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TOUS LES PEUPLES

Dans le cours de tant de prospérités, où l’on se néglige pour l’ordinaire, le sénat agissait toujours avec la même profondeur; et, pendant que les armées consternaient1 tout, il tenait à terre ceux qu’il trouvait abattus.

Il s’érigea en tribunal qui jugea tous les peuples : à la En de cnaque guerre, il décidait des peines et des récompenses que chacun avait méritées. Il ôtait une partie du domaine du peuple vaincu pour la donner aux alliés; en quoi il faisait deux choses : il attachait à Rome des rois dont elle avait peu à craindre et beaucoup à espérer; et il en affaiblissait d’autres dont elle n’avait rien à espérer, et tout à craindre.

On se servait des alliés pour faire la guerre à un ennemi; mais, d’abord2, on détruisait les destructeurs3. Philippe4 fut vaincu par le moyen des Étoliens, qui furent anéantis d’abord après pour s’être joints à Antiochus5. Antiochus fut vaincu par le secours des Rhodiens ; mais, après qu’on leur eut donné des récompenses éclatantes, on les humilia pour jamais, sous prétexte qu’ils avaient demandé qu’on fît la paix avec Persée6.

Quand ils avaient plusieurs ennemis sur les bras, ils accordaient une trêve au plus faible, qui se croyait heureux de l’obtenir, comptant pour beaucoup d’avoir différé sa ruine.

Lorsque l’on était occupé à une grande guerre, le sénat dissimulait toutes sortes d’injures, et attendait, dans le silence, que le temps de la punition fût venu; que si quelque peuple lui envoyait les coupables, il refusait de les punir, aimant mieux tenir toute la nation pour criminelle, et se réserver une vengeance utile.

Comme ils faisaient à leurs ennemis des maux inconcevables, il ne se formait guère de ligues contre eux; car celui qui était le plus éloigné du péril ne voulait pas en approcher.

1. Étendre à terre ( cum et sternere ); 2. Aussitôt après; 3. Les alliés; 4. Roi de Macédoine (220-178), allié d’Annibal contre les Romains; 5. Roi de Syrie (222-188), allié d’Annibal: 6. Dernier roi de Macédoine, vaincu à Pydna par Paul-Émile, en 167.

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Par là ils recevaient rarement la guerre1, mais la faisaient toujours dans le temps2, de la manière et avec ceux qu’il leur convenait; et, de tant de peuples qu’ils attaquèrent, il y en a bien peu qui n’eussent souffert toutes sortes d’injures si l’on avait voulu les laisser en paix.

Leur coutume étant de parler toujours en maîtres, les ^ ambassadeurs qu’ils envoyaient chez les peuples qui n’avaient point encore senti leur puissance étaient sûrement maltraités : ce qui était un prétexte sûr pour faire une nouvelle guerre3.

Comme ils ne faisaient jamais la paix de bonne foi, et ' Q que, dans le dessein d’envahir tout, leurs traités n’étaient proprement que des suspensions de guerre, ils y mettaient des conditions qui commençaient toujours la ruine de l’État qui les acceptait. Ils faisaient sortir les garnisons des places fortes, ou bornaient le nombre des troupes de terre, ou se faisaient livrer les chevaux ou les éléphants4; et si ce peuple était puissant sur la mer, ils l’obligeaient de brûler ses vaisseaux, et quelquefois d’aller habiter plus avant dans les terres5.

Après avoir détruit les armées d’un prince, ils ruinaient 7 ses finances par des taxes excessives, ou un tribut, sous ( prétexte de lui faire payer les frais de la guerre : nouveau genre de tyrannie, qui le forçait d’opprimer ses sujets, et de perdre leur amour.

Lorsqu’ils accordaient la paix à quelque prince, ils prenaient quelqu’un de ses frères ou de ses enfants en otage6 : ce qui leur donnait le moyen de troubler son royaume à leur fantaisie. Quand ils avaient le plus proche héritier, ils intimidaient le possesseur; s’ils n’avaient qu’un prince d’un degré éloigné, ils s’en servaient pour animer les révoltes j

des peuples.

