur, par le flair, je n'ai qu'à mâcher ces biscuits que l'on fabrique

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maintenant avec je ne sais quoi et qui sentent la colle de poisson et le plâtre sur lequel il a plu, dès qu'on y goûte! que je mange de cette pâte fade et froide, en reniflant un relent d'armoire et aussitôt la cinéraire image d'un district perdu, me hante! Evidemment votre Chartres pue ça!

— Oh ! oh ! s'exclama M"' Bavoil — mais vous n'en savez rien puisque vous n'avez jamais visité celte ville!

— Laissez-le dire, fit l'abbé qui riait. Il reviendra de ces préventions. Et il ajouta :

— Expliquez ces inconséquences; voici un Parisien qui aime si peu sa cité qu'il choisit, pour y habiter, le coin le moins bruyant, le plus obscur, celui qui ressemble le plus à un quartier de province. Il a horreur des boulevards, des promenades fréquentées, des théâtres; il se confine en un trou et se bouche les oreilles pour ne pas entendre les rumeurs qui l'entourent; et alors qu'il convient de perfectionner ce système d'existence, de mûrir dans un silence authentique, loin des foules, alors qu'il importe de renverser les termes de sa vie, de devenir, au lieu d'un provincial de Paris, un Parisien de province, il s'ébaubit et s'indigne!

— Le fait est, pensait Durtal une fois seul, le fait est que la capitale m'est sans profit. Je n'y vois plus personne et je serai réduit à une solitude encore plus absolue quand mes amis l'auront quittée. Au fond, je serais tout aussi bien à Chartres; j'y étudierais à l'aise, dans un milieu paisible, dans les parages d'une cathédrale autrement intéressante que Notre-Dame de Paris et puis... et puis... une autre question dont l'abbé Gévresin ne parle pas mais qui m'inquiète, moi, se pose. Si je de-

meure seul, ici, il me faudra chercher un nouveau confesseur, errer dans les églises, de même que j'erre dans la vie matérielle, à la recherche des restaurants et des tables d'hôte. Ah 1 non ! j'ai assez à la fin de ces au jour le jour de nourritures corporelles et morales! j'ai mis mon âme dans une pension qui lui plaît, qu'elle y reste!

Enfin il y a encore un argument. Je vivrai à meilleur compte à Chartres et là, en ne dépensant pas plus qu'ici, je pourrai m'installer confortablement, manger les pieds sur mes chenets, être servi !

Et il avait fini par se résoudre à suivre ses deux amis, avait arrêté un assez vaste logement en face de la cathédrale — et lui, qui avait toujours été si à l'étroit dans de minuscules pièces, il savourait enfin la joie provinciale des vastes chambres, des livres étalés sur les murs, à l'aise.

De son côté, M"' Bavoil lui avait découvert une servante familière et bavarde, mais brave femme au fond et pieuse. Et il avait commencé sa nouvelle existence dans l'étonnement continu de cette extraordinaire basilique, la seule qu'il ne connût point, sans doute parce qu'elle était située près de Paris et que semblable à tous les Parisiens, il ne se dérangeait guère que pour effectuer de plus longs voyages. Quant à la ville même, elle lui parut dénuée d'intérêt, ne possédant qu'une promenade intime, un petit quai où, dans le bas des faubourgs, près de la porte Guillaume, des lavandières chantent, en savonnant, devant un cours d'eau qu'elles fleurissent avec des touffes irisées de bulles.

Aussi, prit-il la décision de ne sortir que le matin dès l'aube ou le soir; alors, il pouvait rêvasser, seul,

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dans une ville qui était, l'après-midi déjà, à peu près morte.

L'abbé et sa gouvernante étaient, eux, installés dans l'évêché même, à l'ombre de l'abside de la cathédrale. Ils occupaient, au-dessus d'écuries abandonnées, un premier et unique étage, composé d'une série de pièces froides et carrelées que l'évêque avait fait remettre à neuf.

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