‹ Pages choisiesChapitre 10 sur 60 · USBEK A RH EDI, A VENISE · texte numérisé non relu

USBEK A RH EDI, A VENISE

A Paris régnent la liberté et l’égalité. La naissance, la vertu, le mérite même de la guerre, quelque brillant qu’il soit, ne sauve pas un homme de la foule dans laquelle il est confondu7. La jalousie des rangs y est inconnue. On dit que

1. A qui l’on peut parler (ad et fart); 2. Locution mondaine : je me laisse condamner; 3. En grec : humeur aqueuse; tempérament froid; 4. Faire figure de personnage; 5. Dignes d’être aimés; 6. Tout est mieux en Perse qu’en France: leçon sévère; 7. Mêlé à tous les autres

le premier de Paris est celui qui a les meilleurs chevaux à son carrosse.

Un grand seigneur est un homme qui voit le Roi, qui parle aux ministres, qui a des ancêtres, des dettes et des pensions. S’il peut, avec cela, cacher son oisiveté par un air empressé ou par un feint attachement pour les plaisirs, il croit être le plus heureux des hommes.

En Perse, il n’y a de grands que ceux à qui le Monarque donne quelque part au gouvernement. Ici, il y a des gens qui sont grands par leur naissance; mais ils sont sans crédit1. Les rois font comme ces ouvriers habiles qui, pour exécuter leurs ouvrages, se servent toujours des machines les plus simples2.

La Faveur est la grande Divinité des Français. Le Ministre est le grand-prêtre, qui lui offre bien des victimes. Ceux qui l’entourent ne sont point habillés de blanc : tantôt sacrificateurs et tantôt sacrifiés, ils se dévouent3 eux-mêmes à leur idole avec tout le Peuple.

A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2e, 1715.

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