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Paris, « La Maison d'Art

Les imbéciles eux-mêmes commencent aujourd'hui à entrevoir la magnificence avec laquelle on s'est payé leurs figures, et combien Zola s'est foutu de la Vérité et de la Justice, dont il osa polluer les vocables de sa main merd'euse.

Le drôle, cependant, toujours caroncule au vent et toutes les plumes de sa queue en l'air, ne paraît pas avoir perdu un atome de son importance.

Y eût-il jamais rien d'aussi inouï, d'aussi inconcevable, d'aussi accablant ?

La nation de Chateaubriand, de Lamartine, de Victor Hugo, de Balzac, prosternée devant Emile Zola!!! Et personne pour vociférer, pour remplir de cris douloureux la terre et le ciel, au spectacle de cette effroyable ignominie!...

J'ai connu un artiste, un vrai, un être exceptionnellement haut et noble, que le seul nom de Zola offensait, révoltait, mettait en fuite, comme aurait pu faire un excrément.

Eh bien ! depuis l'Affaire, il est devenu l'admirateur, vous avez bien lu, I'ad-mi-ra-teur de Zola, le serviteur très-respectueux du titulaire de ce nom de vomissement et d'opprobre !

Dégringolé au niveau des bourgeois immondes, il a cru fermement, comme l'aurait cru le plus bas chien du dernier ressemeleur de Bruxelles ou du Grand-Montrouge, que le scribe des Rougon-Macquart pouvait avoir eu un éclair de désintéressement ou de générosité!...

Après cela, comment ne pas songera l'idiotifiant pouvoir attribué à certains démons?

Pour ce qui est de moi, je déclare qu'on me fera expirer dans les plus horribles tourments avant d'obtenir que je sacrifie à une aussi fécale idole ou même que je consente à la regarder, ne fût-ce qu'une fois et de très-

je m'accuse... 259

loin, sans exprimer, de manière ou d'autre, mon dégoût immense.

Dussé-je rester seul, je vilipenderai et je conspuerai, jusqu'à l'extinction de mes forces, le répugnant crétin et l'abominable voyou gâteux, adoré pour sa vilenie par les lâches fils delà Reine des nations vaincue.

Si la France est maudite, rejetée de Dieu, gisante sous les pieds des peuples, si c'est bien cela qu'il faut entendre, alors qu'elle crève une bonne fois et que tout finisse, et que la planète, privée de son ame, roule, comme une chose morte, dans l'immensité !...

N'importe quoi Vaudra mieux que ce vautrement dans, les déjections d'un tel salaud !

Holding, Danemark, Vendredi Saint, Treize avril 1900.

JCi

De quoi s'agit-il, sinon d'arracher la langue aux imbéciles, aux redoutables et définitifs idiots de ce siècle, comme saint Jérôme réduisit au silence les Pélagiens ou Lucifériens de son temps?

Obtenir enfin le mutisme du Bourgeois, quel rêve!

L'entreprise, je le sais bien, doit paraître fort insensée. Cependant je ne désespère pas de la démontrer d'une exécution facile et même agréable.

Le vrai Bourgeois, c'est-à-dire, dans un sens moderne et aussi général que possible, l'homme qui ne fait aucun usage de la faculté de penser et qui vit ou paraît vivre sans avoir été sollicité, un seul jour, par le besoin de comprendre quoi que ce soit; l'authentique et indiscutable Bourgeois est nécessairement borné dans son langage à un très-petit nombre de formules.

Le répertoire des locutions patrimoniales qui lui suffisent est extrêmement exigu et ne va guère au delà de quelques centaines. Ah! si on était assez béni pour lui ravir cet humble trésor, un paradisiaque silence tomberait aussitôt sur notre globe consolé 1

Quand un employé d'administration ou un fabricant de tissus fait observer, par exemple : « qu'on ne se refait

i. Paris, Société du Mercure de France, 1902 (30 articles sur 183).

oas ; qu'on ne peut pas tout avoir; que les affaires sont les affaires; que la médecine est un sacerdoce; que Paris ne s'est pas bâti en un jour; que les enfants ne demandent pas avenir au monde; etc., etc., etc. », qu'arriveràit-il si on lui prouvait instantanément que l'un ou l'autre de ces clichés centenaires correspond à quelque Réalité divine, aie pouvoir de faire osciller les mondes et de déchaîner des catastrophes sans merci?

Quelle ne serait pas la terreur du patron de brasserie ou du quincaillier, de quelles affres le pharmacien et le conducteur des ponts et chaussées ne deviendraient-ils pas la proie, si, tout à coup, il leur était évident qu'ils expriment, sans le savoir, des choses absolument excessives; que telle parole qu'ils viennent de proférer, après des centaines de millions d'autres acéphales, est réellement dérobée à la Toute-Puissance créatrice et que, si une certaine heure était arrivée, cette parole pourrait très-bien faire jaillir un monde?

llsemble, d'ailleurs, qu'un instinct profond les en avertisse. Qui n'a remarqué la prudence cauteleuse, la discrétion solennelle, le morituri sumus de ces braves gens, lorsqu'ils énoncent les sentences moisies qui leur furent léguées par les siècles et qu'ils transmettront à leurs enfants ?

Quand la sage-femme prononce que « l'argent ne fait pas le bonheur »et que le marchand de tripes lui répond avec astuce que, « néanmoins, il y contribue » ; ces deux augures ont le pressentiment infaillible d'échanger ainsi des secrets précieux, de se dévoiler l'un à l'autre des arcanes de vie éternelle, et leurs attitudes correspondent à l'importance inexprimable de ce négoce.