Quand quelque prince ou quelque peuple s’était sous- a trait de l’obéissance de son souverain, ils lui accordaient J d’abord7 le titre d’allié du peuple romain8; et par là ils le rendaient sacré et inviolable : de manière qu’il n’y avait point de roi, quelque grand qu’il fût, qui pût un moment être sûr de ses sujets, ni même de sa famille.

1. Lat. recipere bellum : être attaqué; 2. Voulu par eux; 3. Contre les Dalmates (157);

4. Traité avec Carthage après Zama (202); 5. Troisième guerre punique (149-146); 6. Furent otages le fils d’Antiochus, roi de Syrie, et le fils de Philippe V de Macédoine. Voir Attale, dans la tragédie de Corneille (Nicomède) ; 7. Aussitôt; 8. Ainsi firent-ils pour les juifs, révoltés contre Démétrius Sôter, roi de Syrie.

Quoique le titre de leur allié fût une espèce de servitude, il était néanmoins très recherché; car on était sûr que Ton ne recevait d’injures que d’eux, et l’on avait sujet d’espérer qu’elles seraient moindres. Ainsi, il n’y avait point de services que les peuples et les rois ne fussent prêts de rendre1, ni de bassesses qu’ils ne fissent pour l’obtenir2...

Lorsqu’ils laissaient la liberté à quelques villes, ils y faisaient d’abord naître deux factions : l’une défendait les lois et la liberté du pays ; l’autre soutenait qu’il n’y avait de lois que la volonté des Romains : et, comme cette dernière faction était toujours la plus puissante, on voit bien qu’une pareille liberté n’était qu’un nom.

Quelquefois ils se rendaient maîtres d’un pays sous prétexte de succession : ils entrèrent en Asie, en Bithynie, en Libye, par les testaments d’Attalus, de Nicomède et d’Apion; et l’Égypte fut enchaînée par celui du roi de Cyrène.

Pour tenir les grands princes toujours faibles, ils ne voulaient pas qu’ils reçussent dans leur alliance ceux à qui ils avaient accordé la leur3, et comme ils ne la refusaient à aucun des voisins d’un prince puissant, cette condition, mise dans un traité de paix, ne lui laissait plus d’alliés.

De plus, lorsqu’ils avaient vaincu quelque prince considérable, ils mettaient dans le traité qu’il ne pourrait faire la guerre pour ses différends avec les alliés des Romains (c’est-à-dire, ordinairement, avec tous ses voisins), mais qu’il les mettrait en arbitrage ; ce qui lui ôtait pour l’avenir la puissance militaire.

Et, pour se la réserver toute, ils en privaient leurs alliés même : dès que ceux-ci avaient le moindre démêlé, ils envoyaient des ambassadeurs qui les obligeaient de faire la paix. Il n’y a qu’à voir comme ils terminèrent les guerres d’Attalus et de Prusias4.

Quand quelque prince avait fait une conquête qui souvent l’avait épuisé, un ambassadeur romain survenait d’abord, qui5 la lui arrachait des mains. Entre mille exemples, on peut se rappeler comment, avec une parole, ils chassèrent d’Égypte Antiochus6.

1. A rendre; 2. Le litre d’alliés. « Ariarathe fit un sacrifice aux dieux, dit Polybe, pour les remercier de ce qu’il avait obtenu cette alliance. » (M.); 3. « Ce fut le cas d’Antiochus. » (M.); 4. Prusias, ayant vaincu Attale, roi de Pergame, dut rendre ses conquêtes et faire amende honorable (154); 5. Tour du XVIIe siècle; 6. Antiochus le Grand dut rendre à Ptolémée Ëpiphane le pays qu’il lui avait enlevé (192).

