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ÉLOGE DU COMTE MARSIGLI

lui avait refusé, sous prétexte d'autres besoins, tout ce qu'il avait demandé de plus nécessaire et de plus indispensable. Il n'était point le commandant, et il n'avait l'ait que se ranger à Tavis entièrement unanime du conseil de guerre. Mais cette grande brièveté, à laquelle nous sommes obligés de réduire ses raisons, lui fait tort ; et il vaut mieux nous contenter de dire que le public, qui sait si bien faire entendre son jugement sans le prononcer en forme, ne souscrivit pas à celui des commissaires impériaux. Les puissances môme alliées de l'empereur, intéressées par conséquent à la conservation de Brissach, reconnurent l'innocence du comte Marsigli, et la Hollande nommément permit qu'on en rendît témoignage dans des écrits qui furent publiés. Parmi tous ces suiTrages favorables nous en avons encore un à compter, qui n'est à la vérité que celui d'un particulier; mais ce particulier est le maréchal de Vauban, dont l'autorité aurait pu être opposée, s'il l'eût fallu, à celle de toute l'Europe, comme l'autorité de Caton à celle des dieux. Sur le fond de toute cette affaire, il parut généralement qu'on avait voulu au commencement d'une grande guerre donner un exemple effrayant de sévérité, dont on prévoyait les besoins dans beaucoup d'autres occasions pareilles. La morale des Etats se résout pour de si grands inérêts à hasarder le sacrifice de quelques particuliers.

Marsigli envoya toutes ses pièces justificatives à l'Académie, comme à un corps dont il ne voulait pas perdre l'estime, et il est remarquable dans la lettre qu'il lui écrivit, qu'après avoir parlé en peu de mots de sa malheureuse situation, il ne pense plus qu'à des projets d'ouvrages, et les expose assez au long, principalement l'idée qu'il avait d'établir le véritable cours de la ligne des montagnes, qui commence à la mer Noire, va parallèlement au Danube jusqu'au

mont Saint-GolhanJ, el conliniic jusqu'à la Méditerranée.

Dans l'impression de ses apologies, il met pour vignette une espèce de devise singulière qui a rapport à son aventure. C'est une première lettre de son nom, qui porle de pari el d'autre cnlre ses deux jambes les deux tronrons dune épée rompue avec ces mots : fraclus integro. Eùt-il imaginé, eùt-il publié cette repri'-scnlalion affligeante, s'il se fût cru flétri? cl n'eùl-il pas cru lèlre, si la voix publique ne TeiU pleinement rassuré?

Il chercha sa consolation dans les sciences, dont il s'était houronsemenl UK'-nagé le secours, sans pr<''voir qu'il lui dùl être un jour si nécessaire. Ce qui n'avait été pour lui qu'un lieu de plaisance devint un asile. Il conserva la ])ralique d'étudier par les voyages, dont il avait contracté riiabilude, et c'est réellement la meilleure pour l'histoire naturelle, qui était son grand objet. Il alla en Suisse, où la nature se présente sous un aspect si différent de tous les autres; el ce pays l'intéressait pailiculièrement. parce qu'il voulait l'aire un traité de la structure organique de la terre, et que les montagnes sont peut-être des espèces dos de ce grand corps. Il vint ensuite à Paris, où il ne trouva pas moins de quoi exercer sa curiosité, quoique dune manière ditTérente. De là il parcourut la France, et s'arrêta à Marseille pour étudier la mer.

Étant un jour sur le port, il reconnut un galérien turc pour être celui qui l'attachait toutes les nuits au l)ieu dont nous avons parlé. Ce malheureux, frappé d'un etlroi mortel, se jeta à ses pieds pour implorer sa miséricorde qui ne devait consister qu'à ne pas ajouter de nouvelles rigueurs à sa misère présente. Marsigli écrivit au comte de Pontcharlrain pour le [)rier de demander la liberté de ce Turc, et elle fut

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accordée. On le renvoya à Alger, d'où il manda à son libérateur qu'il avait obtenu du pacha des traitements plus doux pour les esclaves chrétiens. Il semble ({ue la fortune imitât un auteur de roman, qui aurait ménagé des rencontres imprévues et singulières en faveur des vertus de son héros-

Éloge de Ruysch.

(Fragment).

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