INTRODUCTION XXIII
qui émeuvent notre époque épanouirent les puissances de sa nature.
On s'explique si bien les démarches de cet esprit! Il y eut toujours de l'inquiet en lui, encore que son caractère le plus visible soit justement une sorte de sérénité où ces inquiétudes se fondent. Et comment une âme aussi délicate resterait-elle insensible en face de tous les mystères ? Mais il n'a rien, absolument rien, d'un révolté. Ses inclinations le portent à composer avec tout ce qui existe ; tout problème, littéraire, moral ou politique, lui apparut d'abord comme un ordre à établir au moyen d'éléments donnés ; il n'est l'ouvrier d'aucune démolition, sachant ce que le moindre monument laissé par les hommes représente de pensée, d'efforts, de joie et de larmes. Le fait accompli est d'un grand poids sur une telle intelligence. Ne voyons-nous pas chaque jour d'honnêtes citoyens attachés au régime établi simplement parce qu'il est le régime établi ? Touchante illusion que la contemplation de toutes les ruines de l'histoire et la certitude universelle de la mort n'ont pu dissiper : nous avons de la peine à concevoir que ce qui est puisse n'être plus !
Or, un jour vint où Lemaître eut la révélation que tout ce qu'il aimait et qui était pour lui la raison de vivre ne pouvait s'accorder avec la plupart des doctrines ou des institutions dont l'actualité faisait tout le prix. Parce qu'en lui le scepticisme n'avait jamais atteint l'essentiel, il pensait qu'il en allait de même