Sachant combien les peuples d’Europe étaient propres à la guerre, ils établirent comme une loi qu’il ne serait permis à aucun roi d’Asie d’entrer en Europe et d’y assujettir quelque peuple que ce fût. Le principal motif de la guerre qu’ils firent à Mithridate fut que, contre cette défense, il avait soumis quelques Barbares.

Lorsqu’ils voyaient que deux peuples étaient en guerre, quoiqu’ils n’eussent aucune alliance, ni rien à démêler avec l’un ni avec l’autre, ils ne laissaient pas de paraître sur la scène, et, comme nos chevaliers errants, ils prenaient le parti du plus faible. C’était, dit Denys d’Halicarnassè,une ancienne coutume des Romains d’accorder toujours leur secours à quiconque venait l’implorer.

Ces coutumes des Romains n’étaient point quelques faits particuliers arrivés par hasard; c’étaient des principes toujours constants ; et cela se peut voir aisément : caries maximes dont ifs firent usage contre les plus grandes puissances furent précisément celles qu’ils avaient employées dans les commencements contre les petites villes qui étaient autour d’eux.

Ils se servirent d’Euménès1 et de Massinisse pour subjuguer Philippe et Antiochus, comme ils s’étaient servis des Latins et des Herniques pour subjuguer les Volsques et les Toscans; ils se firent livrer les flottes de Carthage et des rois d’Asie, comme ils s’étaient fait donner les barques d’Antium; ils ôtèrent les liaisons politiques et civiles entre les quatre parties de la Macédoine, comme ils avaient autrefois rompu l’union des petites villes latines.

Mais surtout leur maxime constante fut de diviser. La république d’Achâîè2 était formée par une association de villes libres : le Sénat déclara que chaque ville se gouvernerait dorénavant par ses propres lois, sans dépendre d’une autorité commune.

La république des Béotiens était pareillement une ligue de plusieurs villes ; mais comme, dans la guerre contre Persée3, les unes suivirent le parti de ce prince, les autres celui des Romains, ceux-ci les reçurent en grâce, moyennant la dissolution de l’alliance commune. ^

Si un grand prince4 qui a régné de nos jours avait suivi

1. Euménès II, roi lettré (198-160), enrichit la fameuse bibliothèque de Perg&me; il fut l’ami des Romains; 2. Anéantie par les Romains, en 146; 3. Dernier roi de Macédoine, vaincu à Pydna en 168; 4. Louis XIV et Jacques II.

ces maximes, lorsqu’il vit un de ses voisins détrôné, il aurait employé de plus grandes forces pour le soutenir, et le borner dans l’île1 qui lui resta fidèle : en divisant la seule puissance qui pût s’opposer à ses desseins, il aurait tiré d’immenses avantages du malheur même de son allié.

Lorsqu’il y avait quelques disputes dans un Etat, ils jugeaient d’abord2 l’affaire; et par là ils étaient sûrs de n’avoir contre eux que la partie qu’ils avaient condamnée. Si c’étaient des princes du même sang qui se disputaient la couronne, ils les déclaraient quelquefois tous deux rois3; si l’un d’eux était en bas âge4, ils décidaient en sa faveur, et ils en6 prenaient la tutelle, comme protecteurs de l’univers. Car ils avaient porté les choses au point que les peuples et les rois étaient leurs sujets, sans savoir précisément par quel titre : étant établi6 que c’était assez d’avoir ouï parler d’eux pour devoir leur être soumis.

Ils ne faisaient jamais de guerres éloignées sans s’être procuré quelque allié auprès de l’ennemi qu’ils attaquaient, qui pût joindre ses troupes à l’armée qu’ils envoyaient, et, comme elle n’était jamais considérable par le nombre, ils observaient toujours d’en tenir une autre dans la province la plus voisine de l’ennemi, et une troisième dans Rome, toujours prête à marcher7. Ainsi ils n’exposaient qu’une très petite partie de leurs forces, pendant que leur ennemi mettait au hasard toutes les siennes.

