RICA A IBBEN, A SMYRNE
Le Pape est le chef des chrétiens. C’est une vieille idole qu’on encense par habitude. Il était autrefois redoutable aux princes mêmes : car il les déposait aussi facilement que
1. Valeurs négociables, billets à ordre; 2. Le duc de Noailles (1678-1766), homme de guerre et homme d'État, lettré et spirituel. A laissé des Mémoires ; 3. De semen : semence; 4. Au sens absolu: boucher les trous ; 5. Ce que Mme de Sévigné appelait « fumer ses terres». La noblesse hautaine est à sec.
nos magnifiques sultans déposent les rois d’Irimette et de Géorgie1. Mais on ne le craint plus. Il se dit successeur d’un des premiers chrétiens, qu’on appelle saint Pierre, et c’est certainement une riche succession : car il a des trésors immenses et un grand pays sous sa domination.
Les évêques sont des gens de loi qui lui sont subordonnés et ont, sous son autorité, deux fonctions bien différentes : quand ils sont assemblés2, ils font, comme lui, des articles de foi; quandT ils sont en particulier, ils n’ont guère d’autre fonction qïïe13e*ffîspensërdrâ^complir la Loi. Car tu sauras que la religion chrétienne est chargée d’une infinité de pratiques très difficiles, et, comme on a jugé qu’il est moins aisé de remplir ces devoirs que d’avoir des évêques qui en dispensent, on a pris ce dernier parti pour l’utilité publique.
De sorte que, si l’on ne veut pas faire le Rhamazan3; si on ne veut pas s’assujettir aux formalités des mariages; si on veut rompre ses vœux4; si on veut se marier contre les défenses de la Loi; quelquefois même, si on veut revenir contre son serment : on va à l’Évêque ou au Pape, qui donne aussitôt la dispense.
Les évêques ne font pas des articles de foi de leur propre mouvement. Il y a un nombre infini de docteurs, la plupart dervis5, qui soulèvent entre eux mille questions nouvelles sur la Religion. On les laisse disputer6 longtemps, et la guerre dure jusqu’à ce qu’une décision vienne la terminer.
Aussi puis-je t’assurer qu’il n’y a jamais eu de royaume où il y ait eu tant de guerres civiles7 que dans celui du Christ...
A Paris, le 4 de la lune de Chalval, 1712.
- CMrtC-
AKA
Je vois ici des gens qui disputent sans fin sur la religion, mais il semble qu’ils combattent en même temps à qui l’observera le moins.
Non seulement ils ne sont pas meilleurs chrétiens, mais même meilleurs citoyens; et c’est ce qui me touche : car, dans quelque religion qu’on vive, l’observation des lois,
1. Lutte du Sacerdoce et de l’Empire; 2. Dans les conciles; 3. Mois consacré au jeûne chez les musulmans : le carême; 4. Vœux religieux; 5. Moines, clergé régulier; 6. Discuter;