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LE PAL

dépouillera presque aussitôt la forme qu'elle tient de lui depuis trente ans pour en adopter une autre qui ne sera probablement pas la dernière.

Et la légion myriapode des Vacquerie et des sous- Vacquerie du Rappel ou d'ailleurs, oublieuse des consignes anciennes, répandra partout la bonne nouvelle d'un Napoléon qu'on ne savait pas.

La consigne Hugo est aussi simple que populaire.

« Ecrasons le second Empire sous le premier et AT^poléon le Petit sous Napoléon le Grand, après quoi nous pilerons ce dernier dans le mortier d'airain de la conscience universelle. »

Aucune formule n'est d'un plus facile emploi. Elle a l'inestimable avantage de gratifier la native bassesse des hommes et de remplacer du même coup, par un tropo aisément négociable, l'énorme anxiété philosophique du plus inscrutable mystère de l'histoire. *

Le 20 mars est au centre de ce mystère, le 20 mars 1313 ! et je ne vois pas trop le besoin élevé qu'un pédant romantique peut avoir de déshonorer, à l'occasion de cette date, une race rejetée de Dieu autant que des hommes, à ce qu'il semble, mais qui, du moins, a l'étrange gloire d'avoir secoué le monde du plus grandiose délire d'héroïsme que le genre humain puisse endurer sans être détruit.

Mais voilà justement ce qui les offense, les nidoreux scolopendres de la rue de Valois !

L'héroïsme n'est pas leur pente et l'Emperenr-Hécatonchire leur apparaît simplement comme l'Arbre de la

mort, comme l'indéracinable Mancenillier gigantesque à l'ombre duquel tout le xixe siècle est assis.

Et tout le xixe siècle en est indigné comme eux.

C'est qu'en effet, c'est terrible d'avoir à subsister dans cette ombre, surtout quand on est la République des Vaincus et qu'on voudrait tant s'en faire honneur !

En même temps, nul moyen de fuir, Napoléon ayant pris à brassée deuxmille ans d'histoire, ayant tout tordu, tout dompté, tout configuré à son rêve, sans même savoir si l'Unité absolue dont il portait la conception était une chose possible à un homme !

« Je me sens poussé vers un but que je neconnats pas, disait-il. Quand je l'aurai atteint, un atome suffira pour m'abattre, mais jusque-là tous les efforts humains ne pourront rien contre moi. »

N'est-ce pas là un Etre étrangement, surnaturellement poussé, ce grand Chef de guerre dont on a tant dit qu'il était de décision si soudaine que ses ennemis, déconcertés dans leurs calculs, ne savaient jamais ce qu'il allait faire, sinon à l'instant même où il les bottelait sur la croupe de son cheval de Conculcateur?

Y eut-il jamais un événement plus prodigieux que ce retour foudroyant du 20 mars et cette conquête instantanée d'un empire par un homme absolument désarmé?

L'étonnement en dure encore comme de l'occurrence

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imprévisible de quelque globe errant et désorbité qai aurait failli fracasser la terre.

Ce n'est pas sur les faits eux-mêmes de cette incroyable Vie que pèse le mystère. On peut encore entrepreu ,!re de les expliquer successivement par d'éclairantes hypothèses. Mais l'anomale combinaison de l'ensemble est un monstre pour la raison et fait penser aux figuratifs récits des Saints Livres, ininterprétables avant Y accomplissement.

C'est pourquoi j'ose conclure au symbolisme prophétique dans l'épopée napoléonienne.

Je ne puis me garder de croire à un avenir déjà conçu et battant les flancs de cette surhumaine histoire.

Ce n'est pas l'Angleterre qui a renversé Napoléon et ce n'est pas Rome non plus qui l'a tiré en bas de son trône. Ce n'est ni la Russie, ni la Saxe, ni même l'Espagne qui l'ont vaincu.

Ce n'est ni Fouché, ni Talleyrand, ni Murât, ni Marmont, ni Grouchy qui l'ont trahi.

C'est sa destinée qui s'est dénouée.

C'est le projectile de Dieu qui avait fini sa parabole et qui, naturellement, retombait...

Mais le secret de cette destinée, le sens ésotérique de cette parabole, personne, depuis quatre-vingts ans, ne se présente pour le donner ni personne pour le recevoir.

Et cette grandiose chevauchée de victoires, apparue entre les putridités rosées du xvme siècle et les abjections bourgeoises du xix", ressemble, aujourd'hui, à un impossible songe.

Pou m'importe que tel ou tel pisse-froid de la chronique discerne en moi un inattendu bonapartiste.

11 y a longtemps que je me balle de la politique et de la boueuse rhétorique des partis.

Je ne vois pas un homme au monde à qui un autre homme puisse, présentement, se donner.

Mais je m'intéresse philosophiquement à ce Rétiaire des empires, que la carte de l'Europe impatientait et qui tint une minute dans sa main toute la descendance humaine, Equarrisseur apocalyptique éperdument adoré dans les abattoirs de peuples, Mosaïste sanglant don ne sait quelle expavescente, quelle tréraébonde préfiguration de l'Avenir ; — homme inconscient et faible, d'ailleurs, comme tous les autres, en dehors de son impulsion, et qui s'en alla gémir médiocrement, dans son île, en attendant la définitive et inconsciente grandeur de sa mort.

Il reste ceci que Napoléon subsiste dans la mémoire humaine, tout en haut du siècle, et que cela fait une sacrée sensation de contempler au-dessous de lui les affreux bonshommes qui gouvernent aujourd'hui la France.

Sans doute, ils voudraient bien l'anéantir ou, du moins, le rapetisser pour devenir, enfin, perceptibles, et ne pas tout à fait crever à son ombre!

Mais l'invincible nature des choses les abolit dans le milieu de leur effort et fait transparaître leur néant au travers du gras-double de leur malfaisante prospérité.

La Campagne de France extermine Gambetta, Dieu sait de quelle extermination?

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