Quelquefois ils abusaient de la subtilité des termes de leur langue. Ils détruisirent Carthage, disant qu’ils avaient promis de conserver la cité , et non pas la ville8. On sait comment les Étoliens, qui s’étaient abandonnés à leur foi, furent trompés : les Romains prétendirent que la signification de ces mots : s’abandonner à la foid d’un ennemi , emportait la perte de toutes sortes de choses, des personnes, des terres, des villes, des temples et des sépultures même.

Ils pouvaient même donner à un traité une interprétation arbitraire : ainsi, lorsqu’ils voulurent abaisser les Rhodiens, ils dirent qu’ils ne leur avaient pas donné autrefois la Lycie comme présent, mais comme amie et alliée.

Lorsqu’un de leurs généraux faisait la paix pour sauver

1. L’Irlande; 2. Aussitôt; 3. Ariarathe et Holopherne en Cappadoce; 4. Ils se firent les tuteurs du fils d'Antiochus pour ruiner la Syrie; 5. De lui; 6. Participe absolu; 7. Phrase empruntée à Machiavel : Discours politique sur les décades de Tite-Live, II, I; 8. C'est-à-dire l’ensemble des citoyens, et non des édifices de la ville; 9. F idem : parole donnée, ensuite bonne foi. L' expression, pour les Romains, signifiait : s’en remettre totalement au vainqueur.

son armée prête1 à périr, le Sénat, qui ne la ratifiait point, profitait de cette paix, et continuait la guerre. Ainsi, quand Jugurtha eut enfermé une armée romaine, et qu’il l’eut laissée aller sous la foi d’un traité, on se servit contre lui des troupes même qu’il avait sauvées ; et lorsque les Numantins eurent réduit vingt mille Romains, prêts à mourir de faim, à demander la paix, cette paix, qui avait sauvé tant de citoyens, fut rompue à Rome, et l’on éluda2 la foi publique3 en envoyant4 le consul qui l’avait signée.

Quelquefois ils traitaient de la paix avec un prince sous des conditions raisonnables ; et lorsqu’il les avait exécutées, ils en ajoutaient de telles qu’il était forcé de recommencer la guerre. Ainsi, quand ils se furent fait livrer par Jugurtha ses éléphants, ses chevaux, ses trésors, ses transfuges, ils lui demandèrent de livrer sa personne; chose qui, étant pour un prince le dernier des malheurs, ne peut jamais faire une condition de paix.

Enfin, ils jugèrent les rois pour leurs fautes et leurs crimes particuliers. Ils écoutèrent les plaintes de tous ceux qui avaient quelques démêlés avec Philippe ; ils envoyèrent des députés pour pourvoir à leur sûreté; et ils firent accuser Persée devant eux pour quelques meurtres et quelques querelles avec des citoyens des villes alliées.

Comme on jugeait de la gloire d’un général par la quantité de l’or et de l’argent qu’on portait à son triomphe, il ne laissait rien à l’ennemi vaincu. Rome s’enrichissait toujours, et chaque guerre la mettait en état d’en entreprendre une autre.

Les peuples qui étaient amis ou alliés se ruinaient tous par les présents immenses qu’ils faisaient pour conserver la faveur5, ou l’obtenir plus grande ; et la moitié de l’argent qui fut envoyé pour ce sujet aux Romains aurait suffi pour les vaincre.

Maîtres de l’univers, ils s’en attribuèrent tous les trésors : ravisseurs moins injustes en qualité de conquérants qu’en qualité de législateurs. Ayant su que Ptolomée, roi de Chypre, avait des richesses immenses, ils firent une loi, sur la proposition d’un tribun, par laquelle ils se donnèrent l’hérédité d’un homme vivant, et la confiscation0 d’un prince allié.

