INTRODUCTION XXVII
connut le privilège singulier de n'imiter jamais, pas même dans ses premiers essais, les modèles littéraires qui étaient alors en honneur, et auxquels luimême portait une affection particulière. Voilà bien la preuve qu'une force créatrice était en lui. « Que je l'aime, s'écriait-il dans un des premiers articles des Contemporains, que je l'aime cette littérature de la seconde moitié du xixe siècle, si intelligente, si inquiète, si folle, si morose, si détraquée, si subtile; que je l'aime jusque dans ses affectations ! » Quand il s'agit pour lui d'apporter sa contribution à cette littérature, il y mit de lintelligence toujours, de l'inquiétude et de la subtilité souvent, mais pas l'ombre de folie, de tristesse maladive ni d'affectation. C'est que la faculté créatrice s'appuie sur des réalités plus profondes et plus durables que nos amusements passagers et que les caprices de la mode ; et c'est que ce qu'il y a chez Lemaître de durable et de profond s'appelle, encore une fois, le goût, la lucidité, la connaissance des âmes, et l'infaillibilité du sentiment moral.
Si bien qu'à négliger tout le reste de son œuvre, et à ne connaître que son théâtre, ce théâtre où certes l'auteur se soucie fort peu de soutenir des thèses, on n'ignorerait rien des caractères essentiels de Jules Lemaître. On le trouve tout entier dans ses pièces. Les hommes qu'il y met en scène offrent souvent (dans Mariage blanc, par exemple) les traits que le critique avait signalés comme propres à