XXX INTRODUCTION
comme une pièce montée. Mais, même de ce point de vue de... cuisinier, Lemaître ne le cède à personne. J'aimerais examiner une à une les péripéties de ses comédies, analyser les situations, essayer de fixer les nuances des sentiments. On apercevrait la variété de ce théâtre, la finesse d'observation psychologique par où il est remarquable. L'auteur s'est efforcé d'y « introduire le maximum d'analyse morale que supporte le théâtre, » car sa nature souple et clairvoyante répugnait au mélodrame, dont les héros sont bâtis tout d'une pièce, et dont les événements, s'enchaînant selon une logique spéciale à la scène, sont toujours inexplicables en bonne logique, afin de paraître plus stupéfiants. Pour atteindre à ce « maximum d'analyse morale », Jules Lemaître n'a pas craint d'user de certains procédés aujourd'hui condamnés, par exemple le monologue. Quelle absurde convention ! Eh oui ; mais il y a, en art théâtral, une loi que toutes les expériences vérifient avec une rigueur mathématique : c'est que chaque fois qu'un auteur, — se réclamant de la « vérité », de la « vie », etc. — prétend supprimer une convention, il tombe sans délai dans une nouvelle convention bien plus ridicule que la première. Les romantiques raillaient l'emploi des confidents, ou telles autres conventions classiques. Aussi, des drames comme Hernani sont-ils beaucoup plus « vivants », n'est-ce pas ? qu' Andromaque ou Britannicus... Mais c'est une autre qualité encore, très difficile