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ÉLOGE DE VIVIANI

nom qu'on a donné au roi, et à la manière dont elle a étt' acquise. Une reconnaissance ingénieuse et difficile à contenter, na pu rien imaginer de plus nouveau et de plus noble qu'un pareil monument. Viviani, si digne par son savoir et par ses talents de recevoir les bienlaits du roi, s'en rendait encore plus digne par l'usage qu'il en faisait après les avoir reçus.

Galilée n'a pas été oublié dans le plan de cette maison. Son buste est sur la porte, et son éloge ou plutôt toute l'histoire de sa vie, dans les places ménagées exprès ; et Viviani, pour répandre dans le monde un monument qui de lui-même n'était que durable, en a fait faire des estampes qu'il a mises à la fin de sa divination sur Aristée.

CARACTKRE DE VIVIANI

11 avait cette innocence et cette simplicité de mœurs que Ton conserve ordinairement, quand on a moins de commerce avec les hommes qu'avec les livres et il n'avait point cette rudesse et une certaine fierté sauvage que donne assez souvent le commerce des livres sanscelui des hommes. Il était affable, modeste, ami sûr et fidèle, et ce qui renferme beaucoup de vertus en une seule, reconnaissant au souverain degré. Il est vrai que le caractère général de sa nation peut lui dérober une partie de cette gloire. Les Italiens conservent le souvenir des bienfaits, et, pour tout dire aussi, celui des olTenses, plus profondément que d'autres peuples qui ne sont guère susceptibles que d'impressions plus légères. Mais la reconnaissance que Viviani a fait éclater en toutes occasions pour tous ses bienfaiteurs, a été regardée

t comme extraordinaire, et s'est attiré de l'admiration même en Itafie.

Éloge du maréchal de Vauban.

Sébastien le Prêtre, chevalier, seigneur de Vauban, Bazoche, Pierre-Pertuis, Pouilly, Cervon, la Chaume, Epiry, le Creuzet, et autres lieux; maréchal de France, chevalier des ordres du roi, commissaire général des lorlitications, grand-croix de Tordre de Saint-Louis, et gouverneur de la citadelle de Lille, naquit le premier jour de mai 1633, d'Urbain le Prêtre, et d'Aimée de Carmagnol. Sa famille est d'une bonne noblesse du Nivernais; elle possède la seigneurie de Vauban depuis plus de 230 ans.

Son père qui n'était qu'un cadet, et qui de plus s'était ruiné dans le service, ne lui laissa qu'une bonne éducation et un mousquet. A l'âge de dixsept ans, c'est-à-dire en 1651, il entra dans le régiment de Condé, compagnie d'Arcenay. Alors feu le Prince était dans le parti des Espagnols.

Les premières places fortifiées qu'il vil le firent ingénieur, par l'envie qu'elles lui donnèrent de le devenir. Il se mit à étudier avec ardeur la géométrie, et principalement la trigonométrie et le toisé; et dès l'an 1652, il fut employé aux forlicalions de Clermont en Lorraine. La même année, il servit au premier siège de Sainlc-Menehould, où il fit quelques logements, et passa une rivière à la nage sous le feu des ennemis pendant l'assaut, action qui lui attira de ses supérieurs beaucoup de louanges el de caresses.

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En 1653, il fui pris par un parti français. Lo cardinal Mazarin le crut digne dès lors qu'il tâchât de l'engager au service du roi, et il n'eut pas de peine à réussir avec un homme né le plus fidèle sujet du monde. En cette même année, Yauban servit d'ingénieur en second sous le chevalier de Clerville, au second siège de Sainte-Menehould, qui fut reprise par le roi; et ensuite il fut chargé du soin de faire réparer les fortifications de la place.

Dans les années suivantes, il fit les fonctions d'ingénieur aux sièges de Stenay, de Clermont, de Landrecy, de Condé, de Saint-Guilain, de Valenciennes. Il fut dangereusement blessé à Stenay et à Valenciennes. Il n'en servit presque pas moins. Il reçut encore trois blessures au siège de Montmédy en 1657 ; et comme la gazette en parla, on ajiprit dans son pays ce qu'il était devenu : car depuis six ans qu'il en était parti, il n'y était point retourné, et n'y avait écrit à personne ; et ce fut là la seule manière dont il y donna de sps nouvelles.

Le maréchal de la Ferté, sous qui il servait alors, et qui l'année précédente lui avait fait présent d'une compagnie dans son régiment, lui en donna encore une dans un autre régiment, pour lui tenir lieu de pension; et lui prédit hautement que si la guerre pouvait l'épargner il parviendrait aux premières dignités.

