L'ÉTUDE COMPARÉE DES RELIGIONS
L'étude comparée des religions, cpiand elle sera définitivement établie sur la base solide de la critique, formera le plus beau chapitre de l'histoire de l'esprit humain, entre l'histoire des mylhologies et l'histoire des philosophies. Comme les philosophies, les religions répondent aux besoins spéculatifs de l'humanité. Comme les mythologies, elles renferment ime large part d'exercice spontané et irréfléchi des facultés humaines. De là leur inappréciable valeur aux yeux du philosophe. De même qu'une cathédrale gothique est le meilleur témoin du moyen âge, parce que les générations ont habité là en esprit; de même les religions sont le meilleur moyen pour connaître l'humanité ; car l'humanité y a demeuré : ce sont des tentes abandonnées où tout décèle la trace de ceux qui y trouvèrent un abri. Malheur à qui passe indiff'érent auprès de ces masures vénérables, à l'ombre desquelles l'himianité s'est si longtemps abritée, et où tant de belles âmes trouvent encore des consolations
et des terreurs ! Lors même que le toit serait percé à jour et que Teau du ciel viendrait mouiller la face du croyant agenouillé, la science aimerait à étudier ces ruines, à décrire toutes les statuettes qui les ornent, à soulever les vitraux qui n'y laissent entrer qu'un demi-jour mystérieux, pour y introduire le plein soleil, et étudier à loisir ces admirables pétrifications de la pensée humaine.
Il est temps que la raison cesse de critiquer les religions comme des œuvres étrangères, élevées contre elle par une puissance rivale, et qu'elle se reconnaisse enfin dans tous les produits de l'humanité, sans distinction ni antithèse. Il est temps que l'on proclame qu'une seule cause a tout fait dans l'ordre de l'intelligence, c'est l'esprit humain, agissant tou- 'jours d'après des lois identiques, mais dans des milieux divers. A entendre certains rationalistes, on serait tenté de croire que les religions sont venues du ciel se poser en face de la raison pour le plaisir de la contrecarrer; comme si la nature humaine n'avait pas tout fait par des faces différentes d'ellemême I Sans doute on peut opposer religion et philosophie, comme on oppose deux systèmes, mais en reconnaissant qu'elles ont la même origine et posent sur le même terrain. La vieille polémique semblait concéder que les religions sont d'une autre origine, et par là elle était amenée à les injurier. En étant plus hardi, on sera plus respectueux.
Les apologistes soutiennent que ce sont les religions qui ont fait toutes les grandes choses de l'hu-