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ELOGE DE LOUVILLE

Il faisait de ses propres mains, dans ses instruments astronomiques, tout ce qu'il y avait de plus fin et de plus difficile, tout ce que les plus habiles ouvriers n'osent faire dans la dernière perfection, parce qu'il leur en coûterait un temps et des peines dont on ne pourrait pas se résoudre à leur tenir assez de compte. Pour lui, il ne les éparg'nait point, fort satisfait d'en être payé par lui-même, si ses observations en étaient plus justes. Nous avons donné, en 172i, un exemple assez remarquable de toutes les attentions scrupuleuses et presque vétilleuses (ju'il avai't apportées à la détermination de la i^randcur des diamètres du soleil, point fondamental pour la théorie de cet astre, dont il donna de nouvelles tables imprimées dans le volume de 1720. ?Sous y avons expliqué les principes de leur construction, qui demandait également et une fine recherche de spéculation, et une grande exactitude de pratique. Les calculs astronomiques, qui ne roulent que sur des à peu près, quoique exirémement approchants, il les voulait amener à être des calculs algébriques exempts de tout tâtonnement. L'astronomie acquérait par là une certaine noblesse, et devenait plus véritablement science. Ce que nous avons dit en 1724, sur sa nouvelle méthode de calculer les éclipses, explique suffisamment ses pensées sur ce sujet.

Il en avait une plus singulière et plus sujette à contestation sur l'obliquité de l'écliptique par rapport à l'équateur. Tous les astronomes la posent constante, et il la croyait décroissante, mais seulement d'une minute en cent ans; de sorte que dans un temps très long, qui se détermine aisément, l'écliptique viendrait à se mettre dans le plan de l'équateur, et les deux pôles verraient ensemble le soleil pendant quelques années. De Louville se donna la peine de ramasser de tous côtés, et depuis l'antiquité la plus reculée jus-

qu à nous, loul co qui pouvait appartenir à ce sujet directcinont ou indirectement; et à quelque exception près, tout aboutissait à rendre lobliquilé de récliplique décroissante, souvent assez juste selon la proportion posée. Il crut même pouvoir prouver dans certaines circonstances heureuses, que ce décroissement, qui ne peut être que dune exlréme lenteur, avait été cinq ans précisément des trois secondes qu'il fallait. 11 n'ij^niorait pas que cette i,nandeur est en astronomie un infiniment petit ; mais le soin singulier qu'il mettait à ses observations pouvait justifier une confiance qu'il ne se fût pas permise autrement.

Quoi(pril parût s'être renfermé dans l'astronomie, il se mêla dans la célèbre question des forces vives. Il fut le premier de TAcadémie qui osAt se déclarer contre Leil)nitz. Oucl nom! (pielle autorité! ^laissi le i,n>omètre par lui-même est lait pour ne pas déférer aux noms et aux autorités, le caractère de Louville le rendait à cet égard plus géomètre qu'un autre. II continua en 17-28 la même entreprise, et de Mairan se joignit à lui avec une nouvelle théorie. C'était alors Tilluslre Bernouilli qu'ils attaquaient. Le procès des forces vives n'est pas encore jugé en forme. Il ne faut pas s'attendre <pril sorte du monde savant une voix générale qui le décide; mais dans la suite du temps les géomètres, que des occasions inévitables forceront à prendre un parti, tomberont dans le bon par l'enchaînement des vérités, et l'autre demeurera oublié. II y a eu, et il y aura encore de ces décisions sourdes du public.

Au commencement de septembre 1732, le chevalier de Louville eut deux accès de fièvre léthargicjue qui ne l'élonnèrent point. Il avait coutume de regarder ses maux comme des phénomènes de physique, auxquels il ne s'intéressait que pour eu trouver l'explication. Il continuait sa vie ordinaire lorsque la même

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