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LÀ POPULACE DE BYZANCE

Ce tableau, qui a fait connaître Lazare Druide, est ainsi ordonnancé. L'horrible Andronrc Ier, bourreau de l'Empire, inopinément jeté à bas de son trône, est abandonné à la racaille deConstantinople. Et quelle racaille! Toutes les écumes de la Méditerranée : bandits venus de Cartbage, de Syracuse, de Thessalonïque, d'Alexandrie, d'Ascalon, de Césarée. d'Antioche ; matelots génois ou pisans; aventuriers cypriotes, crétois, arméniens, eiliciens et turcomans; sans parler de ce grouillement barbare, de cette vase dangereuse du Danube qui empuantit la Grèce depuis le Bulgaroctone.

On a jeté le prince infâme dans ce chaos, dans cette cohue effroyable* comme on jette un ver dans une fourmilière. On a dit au peuple r — Yoici ton empereur, mange-le, mais sors équitable. Il faut que chaque chien ait son lambeau. Et ce peuple immonde, exécuteur d'une justice qu'il ignore, désarticule et grignote son empereur pendant trois jours.

Andronic, dit-on, souffrit en paix jusqu'à la fin, se

bornant à soupirer, de temps en tempa : — Seigneur, ayez pitié de moi, pourquoi froissez-vous encore un roseau déjà brisé?...

La misère de ce creveur d'yeux, parricide et sacrilège, est si profonde et sa solitude si parfaite, qu'on croirait vraiment qu'il assume, à la façon d'un Rédempteur, l'abomination de la multitude qui le déchire. Ce monstre est si seul qu'il ressemble à un Dieu qui meurt. Sa face pleine de sang oriente les outrages de tout un monde, et il traîne la douleur universelle comme un manteau.

Puisse la racaille, quand son œuvre sera finie, emporter dans ses yeux féroces l'éblouissement de ce soleil de tortures qui a étonné l'histoire! Il fallait, sans doute, la sublimité piaculaire d'une telle horreur pour que l'écroulement du vieil empire fût retardé trois cents ans.

Que dire d'un peintre capable de suggérer de telles pensées? Et la suggestion est si forte, une fois de plus, si spontanée, si victorieuse, que le cadre, tout démesuré qu'il soit, éclate, et que le drame pantelant s'échappe, se déroule, ainsi qu'un dragon, sur les spectateurs épouvantés

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