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1. Nous distinguons prêt à et près de ; 2. Ludus : jeu; se jouer de; 3. La parole donnée au nom de l’État; 4. En livrant aux Numantins; 5. En retour, les Romains envoyaient aux rois une chaise curule, un bâton d’ivoire, quelque robe de magistrature (M.); 6. Attribution au fisc.

Bientôt la cupidité des particuliers acheva d’enlever ce qui avait échappé à l’avarice1 publique. Les magistrats et les gouverneurs vendaient aux rois leurs injustices. Deux compétiteurs se ruinaient à l’envi pour acheter une protection toujours douteuse contre un rival qui n’était pas entièrement épuisé : car on n’avait pas même cette justice des brigands, qui portent une certaine probité dans l’exercice du crime. Enfin les droits légitimes ou usurpés ne se soutenant que par de l’argent, les princes, pour en avoir, dépouillaient les temples, confisquaient les biens des plus riches citoyens : on faisait mille crimes pour donner aux Romains tout l’argent du monde.

Mais rien ne servit mieux Rome que le respec© qu’elle imprima à la terre. Elle mit d’abord les rois dans le silence, et les rendit comme stupide® Il ne s’agissait pas du degré de leur puissance; mais leur personne propre était attaquée. Risquer une guerre, c’était s’exposer à la captivité, à la mort, à l’infamie du triomphe. Ainsi des rois qui vivaient dans le faste et dans les délices n’osaient jeter des regards fixes sur le peuple romain; et perdant le courage, ils attendaient de leur patience et de leurs bassesses quelque délai aux misères dont ils étaient menacés.

Remarquez, je vous prie, la conduite des Romains. Après la défaite d’Antiochus, ils étaient maîtres de l’Afrique, de l’Asie et de la Grèce, sans y avoir presque de villes en propre. Il semblait qu’ils ne conquissent que pour donner; mais ils restaient si bien les maîtres que, lorsqu’ils faisaient la guerre à quelque prince, ils l’accablaient, pour ainsi dire, du poids de tout l’univers.

Il n’était pas temps encore de s’emparer des pays conquis. S’ils avaient gardé les villes prises à Philippe, ils auraient fait ouvrir les yeux aux Grecs; si, après la seconde guerre punique, ou celle contre Antiochus, ils avaient pris des terres en Afrique ou en Asie, ils n’auraient pu conserver des conquêtes si peu solidement établies.

Il fallait attendre que toutes les nations fussent accoutumées à obéir, comme libres et comme alliées, avant de leur commander comme sujettes, et qu’elles eussent été se perdre peu à peu dans la république romaine.

Voyez le traité qu’ils firent avec les Latins après la vic-

1. Avidité ;^^Au sens physique .Çsblmmobile comme une bûche (grec : stupos).

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toire du lac Régille1 : il fut un des principaux fondements , de leur puissance. On n’y trouve pas un seul mot qui puisse faire soupçonner l’empire2.

C’était une manière lente de conquérir. On vainquait un peuple, et on se contentait de l’affaiblir ; on lui imposait des conditions qui le minaient insensiblement; s’il se relevait, on l’abaissait encore davantage; et il devenait sujet sans qu’on pût donner une époque de sa sujétion.

/*" Ainsi Rome n’était pas proprement une monarchie ou une république, mais la tête du corps formé par tous les . peuples du monde3.? .

Si les Espagnols, après la conquête du Mexique et du Pérou, avaient suivi ce plan, ils n’auraient pas été obligés dé tout détruire pour tout conserver.

C’est la folie des conquérants de vouloir donner à tous les peuples leurs lois et leurs coutumes : cela n’est bon à rien, car dans toute sorte de gouvernement on est capable d’obéir.

Mais Rome n’imposant aucunes lois générales, les peuples n’avaient point entre eux de liaisons dangereuses : ils ne faisaient un corps que par une obéissance commune; et, sans être compatriotes, ils étaient tous Romains4.

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