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C’est la thèse ici soutenue

6o — MONTESQUIEU

... Les devins ne pouvaient rien prononcer sur les affaires publiques sans la permission des magistrats; leur art était absolument subordonné à la volonté du sénat; et cela avait été ainsi ordonné par les livres des pontifes, dont Cicéron nous a conservé quelques fragments1.

Polybe met la superstition au rang des avantages que le peuple romain avait par-dessus les autres peuples : ce qui paraît ridicule aux sages est nécessaire pour les sots; et ce peuple, qui se met si facilement en colère, a besoin d’être arrêté par une puissance invisible.

Les augures et les haruspices2 étaient proprement les grotesques du paganisme ; mais on ne les trouvera point ridicules, si on fait réflexion que, dans une religion toute populaire comme celle-là, rien ne paraissait extravagant; la crédulité du peuple réparait tout chez les Romains : plus une chose était contraire à la raison humaine, plus elle leur paraissait divine. Une vérité simple ne les aurait pas vivement touchés : il leur fallait des sujets d’admiration3, il leur fallait des signes de la divinité ; et ils ne les trouvaient que dans le merveilleux et le ridicule4.

C’était, à la vérité, une chose très extravagante5 de faire dépendre le salut de la république de l’appétit sacré d’un poulet, et de la disposition des entrailles des victimes ; mais ceux qui introduisirent ces cérémonies en connaissaient bien le fort et le faible, et ce ne fut que par de bonnes raisons qu’ils péchèrent contre la raison même. Si ce culte avait été plus raisonnable, les gens d’esprit en auraient été la dupe aussi bien que le peuple, et par là on aurait perdu tout l’avantage qu’on pouvait en attendre : il fallait donc des cérémonies qui pussent entretenir la superstition des uns et entrer dans la politique des autres; c’est ce qui se trouvait dans les divinations ; on y mettait les arrêts du Ciel dans la bouche des principaux sénateurs, gens éclairés, et qui connaissaient également le ridicule et l’utilité des divinations...

... Les magistrats jugeaient à leur fantaisie de la bonté des auspices, et ces auspices étaient une bride avec laquelle ils menaient le peuple...

... Comme les magistrats se trouvaient maîtres des pré-

1. Voir le De Divinatione ; 2. Les augures observent le vol des oiseaux; les haruspices examinent les entrailles ( haru , mot étrusque et specio : j’examine); 3. Au sens d 'étonnement ; 4. Remarquer l’association de ces deux mots; 5. Qui erre ( vagare ) hors du droit chemin.

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