En i6o8, il conduisit en chef les attaques des sièges \le Gravelines, d'Ypres et d'Oudenarde. Le cardinal Mazarin, qui n'accordait pas les gratifications sans sujet, lui en donna une assez honnête, et l'accompagna de louanges, qui, selon le caractère de V'auban, le payèrent beaucoup mieux.

Il nous suffit d'avoir représenté avec quel(|U(ï détail ces premiers commencements, ])lus remarquables que le reste dans une \ ie illuslre, quand la

vertu, dénuée de tout secours étrangers, a eu besoin de se faire jour à elle-môme. Désormais Vauban est connu, et son histoire devient une partie de l'histoire de France.

Après la paix des Pyrénées, il fut occupé ou à démolir des places, ou à en construire. Il avait déjà quantité d'idées nouvelles sur l'art de fortifier, peu connu jusque-là. Ceux qui l'avaient pratiqué, ou qui en avaient écrit, s'étaient attachés servilement à certaines règles établies, quoique peu fondées, et à des espèces de superstitions, qui dominent toujours longtemps en chaque genre, et ne disparaissent qu'à l'arrivée de quekjue génie supérieur. D'ailleurs ils n'avaient point vu de sièges, ou n'en avaient pas assez vu ; leurs méthodes de fortifier n'étaient tournées que par rapport à certains cas particuliers qu'ils connaissaient, et ne s'étendaient point à tout le reste. De Vauban avait déjà beaucoup vu, et avec de bons yeux; il augmentait sans cesse son expérience par la lecture de tout ce qui avait été écrit sur la guerre; il sentait en lui ce qui produit les heureuses nouveautés, ou plutôt ce qui force à les produire; et enfin il osa se déclarer iuT^enteur dans une matière si périlleuse, et le fut toujours jusqu'à la fin. Nous n'entrerons point dans le détail de ce qu'il inventa; il serait trop long, et toutes les places fortes du royaume doivent nous l'épargner.

Quand la guerre recommença en 1667, il eut la principale conduite des sièges que le roi fit en personne. S. M. voulut bien faire voir qu'il était de sa prudence de s'en assurer ainsi le succès. Il reçut au siège de Douai un coup de mousquet à la joue, dont il a toujours porté la marque. Après le siège de Lille, qu'il prit sous les ordres du Roi en neuf jours de ti'anchée ouverte, il eut une gratification considérable, beaucoup plus nécessaire pour contenter l'inclination

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du maître, que celle du sujet. Il en a reçu encore en différentes occasions un grand nombre et toujours l)lus fortes; mais pour mieux entrer dans son caractère, nous ne parlerons plus de ces sortes de récompenses, qui n'en étaient presque pas pour lui.

II fut occupé en 1668 à faire des projets de fortifications pour les places de la Franche-Comté, de Flandres et d"Artois. Le roi lui donna le gouvernement de la citadelle de Lille qu'il venait de construire, et ce fut le premier gouvernement de cette nature en France. Il ne l'avait point demandé ; et il importe et à la gloire du roi et à la sienne, que Ton sache que de toutes les grâces qu'il a jamais reçues, il n'en a demandé aucune, à la réserve de celles qui n'étaient pas pour lui. Il est vrai que le nombre en a été si grand, qu'elles épuisaient le droit qu'il avait de demander.

La paix d'Aix-la-Chapelle étant faite, il n'en fut pas moins occupé. Il fortifia des places en Flandre, en Artois, en Provence, en Roussillon, ou du moins fit des dessins qui ont été depuis exécutés. Il alla même en Piémont avec M. de Louvois, et donna au duc de Savoie des dessins pour Vérue, Verceil et Turin. A son départ, S. A. R. lui fit présent de son portrait enrichi de diamants. Il est le seul homme de guerre pour qui la paix ait toujours été aussi laborieuse que la gueire même.

