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LA MORT DE LA CIGALE

DERNIERS VERS d'UN PHILOSOPHE

Cicada sacrata Musis.

Sous la bise, naguère encore.

Elle chantait au point du jour ; Elle prenait la froide aurore Pour le printemps à son retour.

Le printemps !... L'insecte poète Ne voit pas les bluets deux fois :

Dans la grande plaine muette Comme un vain bruit mourut sa voix.

Ses blondes ailes se ternirent, Pendantes ; puis, le soir venu, Ses trois yeux perçants s'éteignirent; Elle tomba sur le sol nu.

Dans mon chemin la voilà morte, Celle qui chanta tout Tété; Et, brin par brin, le vent emporte Son pauvre cœur déchiqueté.

<;ihanteuse des soleils de Grèce, Toi qu'un jour de froid peut transir, Tu ressembles à ma jeunesse.

Qui chantait et qui va mourir.

Une voix fraîche et matmale

Sort ainsi du printemps des cœurs :

En nous tous tu chantes, cigale.

En nous tous, vers le soir, tu meurs.

Après avoir couru dans l'herbe Et gaîment battu les buissons, L'heure vient de faire sa gerbe, De se courber sur les moissons.

Quand on s'oublie assez soi-même, On tait sa joie et ses douleurs; Les yeux tournés vers ceux qu'on aime, On n'a d'autres maux que les leurs.

L'art est trop vain, et solitaire; Rêver est doux, agir meilleur; En ce monde j'ai mieux à faire Que d'écouter battre mon cœur.

Que l'amour aux autres me lie !

Dans le cœur d'autrui je me perds.

— Rires ou larmes de ma vie.

Valiez-vous seulement un vers?

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