Il est trop facile de dire ce que paraît être un lieu commun. Mais ce qu'il est, en réalité, qui pourra le dire?

Pourquoi, autrement, me serais-je recommandé à saint Jérôme? Ce grand personnage ne fut pas seule-

ment le consignataire pour toujours de la Parole qui ne change pas, des Lieux Communs pleins de foudres de la Très-Sainte Trinité. Il en fut surtout l'interprète, le commentateur inspiré.

Avec une autorité beaucoup plus qu'humaine, il enseigna que Dieu a toujours parlé de Lui-même exclusivement, sous les formes symboliques, paraboliques ou similitudinaires de la Révélation par l'Ecriture, et qu'il a toujours dit la même chose de mille manières.

J'espère que ce docteur sublime daignera favoriser de son assistance un pamphlétaire de bonne volonté qui serait si heureux de mécontenter, une fois de plus, la populace de Ni rave, éternellement « incapable de distinguer sa droite de sa gauche », — et de la mécontenter à un tel point que des colères inconnues se déchaînassent.

Ce résultat serait obtenu, sans doute, si la céleste douceur ne m'était pas refusée d'établir, en l'irréfutable argumentation d'une dialectique de bronze, que les plus inanes bourgeois sont, à leur insu, d'effrayants prophètes, qu'ils ne peuvent pas ouvrir la bouche sans secouer les étoiles, et que les abîmes de la Lumière sont immédiatement invoqués par les gouffres de leur Sottise.

niEN N EST ABSOLU

La plupart des hommes de ma génération ont entendu cela toute leur enfance. Chaque fois qu'ivres de dégoût, nous cherchâmes un tremplin pour nous évader en bondissant et en vomissant, le Bourgeois nous apparut, armé de ce foudre.

Nécessairement, alors, il nous fallait réintégrer le profitable Relatif et la sage Ordure.

Presque tous, il est vrai, s'y acclimatèrent, par bonheur, devenant, à leur tour, des Olympiens.

Savent-ils, pourtant, ces buveurs d'un sale nectar,

qu'il n'y a rien de si audacieux que de contremander l'Irrévocable, et que cela implique l'obligation d'être soimême quelque chose comme le Créateur d'une nouvelle terre et de nouveaux cieux ?

Evidemment, si on donne sa parole d'honneur que « rien n'est absolu », l'arithmétique, du même coup, devient exorable et l'incertitude plane sur les axiomes les plus incontestés de la géométrie rectiligne. Aussitôt, c'est une question de savoir s'il est meilleur d'égorger ou de ne pas égorger son père, de posséder vingt-cinq centimes ou soixante-quatorze millions, de recevoir des coups de pied dans le derrière ou de fonder une dynastie.

Enfin, toutes les identités succombent. Il n'est pas « absolu » que cet horloger qui est né en 18S9, pour l'orgueil de sa famille, n'ait aujourd'hui que quarante-six ans etqu'il ne soit pas le grand-père de ce doyen de nos emballeurs qui fut enfanté pendant les Cent Jours, — de même qu'il serait téméraire de soutenir qu'une punaise est exclusivement une punaise et ne doit pas prétendre aux panonceaux.

En de telles circonstances, on en conviendra, le devoir de créer le monde s'impose.

LE MIEUX EST l'eNNEMI DU BIEN

Ici, je l'avoue, mon titre m'accable et je suis furieusement tenté de descendre de ma chaire. Exégèse signifie, hélas ! explication, et voici un monstre de Lieu Commun qui vient au-devant de moi sur la route de Thèbes. Jamais, sans doute, une énigme plus difficile ne fut proposée à un Œdipe.

Voyons cependant.

Si le Mieux est l'ennemi du Bien, il faut nécessairement que le Bien soit l'ennemi du Mieux, car les abstraits philosophiques ne connaissent pas plus le pardon

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que l'humilité. Un homme peut répondre à la haine par l'amour, une idée jamais, et plus cette idée est excellente, plus elle récalcitre.

On affirme donc, implicitement, que le Bien a horreur du Mieux et qu'une haine farouche les divise. C'est à qui mangera l'autre, éternellement. Mais alors, qui est le Bien et qui est le Mieux et quelle fut l'origine de leur conflit? Que nous veut ce manichéisme grammatical?

Est-il £uen,par exemple, d'être un sot et mieux d'avoir du génie ? Quand on dit que Dieu a tout fait pour le Mieux, dois-je entendre qu'il n'a rien fait pour le Bien? Dans quelle caverne métaphysique ce comparatif et ce positif se sont-ils déclaré la guerre? C'est à en devenir fou.

Je prends ma tête à deux mains et je me donne à moimême des noms très-doux : — Voyons ! encore une fois, mon cher ami, mon trésor, mon petit lapin bleu! un peu de calme, nous retrouverons peut-être le fil. Nous avons dit ou entendu dire que le Mieux est l'ennemi du Bien, n'est-ce pas? Or, qu'est-ce que l'ennemi du Bien, sinon le Mal ? Donc le Mieux et le Mal sont identiques. Voilà déjà un peu de lumière, semble-t-il...

Oui, mais si le Mieux est vraiment le Mal, nous allons être forcés de reconnaître que le Bien, à son tour, est aussi le Mal, d'une façon très-incontestable, puisque tous les hommes avouent qu'il est lui-même mieux que le Mal qui est le Mieux et que par conséquent, il est mieux que le Mieux qui serait alors le Pire !!!???

Zut ! Ariane me lâche et j'entends mugir le vieux Minotaure.

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