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ÉLOGE DU MARÉCHAL DE VAUBAN

du même rang, cl ferait naître des embarras contraires au bien du service. Il aimait mieux être plus utile, et moins récompensé; et pour suivre son goût, il n'aurait fallu payer ses premiers travaux que par d'autres encore plus nécessaires.

Vers la fin de la même année, il servit sous Monseigneur le duc de Bourgogne au siège du Vieux- Brisac, place très considérable, qui fut réduite à capituler au bout de treize jours et demi de tranchée ouverte, et qui ne coûta pas trois cents hommes.

C'est par ce siège qu'il a fini, et il fit voir tout ce que pouvait son art, comme s'il eût voulu le résigner alors tout entier entre les mains du prince qu'il avait pour spectateur et pour chef.

Le titre de maréchal de France produisit les inconvénients quil avait prévus: il demeura deux ans inutile. Je l'ai entendu souvent s'en plaindre; il protestait que pour lintérèt du roi et de l'état, il aurait foulé aux pieds la dignité avec joie. Il l'aurait fait, et jamais il ne leùt si bien méritée, jamais même il n'en eût si bien soutenu le véritable éclat.

Use consolait avec ses savantes oisivetés. Il n'épargnait aucune dépense pour amasser la quantité inlinic d'instructions et de mémoires dont il avait besoin, et il occupait sans cesse un grand nombre de secrétaires, de dessinateurs, de calculateurs et de copistes. Il donna au roi, en 1704, un gros manuscrit, qui contenait tout ce qu'il y a de plus fin et de plus secret dans la conduite de l'attaque des places; présent le plus noble qu'un sujet puisse jamais faire à son maître, et que le maître ne pouvait recevoir que de ce seul sujet.

En 170G, après la bataille de Ramilly, le maréchal de Vauban fut envoyé pour commander à Dunkerque et sur la côte de Flandres. Il rassura par sa présence les esprits étonnés; il empêcha la perte d'un pays

quon voulait noyer pour prévenir le siège de Dunkerque, et le prévint d'aillimrs par un camp retranché qu'il fit entre cette ville et Bei'gues, de sorte que les ennemis eussent été obligés de l'aire en même temps l'investiture do Dunkerque, de Bergueset dececamp, ce qui était absolument impraticable.

Dans cette même campagne, plusieurs de nos places ne s'étant pas défendues comme il l'aurait souhaité, il voulut défendre par ses conseils toutes celles qui seraient attaquées à l'avenir, et commença sur cette matière un ouvrage qu'il destinait au roi, et qu'il n'a pu finir entièrement. Il mourut le 30 mars 1707, d'une fluxion de poitrine accompagnée d'une grosse fièvre qui lempoiia en huit jours, quoiqu'il fût d'un tempérament très robuste, et qui semblait lui promettre encore plusieurs années de vie. Il avait soixantequatorze ans moins un mois.

Il avait épousé Jeanne d'Aunoy, de la famille des barons d'Espiry en JNivernois, morte avant lui. lien a laissé deuxfilles, madame la comtesse de Villebertin, et madame la marquise d'Ussé.

Si l'on veut voir toute sa vie militaire en abrégé, il a fait travailler à trois cents places anciennes, et en a fait trente-trois neuves; il a conduit cinquante-trois sièges, dont trente ont été faits sous les ordres du roi en personne, ou de Monseigneur, ou de Monseigneur le duc de Bourgogne, et les vingt-trois autres sous différents généraux; il s'est trouvé à cent quarante actions de vigueur.

Jamais les traits de la simple nature n'ont été mieux marqués qu'en lui, ni plus exempts de tout mélange étranger. Un sens droit et étendu, qui s'attachait au vrai par une espèce de sympathie, et sentait le faux sans le discuter, lui épargnait les longs circuits par où les autres marchent; et d'ailleurs sa vertu était en quelque sorte un instinct heureux si prompt qu'il

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