Pans, Joseph Victorion, 1906, nouvelle édition
C'est pour cela que je me défie de la tradition ingénieuse, mais peu connue, j'imagine, qui donne des Hébreux pour ancêtres au Peuple Romain et remplace les compagnons d'Enée par une colonie de Benjamites, — expliquant la Louve des deux Jumeaux fondateurs par Tinscrutable prédiction d'Israël mourant : « Benjamin Lupus rapax, mane comedel prsedam et vespere dividet spolia. Benjamin, loup rapace, au matin mangera la proie et au vêpre divisera les dépouilles '. »
Les immondes fripiers de Hambourg étaient bien, vraiment, de cette homogène famille de ménechmes avaricieux en condition chez tous les malpropres démons de l'identité judaïque, telle qu'on la voit grouiller le long du Danube, en Pologne, en Russie, en Allemagne, en Hollande, en France même, déjà, et dans toute l'Afrique septentrionale où les Arabes, quelquefois, en font un odieux mastic bon à frotter les moutons galeux.
Mais où ma nausée, je l'avo"Ue, dépassa toute conjecture et tout espoir, ce fut à l'apparition des Trois Vieillards !...
Je les nomme les Trois Vieillards, parce que je ne sais aucune autre manière de les désigner. Ils sont peut-être cinquante en cette ville privilégiée qui ne semble pas en être plus fière. Mais je n'en avais que trois devant les yeux, et c'était assez pour que les dragons les plus insolites m'apparussent.
Tout ce qui portait une empreinte quelconque de modernité s'évanouit aussitôt pour moi, et les youtres subalternes qui me coudoyaient en fourmillant comme des moucherons d'abattoir s'interrompirent d'exister, ils n'en avaient plus le droit, n'étant absolument rien auprès do ceux-ci.
i. Genève. XLIX, 27.
Leur ignominie, que j'avais estimée complète, irréprochable et savoureuse autant que peut l'être un éîixir de malédiction, n'avait plus la moindre sapidité et ressemblait à de la noblesse en comparaison de cet indévoilable cauchemar d'opprobre.
L'aspect de ces trois fantômes dégageait une si nonpareille qualité d'horreur que le blasphème seul pourrait être admis à l'interpréter symboliquement.
Qu'on se représente, s'il est possible, les Trois Patriarches sacrés : Abraham, Isaac et Jacob, dont les Noms, obnubilés d'un impénétrable mystère, forment le Delta, le Triangle équilatéral où sommeille, dans les rideaux de la foudre, l'inaccessible Tétragramme!
Qu'on se les figure, — j'ose à peine l'écrire, — ces trois Personnages beaucoup plus qu'humains, du flanc desquels tout le Peuple de Dieu et le Verbe de Dieu lui-même sont sortis ; qu'on veuille bien les supposer, une minute, vivants encore, ayant, par un très-unique miracle, survécu à la plus centenaire progéniture des immolateurs de leur grand Knfant crucifié ; ayant pris sur eux, — Dieu sait en vue de quels irrévélables rémérés! — la destitution parfaite, l'ordure sans nom, la turpitude infinie, l'intarissable trésor des exécrations du monde, les huées de toute la terre, la vilipendaison dans tous les abîmes, — et l'étonnement éternel des Séraphins ou des Trônes à les voir se traîner ainsi dans la boue des siècles...
Ah ! certes, oui, dans l'esprit de cette vision qui paraîtra sans doute insensée, les trois êtres affreux réalisaient bien l'archétype et le phénomène primordial de la Race indélébile qui accomplit, depuis bientôt deux mille ans, le prodige sans égal de survivre, elle aussi, à ses exterminateurs et d'en appeler éternellement à tous les enfers de sa substantielle révocation.
Mais, bon Dieu ! quels épouvantables ancêtres !
Ils étaient vraiment trop classiques pour ne pas se manifester aussi détestables que sublimes. Depuis Shakespeare jusqu'à Balzac, on a terriblement ressassé le vieil Hébreu sordide et crochu, dénichant l'or dans les immondices, les tumeurs de l'humanité, l'adorant enfin tel qu'un Soleil de douleurs et unParaclet d'amour, co-égal et co-éternelàson Jéhovah solitaire.
