‹ Pages choisies (volume 2)Chapitre 11 sur 32 · MONARCHIQUE · texte numérisé non relu

MONARCHIQUE

Qu’on n’aille point chercher de la magnanimité dans les États despotiques; le prince n’y donnerait point une grandeur qu’il n’a pas lui-même : chez lui, il n’y a pas de gloire6.

C’est dans les monarchies que l’on verra autour du prince les sujets recevoir ses rayons; c’est là que chacun, tenant, pour ainsi dire, un plus grand espace, peut exercer ces vertus qui donnent à l’âme, non pas de l’indépendance, mais de la grandeur.

1. Définition d’un idéal ; 2. Au sens absolu; 3. Des lois somptuaires restreignent les dépenses domestiques, et des jeux publics sont donnés par l’Ëtat; 4. Belle comparaison; 5. Sens étymologique: qui est dam le juste milieu (voir V, II); 6. Au sens monarchique; Montesquieu reprend le mot au sens imagé : rayons qui environnent la tête des saints et de Dieu même.

V, xiii. — IDÉE DU DESPOTISME

Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent Parbre au pied, et cueillent le fruit. Voilà le gouvernement despotique1.

VI, xvri. — DE LA TORTURE OU QUESTION CONTRE LES CRIMINELS

Parce que les hommes sont méchants, la loi est obligée de les supposer meilleurs qu’ils ne sont. Ainsi la déposition de deux témoins suffit dans la punition de tous les crimes. La loi les croit, comme s’ils parlaient par la bouche de la vérité. L’on juge aussi que tout enfant conçu pendant le mariage est légitime; la loi a confiance en la mère, comme si elle était la pudicité même. Mais la question contre les criminels n’est pas dans un cas forcé comme ceux-ci. Nous voyons aujourd’hui une nation2 très bien policée la rejeter sans inconvénient. Elle n’est donc pas nécessaire par sa nature3.

Tant d’habiles gens et tant de beaux génies ont écrit contre cette pratique, que je n’ose parler après eux. J’allais dire qu’elle pourrait convenir dans les gouvernements despotiques, où tout ce qui inspire la crainte entre plus dans les ressorts du gouvernement; j’allais dire que les esclaves chez les Grecs et chez les Romains... Mais j’entends la voix de la nature qui crie contre moi.

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