‹ Pages choisies, avec une introduction et des notesChapitre 17 sur 91 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

et une boulette odorante. Mais à cet exercice la sensibilité dépérit bientôt et maigrit comme le corps d'un vieux mandarin. Jules Lemaître n'abusa jamais de la drogue. Il sait que si l'intelligence doit parfois « faire son jeu à part », c'est en vue de besognes bien déterminées. Pour le reste, nos pensées n'ont de force que mêlées à notre chair, à notre sang. Le sang de Lemaître, je crois, pour employer une expression populaire, qu'il n'a fait qu'un tour, quand il fallut prendre parti, vers 1898. Le raisonnement vint justifier et renforcer ensuite la réaction du sentiment, mais celle-ci dut être immédiate.

Les uns s'étonnèrent de cette brusque entrée dans la lice. C'est, nous l'avons vu, qu'ils connaissaient mal le vrai fond de notre auteur. D'autres ont déploré que sa complaisance se fût attardée, au début, à des objets si divers. Tous, en somme, eussent voulu détourner l'un des deux cours d'eau avant le point où ils confluent, et nous priver ainsi d'un spectacle admirable. Nous, au contraire, pour l'avoir contemplé, nous gardons en face du Lemaître homme d'action le souvenir de l'amateur si calme et si fin : le bras de la rivière, resserrée et dirigée vers le moulin dont elle anime la roue dans un bouillonnement d'écume, évoque à nos }reux par contraste la vaste nappe du fleuve tranquille et libre. Les circonstances seules décidèrent du champ où se porterait l'activité de Lemaître ; les violentes poussées

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