Quoique son emploi ne l'engageât qu"à travailler à la sûreté des frontières, son amour pour le bien public lui faisait porter ses vues sur les moyens d'augmenter le bonheur du dedans du royaume. Dans tous ses voyages, il avait une curiosité dont ceux qui sont en place ne sont communément (|ue trop exempts. Il s'informait avec soin de la valeur des terres, de ce qu'elles rap[)orlaient, de la manière de les cultiver, des facultés des paysaus, de leur nombre,

de ce qui faisait leur nourriLure ordinaire, de ce que leur pouvait valoir en un jour le travail de leurs mains; détails méprisables et abjects en apparence, et qui appartiennent cependant au grand art de gouverner. Il s'occupait ensuite à imaginer ce qui aurait pu rendre le pays meilleur, des grands chemins, des ponts, des navigations nouvelles; projets dont il n'était pas possible qu'il espérât une entière exécution; espèces de songes, si l'on veut, mais qui du moins, comme la plupart des véritables songes, marquaient Finclination dominante. Je sais tel intendant de province qu'il ne connaissait point, et à qui il a écrit pour le remercier d'un nouvel établissement utile <{u'il avait vu en voyageant dans son département. Il devenait le débiteur t\v quiconque avait obligé le public.

La guerre, qui commença en 1072, lui fournit une infinité d'occasions glorieuses, surtout dans ce grand nombre de sièges que le roi fit en personne, et que Vauban conduisit tous. Ce fut à celui de Maëstrichl, en 1673, qu'il commença à se servir d'une méthode singulière pour l'attaque des places, qu'il avait imaginée par une longue suite de réflexions, et qu'il a depuis toujours pratiquée. Jusque-là il n'avait fait que suivre avec plus d'adresse et de conduite les règles déjà établies; mais alors il en suivit d'inconnues, et lit changer de face à cette importante partie de la guerre. Les fameuses parallèles et les places d'armes parurent au jour : depuis ce temps il a toujours inventé sur ce sujet, tantôt les cavaliers de tranchée, tantôt un nouvel usage des sapes et des demi-sapes, tantôt les batteries en ricochet; et par là il avait porté son art à une telle perfection, que le plus souvent ce qu'on aurait jamais osé espérer devant les places les mieux défendues, il ne perdait pas plus de monde que les assiégés.

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C'était là son but principal, la conservation des hommes. Non seulement Fintérèt de la guerre, mais aussi son humanité naturelle les lui rendait chers. Il leur sacrifiait toujours l'éclat d'une conquête plus prompte, et une gloire assez capable de séduire; et ce qui est encore plus difficile, quelquefois il résistait en leur faveur à l'impatience des généraux, et s'exposait aux redoutables discours du courtisan oisif. Aussi les soldats lui obéissaient-ils avec un entier dévouement, moins animés encore par l'extrême confiance qu'ils avaient à sa capacité, que par la certitude et la reconnaissance d'être ménagés autant qu'il était possible.

Pendant toute la guerre que la paix de Nimègue termina, sa vie fut une action continuelle et très vive : former des dessins de sièges, conduire tous ceux qui furent faits, du moins dès qu'ils étaient de quelque importance; réparer les places qu'il avait prises, et les rendre plus fortes; visiter toutes les frontières; fortifier tout ce qui pouvait être exposé aux ennemis; se transporter dans toutes les armées, et souvent d'une extrémité du royaume à l'autre.

Il fut fait brigadier d'infanterie en 1604, maréchal de camp en 1076, et en 1078 commissaire général des fortifications de France, charge qui vaquait par la mort du chevalier de Clervilîe. Il se défendit d'abord de l'accepter; il en craignait ce qui l'aurait fait désirer à tout autre, les grandes relations qu'elle lui donnait avec le ministre. C(q)endant le roi l'obligea d'autorité à prendre la charge; et il faut avouer que malgré toute sa droiture, il n'eut pas lieu de s'en repentir. La vertu ne laisse pas de réussir quelquefois, mais ce n'est qu'à force de temps et de preuves redoublées.

La paix de Mimègue lui ùta le pénible emploi de prendre des places, mais elle lui en donna un plus

j^rand nombre à l'ortifier. Il fit le fameux port de Dunkerque, son chef-dVcuvro, et par conséquent celui de son arl. Strasbourg' et Casai, qui passèrent, en 1081, sons le pouvoir du roi, furent ensuite ses travaux les plus considérables. Outre les grandes et magnifiques fortifications de Strasljourg, il y fit faire pour la navigation de la Bruche, des écluses, dont l'exécuiion était si difficile, qu'il n'osa la confier à personne, et la dirigea toujours [)ar lui-même.

La guerre recommença en 1683, et lui valut l'année suivante la gloire de prendre Luxembourg, qu'on avait cru jusque-là imprenable, et de le prendre avec fort peu de peiie. Mais la guerre naissante ayant été étoufTéc par la trêve de 168 i, il reprit ses fonctions de paix, dont les plus brillantes furent l'aqueduc do Maintenon, de nouveaux travaux qui perfectionnent le canal de la communication des mers, Mont-Royal et Landau.

