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LES AMES PUBLIQUES

Il existe encore, cependant, quelques esprits solitaires qui ne veulent pas se prostituer, qui répugnent invinciblement à l'ostentation callipyge de leur personnalité.

Les chiens et chiennes à puanies gueules qui décernent ici-bas ce qu'on est convenu d'appeler la gloire et qui leur lécheraient le dessous des pieds, si, par miracle, ils devenaient à leur tour des triomphateurs, en les affligent pas, Dieu merci! de leurs abominables caresses.

Ces isolés peuvent souffrir plus ou moins silencieusement, ils peuvent même endurer d'incompréhensibles douleurs ; les errabondes sentinelles de la vanité peuvent, à leur fantaisie, salir la pauvre cloison de probité fière qui les sépare delà considération publique aussi sûrement que quarante abîmes ; — ils ont, du moins, le soulagement de ne pas subir les frictions exanthémateuses de la camaraderie.

Ces nourrissons inquiétants de la tigresse enragée qui fut leur marâtre ont, pour narguer tout dispensaire, les verrous et les triples barres d'un Mépris inexorable et cadenassé comme la poterne des deux.

Ce mépris est la patrie de leur adoption, c'est l'unique adresse qu'ils puissent offrir aux chars confrères qui seraient tentés d'accourir, en les informant avec bonté de la circonstance d'un périculeux escalier, au travers duquel dégringoleraient sans espoir les plus superbes archanges.

C'est pour ces volontaires captifs de l'Adoration perpétuelle et de l'Obscurité sainte, — pour ces rares Ugo-

lins de l'Intelligence qui n'ont pas même la consolation de dévorer leur progéniture, — que j'ai tenté d'exprimer en épiphonèmes inspirés du vieux Juvén al, mon inguérissable horreur.

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