LE GRAND INTERDIT DE FRANCE
... Marchenoir venait les voir quelquefois, sillonné de coups de foudre, pâle et conspué, la tête blanchie par l'écume des cataractes de la Turpitude contemporaine, mais plus impavide, plus indompté, plus invaincu, et remplissant la demeure tranquille des mugissements de sa colère.
— Pierre a de nouveau renié son Maître! criait le prophète, au lendemain de l'expulsion des communautés religieuses. Pierre, qui se « chauffe dans le vestibule » de Dieu et qui est «assis en pleine lumière », ne veut rien savoir de Jésus, quand la « servante » l'interroge. Il a trop peur qu'on le souffleté, lui aussi, et qu'on lui crache au visage !
Combien en faudra-t-il encore de ces reniements, pour que se décide enfin à chanter le « Coq » de France? Car c'est la France qui est désignée par le Texte Saint. La France dont le Paraclet a besoin ; la France où il se promène comme dans son jardin, et qui est la Figure la plus expressive du Royaume des cieux ; la France réservée, quand même, et toujours aimée par-dessus les autres nations, précisément parce qu'elle paraît être la plus décime, et que l'Esprit vagabond ne résiste pas aux prostituées!
Ah ! si ce Pape, qui ne sait pas mieux que les vils accommodements de la politique, avait l'àme des Grégoire ou des Innocent! que ce serait beau!
Voyez-vous Léon XIII jetant l'Interdit sur les quatrevingts diocèses de France, un Interdit absolu, omni appe/latione remota, jusqu'à l'heure où tout ce grand peuple sanglotant demanderait grâce.
... Entendez-vous, à minuit, le glas de ces cloches
qui ne tinteront plus désormais. Le Cardinal-Archevêque, accompagné de son clergé, pénètre silencieusement dans la Cathédrale. D'une voix lugubre, les chanoines psalmodient, pour la dernière fois, le Miserere. Un voile noir cache le Christ. Les Reliques des Saints ont été transportées dans les souterrains. Les flammes ont consumé les derniers restes du Pain sacré. Alors, le légat couvert de l'étole violette, comme au jour de la Passion du Rédempteur, prononce à voix haute, au Nom de Jésus-Christ, l'Interdit sur la République Française...
A partir de ce moment, plus de messes, plus de Corps ni de Sang du Fils de Dieu, plus de chants solennels, plus de bénédictions. Les images des Martyrs et des Confesseurs ont été couchées par terre. On cessera d'instruire le peuple, de proclamer les vérités du Salut. Des pierres jetées du haut de la chaire, un peu avant qu'on ferme les portes, avertissent la multitude qu'ainsi le Tout-Puissant la repousse de sa présence. Plus de baptême, sinon à la hâte et dans les ténèbres, sans cierges ni fleurs ; plus de mariages, à moins que l'union ne soit consacrée sur des tombeaux; plus d'absolution, plus d'extrême-onction, plus de sépulture!...
Je vous dis que la France ne pousserait qu'un cri ! Mourante de peur, elle comprendrait qu'on lui arrache les entrailles, elle se réveillerait de ses abominations comme d'un cauchemar, et le cantique de pénitence du vieux Coq des Gaules ressusciterait l'univers !...