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ÉLOGE DE TOURNEFORT

La sienne ne fui pas ingrate. L'Académie des Sciences ayant été mise en 1692 sons l'inspection de Fabbé Bignon, nn des premiers usages qu^lfitdeson autorité, deux mois après qu'il en fut revêtu, fut de faire entrer dans cette compagnie Tournefort et Homberg, qu'il ne connaissait ni l'un ni l'autre que par le nom qu'ils s'étaient fait. Après qu'ils eurent été agréés par le roi sur son témoignage, il les présenta tous deux ensemble à l'Académie, deux premiers nés [tour ainsi dire, dignes de lètre d'un tel père, et d'annoncer toute la famille spirituelle qui les a suivis.

En 1()94 parut le premier ouvrage de Tournefort, intitulé : Éléments de hoianiqiie, ou Méthode pour connaître les plantes, imprimé au Louvre en trois volumes. Il est fait pour mettre de l'ordre dans ce nombre prodigieux de plantes semées si confusément sur la terre, et même sous les eaux de la mer^ et pour les distribuer en genre et en espèces, qui en facilitent la connaissance, et empêchent que la mémoire des botanistes ne soit accablée sous le poids d'une infinité de noms différents. ( let ordre si nécessaire n'a point été établi par la nature, qui a préféré une confusion magnifique à la commodité des physiciens; et c'est à eux à mettre presque malgré elle de l'arrangement et un système dans les plantes. Puisque ce ne peut être qu'un ouvrage de leur esprit, il est aisé de prévoir qu'ils se partageront, et que môme quelquesuns ne A'oudront point de systèmes. Celui que Tournefort a préféré, après une longue et savante discussion, consiste à régler les genres des plantes par les fleurs et par les fruits pris ensemble; c'est-à-dire, que toutes les plantes semblal)les par ces deux parties seront du même genre ; après quoi les différences ou de la racine, ou de la tige, ou des (euilles, feront leurs différentes espèces. Tournefort a été même plus loin; au-dessus dos i.'-enrcs il ;i mi^ des fiasses qui ne se

rcglciiL que par les fleurs, et il esl le premier qui ail eu celte pensée beaucoup plus utile à la botanique fpi'on ne se Timaginerait d'abord; car il ne se trouve jusqu'ici que 14 figures diiîérenles de Heurs ([u'il faille s'imprimer dans la mémoire. Ainsi quand on a entre les mains une plante en fleur dont on ignore le nom, on voit aussitôt à quelle classe elle ajjpartient dans le livre des Eléments de bolaniqiie. Quelques jours après la fleur paraît le fruit qui détermine le genre dans ce même livre, et les autres parties donnent l'espèce; de sorte que Ton trouve en un moment et le nom que Tournefort lui donne par rapporta son système, et <,'eux que d'autres botanistes des plus fameux lui ont donnés, ou par rapport à leur système particulier, ou sans aucun système. Parla on est en état d'étudier cette plante dans les auteurs qui en ont parlé, sans craindre de lui attribuer ce qu'ils auront dit de celle-là. C'est un prodigieux soulagement pour la mémoire, que tout se réduise à retenir 14 figures de fleurs, par le moyen desquelles on descend à 673 genres, qui comprennent sous eux 8 840 espèces de plantes, soit de terre, soil de mer, connues jusqu'au temps de ce livre. Que serait-ce s'il fallait connaître immédiatement ces 8 846 espèces, et cela sous tous les noms ditTérents qu'il a plu aux botanistes de leur imposer? Ce que nous venons de dire ici demanderait encore quelques restrictions ou quelques éclaircissements; mais nous les avons donnés dans ïHisloire de 1700 (p. 70 et suiv.), où le système de Tournefort a été traité plus à fond et avec plus d'étendue. Il i)arut être fort approuvé des physiciens, c'est-àdire (et cela ne doit jamais s'entendre autrement) du plus grand nombre des physiciens. Il fut attaqué sur quelques points par Rai, célèbre botaniste et physicien anglais, auquel Tournefort répondit en 1697 par une dissertation laline adressée à Sherard, autre An-