Ils réalisaient triplement ce monstre en leurs identiques personnes, ajoutant à l'horreur banale de cet ancien mythe littéraire les affres démesurées de leur véridique présence...
Abraham, Isaac, Jacob, descendusjusqu'à ces Limbes néfastes !... Car mon imagination, démâtée par l'épouvante, leur décernait instinctivement les Appellations divines.
Et ma foi ! je renonce à les dépeindre, abandonnant ce labeur d'Alcide aux documentaires de la charogne et aux cosmographes des fermentations vermineuses.
Je me souviendrai longtemps, néanmoins, de ces trois incomparables crapules que je vois encore dans leurs souquenilles putréfiées, penchées fronts contre fronts sur l'orifice d'un sac fétide qui eût épouvanté les étoiles, où s'amoncelaient, pour l'exportation du typhus, les innommables objets de quelque négoce archisémitique.
Je leur dois cet hommage d'un souvenir presque affectueux, pour avoir évoqué dans mon esprit les images les plus grandioses qui puissent entrer dans l'habitacle sans magnificence d'un esprit mortel.
Je dirai cela tout à l'heure aussi clairement qu'il me sera donné de le dire.
En attendant, j'affirme, avec toutes les énergies de mon âme, qu'une synthèse de la question juive est l'absurdité même en dehors de l'acceptation préalable du « Préjugé » d'un retranchement essentiel, d'une séquestration de Jacob dans la plus abjecte décrépitude, —
sans aucun espoir d'accommodement ou de retour, aussi longtemps que son « Messie » tout brûlant de gloire ne sera pas tombé sur la terre.
L'histoire des Juifs barre l'histoire du genre humain comme une digue barre un ileuve, pour en élever le niveau
Cette nuque de désobéissants et de perfides, que Moïse trouvait si dure, a fatigué la fureur des hommes comme une enclume d'un métal puissant qui userait tous les marteaux. L'épée de la Chevalerie s'y est ébréchée et le sabre finement trempé du chef musulman s'y est rompu aussi bien que le bâton de la populace.
Il est donc bien démontré que rien n'est à faire, et, considérant ce que Dieu supporte, il convient, assurément, à des âmes religieuses de se demander une bonne fois, sans présomption ni rage imbécile et face à face avec les Ténèbres, si quelque Mystère infiniment adorable ne se cache pas, après tout, sous les espèces de l'ignominie sans rivale du Peuple Orphelin condamné dans toutes les assises de l'Espérance, mais qui peutêtre, au jour marqué, ne sera pas trouvé sans pourvoi.
Je sais trop combien doit paraître absurde, monstrueux et blasphématoire de supposer un antagonisme au sein même de la Trinité, mais il n'est pas possible àe pressentir autrement l'inexprimable destinée des Juifs, et quand on parle amoureusement de Dieu, tous les mots humains ressemblent à des lions devenus aveugles qui chercheraient une source dans le désert.
Il s'agit bien vraiment d'une rivalité pouvant être conçue par des hommes !
Tous les viols imaginables de ce qu'on est convenu d'appeler la Raison peuvent être acceptés d'un Dieu qui souffre, et quand on songe à ce qu'il faut croire pour être seulement un misérable chien de chrétien, ce n'est pas un très-grand effort de conjecturer de surcroît « une sorte d'impuissance divine provisoirement concertée entre la Miséricorde et la Justice en vue de quelque ineffable récupération de la Substance dilapidée par l'Amour » '.
Puisqu'on nous enseigne, dès le commencement de la vie, que nous fûmes créés à la ressemblance de Dieu, est-il donc si difficile de présumer bonnement, comme autrefois, qu'il doit y avoir, dans l'Essence impénétrable, quelque chose de correspondant à nous, sans péché, et que le synoptique désolant des troubles humains n'est qu'un reflet ténébreux des inexprimables conflagrations de la Lumière?
