INTRODUCTION XXXI
à définir, quoique très sensible à un Français, qui place le théâtre de Lemaître à côté des monuments les plus représentatifs de notre littérature. Ici la vie, directement perçue, est aussitôt transposée par ceux-là mêmes qui la perçoivent ; elle est tout ensemble sentie, et connue. Vérité et beauté se font équilibre ; la réalité ne se présente que sous un aspect esthétique. Que l'on ne cherche pas chez Lemaître des ébauches ni des balbutiements, résultat inéluctable des théories qui sacrifient à l'exactitude brutale le souci de la perfection. Les acteurs de la plupart des pièces modernes, s'ils avaient une juste notion du personnage qu'on leur fait jouer, devraient marcher à quatre pattes ; les héros de Lemaître, au contraire, quelle que soit leur valeur intellectuelle ou morale, rentrent vraiment dans le règne humain. Ils nous entraînent loin de l'esthétique contemporaine, qui consiste tout entière dans un honteux asservissement à la matière.
Outre son théâtre, Jules Lemaître a donné un roman, — les Rois, qui est une belle histoire d'amour en même temps qu'une étude sur la condition des souverains dans une société démocratique, — et un grandnombre de nouvelles ou de contes. Ses derniers recueils, composés d'exquises pages écrites « en marge des vieux livres », nous offrent une fois de plus l'occasion de remarquer le délicat équilibre qui s'établit toujours, chez Lemaître, entre l'intelligence et la sensibilité. Cet équilibre, nous l'avons noté suc-