ANALYSE DES CONSIDÉRATIONS
(par Montesquieu, ou peut-être le P. Castel?)
Grandeur des Romains ; causes de son agrandissement (I, VIII).
i° Les triomphes;
2° L’adoption qu’ils faisaient des usages étrangers qu’ils jugeaient préférables aux leurs;
3° La capacité de ses lois;
4° L’intérêt qu’avaient les consuls de se conduire en gens d’honneur pendant leur consulat;
5° La distribution du butin aux soldats, et des terres conquises aux citoyens;
6° Continuité des guerres;
7° Leur constance à toute épreuve, qui les préservait des découragements;
8° Leur habileté à détruire leurs ennemis les uns par les autres ;
9° L’excellence du gouvernement, dont le plan fournissait des moyens de corriger les abus.
Décadence de la grandeur romaine : ses causes (IX-XXIII).
i° Les guerres dans les pays lointains;
2° La concession du droit de bourgeoisie romaine à tous ses alliés;
3° L’insuffisance de ses lois dans son état de grandeur;
4° Dépravation des mœurs;
5° L’abolition des triomphes;
6° Invasion des Barbares dans l’Empire;
7° Troupes de Barbares auxiliaires incorporées en trop grand nombre dans les armées romaines.
ANALYSE DES CONSIDÉRATIONS PAR d’AlEMBERtO
M. de Montesquieu trouve les causes de la grandeur romaine dans l’amour de la liberté, du travail et de la patrie, qu’on leur inspirait dès l’enfance; dans la sévérité de la discipline militaire; dans ces dissensions intestines, qui donnaient du ressort aux esprits, et qui cessaient tout à coup à la vue de l’ennemi; dans cette constance après le malheur, qui ne désespérait jamais de la république; dans le principe où ils furent toujours de ne jamais faire la paix qu’après des victoires; dans l’honneur du triomphe, sujet d’émulation pour les généraux; dans la protection qu’ils accordaient aux peuples révoltés contre leurs rois; dans l’excellente politique de laisser aux vaincus leurs dieux et leurs coutumes ; dans celle de n’avoir jamais deux puissants ennemis sur les bras, et de tout souffrir de l’un jusqu’à ce qu’ils eussent anéanti l’autre.
« Il trouve les causes de leur décadence dans l’agrandissement même de l’État, qui changea en guerres civiles les tumultes populaires; dans les guerres éloignées qui, forçant les citoyens à une trop longue absence, leur faisaient perdre insensiblement l’esprit républicain; dans le droit de bourgeoisie accordé à tant de nations, et qui ne fit plus du peuple romain qu’une espèce de monstre à plusieurs têtes; dans la corruption introduite par le luxe de l’Asie; dans les proscriptions de Sylla, qui avilirent l’esprit de la nation, et la préparèrent à l’esclavage; dans la nécessité où les Romains se trouvèrent de souffrir des maîtres, lorsque leur liberté leur fut devenue à charge; dans l’obligation où ils furent de changer de maximes en changeant de gouvernement; dans cette suite de monstres qui régnèrent, presque sans interruption, depuis Tibère jusqu’à Nerva, et depuis Commode jusqu’à Constantin; enfin, dans la translation et le partage de l’Empire, qui périt d’abord en Occident par la puissance des Barbares, et qui, après avoir langui plusieurs siècles en Orient sous des empereurs imbéciles et féroces, s’anéantit insensiblement, comme ces fleuves qui disparaissent dans les sables.