‹ Pages choisies, avec une introduction et des notesChapitre 62 sur 91 · LE QUIÉTISME · texte numérisé non relu

LE QUIÉTISME

Si les dernières opérations du quiétisme sont pour nous difficiles à concevoir, ses commencements, la manière dontil éclôt dans une âme me paraît assez claire. Cela se voit déjà dans la vieille page (1) que je vous rapportais tout à l'heure, et qui fut écrite dans un moment où je ne songeais certes pas à Mme Guyon. « Tout ce que Dieu fait est bon parce que nous le voulons ainsi... Toute souffrance est bénie, non comme équitable, mais comme venant de lui... Tout est bien, non parce qu'il est juste et bon, mais parce que nous l'aimons... » Evidemment j'étais sans le savoir sur le chemin du quiétisme.

Au fond de cette attirante hérésie il y a, — plus ou moins connu et accepté de l'àme qui s'y attache, — 1° un plaisir de générosité et d'orgueil, 2° un plaisir d'abandon, de langueur, de paresse.

Le plus grand amour est l'amour le plus désintéressé. Il est donc naturel que, parvenu à un certain degré de dévotion, on commence à vouloir aimer Dieu sans intérêt. Mais aimer Dieu sans intérêt, c'est l'aimer sans espoir de récompense ni crainte de châtiment. C'est donc l'aimer sans se plus soucier du paradis et de l'enfer. On dit à Dieu : « Je vous aime tant, que cela m'est égal d'être damné. » On a le plaisir d'être extrêmement généreux avec Dieu. On

(1) Cf. Les Contemporains, 4e série. Société française d'Imprimerie et de Librairie.

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