INTRODUCTION XV
Le « berger normand » jouait de sa llùtc légère, et, aux yeux de ceux qui écoutaient sa frêle mélodie, c'était l'univers qui changeait.
y III
Nous touchons ici à l'essence même de Fontenelle, à ce qui fut pour ainsi dire le tout de l'homme, et à ce qui ne permet pas de le confondre avec un Houdar de la Motte jjar exemple. Dès 168"j, il publiait dans les yoiicelles de la République des Lettres un mémoire sur les propriétés du nombre 9. En 1G8G, il se mit, avec l'abbé de Saint-Pierre, à fréquenter chez le mathématicien Varignon. l'our tout dire en un mot, Fontenelle fut cartésien. Nous ne savons point quand eut lieu son preniior contact avec l'œuvre du grand philosophe. Lorsque Malcbranche, autre disciple, lisait le Traité de lllomme pour la première fois. « il lui prenait des battements de cœur qui l'obligeaient quelquefois d'interrompre sa lecture ». On eût dit un amoureux à son premier rendez-vous. Tout iiorte à croire que Fontenelle n'eut jamais cet air-là. 11 n'en est pas moins vi^ai que le cartésianisme fut la forme même de sa pensée.
Il a bien pu dire, en parlant de quelques cartésiens étroits et obstinés : « On n'avait fait que changer d'esclavage. Il faut admirer toujours Descartes, et le suivre quelquefois. » Il a pu reconnaître — ce qui est encore une grande louange — qu'on a trouvé dans la méthode de Descartes de quoi le redresser lui-même. Mais il ne manque jamais, toutes les fois qu'il rencontre son nom, de saluer en lui le plus grand génie des temps modernes. Et il lui fut si fidèle qu'il ne put jamais admettre les théories astronomiques de Xewton, et qu'il crut voir renaître dans l'attraction une de ces qualités occultes dont son maître avait purgé la science. Il avait passé quatre-vingt-dix ans lorsqu'en 17"J2 il défendit, dans un traité, lamatière subtile. Si jamais il eut une religion, ce fut celle de Descartes.
Ses limites s'expliquent sans doute en partie par son
■tempérament, mais la philosophie nouvelle ne fit que les
renforcer. Fontenelle a pu mériter, sinon par sa vie, du
moins par sa pensée, la célèbre apostrophe de Gassendi. Il
dédaigne l'éloquence et la poésie, comme la passion, parce