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INTRODUCTION XI

que, pour être accomplie et pour plaire, elle ne doit pas naître d'une contrainte ?

Jules Lemaître fut nommé professeur de rhétorique au Havre. Son enseignement, au témoignage de ses anciens élèves, ne manquait pas de fantaisie. Un écrivain dont la perte, après plus de vingt ans, nous demeure sensible, et qui sans nul doute eût combattu au premier rang pour la restauration de l'intelligence française, Jules Tellier, nous a dit ce qu'étaient les classes de Lemaître : « Il fut toujours à peu près impossible d'y expliquer Tacite. Dès que Lemaître en manifestait quelque velléité, c'était un murmure général. Quatorze voix demandaient qu'on lût du Labiche. Deux insistaient pour qu'on déclamât des vers lyriques. J'ai le regret de devoir avouer que c'était le plus souvent Labiche qui l'emportait. Lemaître ne s'est jamais distingué par une volonté de fer. » Dix ans plus tard, Tellier n'eût pas émis ce jugement ; mais il est vrai que Jules Lemaître, jeune professeur, donnait assez bien l'idée d'un délicat épicurien. Il publiait son premier volume de vers et ses premiers articles, et rien n'était moins doctrinaire que les écrits de ce docteur.

Vers 1885, le mot d'ordre, dans la littérature, était à la bêtise. Les écrivains écartaient volontairement de leurs livres tout ce qui eût pu révéler un auteur doué de pensée ; cela, afin d'y mettre plus d'humanité, comme ils disaient. Les romanciers naturalistes réalisaient avec aisance cet idéal, et ceux-là même

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