JEAN A PATMOS
ses caresses à la fois voluptueuses et sinistres, toutes ces fines sensations qui ont leur inimitable expression dans V Odyssée, échappèrent au ténébreux visionnaire. Deux ou trois particularités, telles que la grande préoccupation de la mer, Timage « d'une montagne brûlant au milieu de la mer )),qui semble empruntée à Théra, ont seules quelque cachet local. D'une petite île, faite pour servir de fond de tableau au délicieux roman de Daphnis et Chloé, ou à des scènes de bergerie comme celles de Théocrite et de Moschus, il fit un volcan noir, gorgé de cendre et de feu. Il avait dû, cependant, goûter plus d'une fois sur ces flots le silence plein de sérénité des nuits, où Ton n'entend que le gémissement de T alcyon et le soufflet sourd du dauphin. Des jours entiers, il fut en face du mont Mycale, sans songer à la victoire des flellènes sur les Perses, la plus belle qui ait jamais été remportée après Marathon et les Thermopyles. A ce point central de toutes les grandes créations grecques, à quelques lieues de Samos, de Cos, de Milet, d'Éphèse, il rêva d'autre chose que du prodigieux génie de Pythagore, d'Hippocrate, de Thaïes, d'Heraclite; les glorieux souvenirs de la Grèce n'existèrent pas pour lui. Le poème de Patmos aurait dû être quelque Héro et Léandre, ou bien une pastorale à la façon de Longus, racontant les jeux de beaux enfants sur le seuil de l'amour. Le sombre enthousiaste, jeté par hasard sur ces rives ioniennes, ne sortit pas de ses souvenirs bibliques. La nature pour lui, ce fut le chariot vivant d'Ézéchiel, le monstrueux chérub^ le difl*orme taureau