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i^hns habile dans la même science. La dispnte fut sans aigreur, et même assez polie de parL et d'autre, ce qui est assez à remarquer. On dira peut-être que le sujet ne valait guère la peine qu'on s'échauffât : car de quoi s'agissait-il? De savoir si les fleurs et les fruits suflisaient pour établir les genres; si une certaine plante était d'un genre ou d'un autre. Mais on doit tenir compte aux hommes, et plus particulièrement aux savants, de ne séchaulïer pas beaucoup sur de légers sujets. Tournefort, dans un ouvrage postérieur à la dispute, a donné de grands éloges à Rai, et même sur son système des plantes.

Il se lit recevoir docteur en médecine de la faculté de Paris : et en 1698, il publia un livre intitulé : Hisloire des plantes qui naisseni aux environs de Paris, avec leur usage dans la médecine. Il est facile de juger que celui qui avait été chercher des plantes sur les sommets des Alpes et des Pyrénées, avait diligemment herborisé dans tous les environs de Paris , depuis qu'il y faisait son séjour. La botanique ne serait qu'une simple curiosité, si elle ne se rapportait à la médecine; et quand on veut qu'elle soit utile, c'est la botanique de son pays qu'on doit le plus étudier, non (jue la nature ait été aussi soigneuse qu'on le dit quelquefois, de mettre dans chaque pays les plantes qui devaient convenir aux maladies des habitants; mais parce qu'il est plus commode d'employer ce qu'on a sous sa main, et que souvent ce qui vient de loin n'en vaut pas mieux. Dans cette histoire des plantes des environs de Paris, Tournefort rassemble, outre leurs différents noms et leurs descriptions, les analyses chimiques que l'Académie en avait faites, et leurs vertus les mieux prouvées. Ce livre seul répondrait suffisamment aux reproches que l'on fait quelquefois aux médecins de n'aimer pas les remèdes tirés des simples, parce qu'ils sont trop

faciles et d'un elTel trop prompt. Cerlainement Tournefort en produit ici un grand nombre; cependant ils sont la plupart assez négligés, et il semble qu'une certaine fatalité ordonne qu'on les désirera beaucoup, et qu'on s'en servira peu.

On peut compter parmi les ouvrages de Tournefort un livre, ou du moins une partie d'un livre, quil n'a pourtant pas fait imprimer. Il porte pour titre : Schola botanica, sive catologus plantarum, qucis ab aliqiiol annis in horlo regio Parisiensi sliidiosis indigitavil vir clarissimusJosephiis Pillon de Tourne fort ^Doclor Mediciis, ut et Pauli Ilernnmni paradisi batavi Pvodomus, etc.Afnstelodami, 1699. L n Anglais, nommé Simon Warlon, qui avait étudié trois ans en botanique au jardin du roi, sous Tournefort, fit ce catalogue des plantes qu'il y avait vues.

Comme les Eléments de botanique avaient eu tout le succès que l'auteur même pouvait désirer, il en donna en 1700 une traduction latine en faveur des étrangers, et plus ample, sous le titre û'Institutiones Rei herbariœ, en trois volumes in-^", dont le premier contient les noms des plantes distribuées selon le système de l'auteur, et les deux autres leurs figures très bien gravées. A la tête de cette traduction est une grande préface, ou Introduction à la Botanique, qui contient avec les principes du système de Tournefort ingénieusement et solidement établis, une bistoire de la botanique et des botanistes, recueillie avec beaucoup de soin et agréablement écrite. On n'aura pas de peine à s'imaginer qu'il s'occupait avec plaisir de tout ce qui avait rapport à l'objet de son amour.

Cet amour cependant n'était pas si fidèle aux plantes, qu'il ne se portât presque avec la même ardeur à toutes les autres curiosités de la physique, pierres figurées, marcassiles rares, pétrifications et cristallisations extraordinaires, coquillages de toutes espèces..

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