S'il existe au monde un fait notoire vérifié par l'expérience la plus rectiligne, c'est l'impossibilité d'assortir et d'atteler efficacement l'Amour avec la Sagesse. Les deux incompatibles chevaux de ton char funèbre s'entredévorent depuis toujours, ô identique Humanité!... Que celui qui peut comprendre, comprenne; mais, assurément, c'est là que se cache le Secret de Dieu.
Et voici maintenant que, du fond des hypogées de la mémoire, me revient un apologue sublime d'Ernest Hello sur la Gloire et la Justice — réduplicatives appellations de ces deux antagonistes éternels.
Cette parabole étonnante qui ne fut peut-être jamais écrite et que l'auteur, vraisemblablement, n'eût pas osé publier, je la livre de bon cœur, telle à peu près qu'il me la conta lui-même quelques années avant de mourir.
i. Le Désespéré, page 51, édition Soirat.
Le Juge vient à son heure que nul ne connaît. A son approche, les morts ressuscitent, les montagnes tremblent, les océans se dessèchent, les fleuves s'envolent, les métaux entrent en fusion, les plantes et les animaux disparaissent; les étoiles accourues du fond des cieux montent les unes sur les autres pour assister à la Séparation des bons d'avec les méchants. L'épouvante humaine est au delà de ce qui peut être pensé.
« — J'ai eu faim et vous ne M'avez pas donné à manger ; J'ai eu soif, et vous ne M'avez pas donné à boire ; J'étais étranger, et vous ne M'avez pas accueilli; J'étais nu, et vous ne M'avez pas vêtu; J'étais malade et captif, et vous ne M'avez pas visité... »
C'est tout le Jugement, — effroyablement infaillible, effroyablement sans appel.
Enfin, un homme se présente, un être horrible, noir de blasphèmes et d'iniquités. C'est le seul qui n'ait pas eu peur.
C'est celui-là et non pas un autre qui fut maudit des malédictions du ciel, maudit des malédictions de la terre, maudit des malédictions de l'abîme d'en bas. C'est pour lui que la malédiction descendit jusqu'au centre du globe pour y allumer la colère qui devait dormir jusqu'au Jour des grandes Assises.
C'est lui qui fut maudit par les cris du Pauvre, plus terribles que les rugissements des volcans, et les corbeaux des torrents ont affirmé aux cailloux roulés dans le lit des fleuves qu'il était vraiment maudit par tous les souffles qui passaient sur les champs en fleurs.
Il fut maudit par l'écume blanche des vagues exaltées dans la tempête, par la sérénité du ciel bleu, par la Douceur et la Splendeur, et maudit enfin par la fumée qui sort des chaumières à l'heure du repas des trèshumbles gens.
Et comme tout cela n'était rien encore, il fut maudit dans son infâme cœur, maudit par Celui qui a besoin, éternellement besoin et que jamais il ne secourut.
Il se nomme peut-être Judas, mais les Séraphins qui sont les plus grands des Anges ne pourraient pas prononcer son nom.
11 a l'air de marcher dans une colonne de bronze.
Rien ne le sauverait. Ni les supplications de Marie, ni les bras en croix de tous les Martyrs, ni les ailes éployées des Chérubins ou des Trônes... Il est donc damné, et de quelle damnation !
— J'en appelle/ dit-il.
11 en-appelle!... A ce mot inouï les astres s'éteignent, les monts descendent sous les mers, la Face môme du Juge s'obscurcit. Les univers sont éclairés par la seule Croix de Feu.
— A qui donc en appelles-tu de Mon Jugement? demande à ce réprouvé Notre Seigneur Jésus-Christ. ,
C'est alors que, dans le silence infini, le Maudit profère cette réponse :
— J'en appelle de ta JUSTICE a ta GLOIRE !
... La France est tellement le premier des peuples lue tous les autres, quels qu'ils soient, doivent s'èsttmt r honorablement partagés quand ils sont admis à manger e pain de ses chiens.
Quand Elle est heureuse, le reste du inonde est suffisamment heureux...
Mais quand Elle souffre, c'est Dieu qui souffre ; c'est e Dieu terrible qui agonise pour toute la terre en SUANT LE SANG...