II semble f[u'il aurait dû trahir les secrets de son art par la grande quantité d'ouvrages qui sont sortis de ses mains. Aussi a-t-il paru des livres dont le titre promettait la véritable manière de fortifier selon Vauban; mais il a toujours dit, et il a fait voir par sa pratique, qu'il n'avait point de manière. Chaque place dilïérente lui en fournissait une nouvelle, selon les difTérentes circonstances de sa grandeur, de sa situation, de son terrain. Les plus difficiles de tous les a.rls sont ceux dont les objets sont changeants, qui ne permettent point aux esprits bornés l'application commode de certaines règles fixes, et qui demandent à chaque moment les ressources naturelles et imprévues d'un génie heureux.

Eu 1688, la guerre s'étant rallumée, il fit sous les ordres de Monseigneur, les sièges de Philisbourg, de Manheim et de Frankendals. Ce grand prince fut si content de ses services, qu'il lui donna quatre pièces

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de canon à son choix, pour mettre en son château de Bazoche : récompense vraiment militaire, privilège unique, et qui, plus que tout autre, convenait au père de tant de places fortes. La même année, il fut fait lieutenant général.

L'année suivante, il commanda à Dunkerque, Bergues et Ypres, avec ordre de s'enfermer dans celle de ces places qui serait assiégée; mais son nom les en préserva.

L'année 1690 fut singulière entre toutes celles de <a vie; il n'y fit presque rien, parce qu'il avait pris une grande et dangereuse maladie à faire travailler aux fortifications d'Ypres, qui étaient fort en désordre, et à être toujours présent sur les travaux. Mais celte oisiveté, qu'il se serait presque reprochée, finit en 1691 par la prise de Mons, dont le roi commanda le siège en personne. Il commanda aussi Tannée d'après celui de Namur, et Vauban le conduisit de sorte quil prit la place en trente jours de tranchée ouverte, et n'y perdit que huit cents hommes, quoiqu'il s"y fût fait cinq actions de vigueur très considérables.

Il faut passer par-dessus un grand noml)re dauLres exploits, tels que le siège de Cliarleroi en 93, la défense de la Basse-Bretagne contre les descentes des ennemis en 94 et 95, le siège d'Ath en 97, et nous hâter de venir à ce qui touche de plus près celte Académie. Lorsqu'elle se renouvela en 99, elle demanda au roi M. de Vauban pour être un de ses honoraires; et si la bienséance nous permet de dire qu'une place dans cette compagnie soit la récompense du mérite, après toutes celles qu'il avail rerues du roi en qualité d'homme de guerre, il fallait (pi'il en reçût une dune société de gens de lettres en qualité de mathématicien. Personne n'avait mieux ([ue lui rappelé du ciel les mathématiques, pour les

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occuper aux besoins des hommes, et elles avaient jDris entre ses mains une utilité aussi glorieuse peutèlre que leur plus grande sublimité. De plus, l'Académie lui devait une reconnaissance particulière de Testime qu'il avait toujours eue pour elle; les avantages solides que le public peut tirer de cet établissement, avaient touché l'endroit le plus sensible de son âme.

Comme après la paix de Ryswick il ne fut plus employé qu'à visiter les frontières, à faire le tour du royaume, et à former de nouveaux projets, il eut besoin d'avoir encore quelque autre occupation, et il se la donna selon son cœur. Il commença à mettre par écrit un prodigieux nombre d'idées qu'il avait sur différents sujets qui regardaient le bien de l'Etal, non seulement sur ceux qui lui étaient les plus familiers tels que les fortifications, le détail des places, la discipline militaire, les campements, mais cncoresur une infinité d'autres matières qu'on aurait cru plus éloignées de son usage ; sur la marine, sur la course par mer en temps de guerre, sur les finances, sur la cidture des forêts, sur le commerce et sur les colonies françaises en Amérique. Une grande passion songe à tout. De toutes ces différentes vues, il a composé douze gros volumes manuscrits, qu'il a intitulés ses Oisivetés. S'il était possible que les idées qu'il y propose s'exécutassent, ses oisivetés seraient plus utiles que tous ses travaux

La succession d'Espagne ayant l'ait renaître la guerre, il était à Xamur au commencement de l'année 1703, et il donnait ordre à des réparations nécessaires, lorsqu'il apprit que le roi l'avait honoré du bâton de maréchal de France. Il s'était opposé lui même, quelque temps auparavant, à cette suprême élévation ([Uii le roi lui avait annoncée ; il avait représenté (pi'elle empêcherait qu'on ne l'employât avec des généraux

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