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JUGEMENTS SUR LES « LETTRES PERSANES

XVIIIe SIÈCLE.

Y a-t-il rien de plus fort que les Lettres persanes? Y a-t-il un livre où l’on ait traité le gouvernement et la religion avec moins de ménagements?

Voltaire,

A M. de Cideville (26 juillet 1733).

Montesquieu, dans ses Lettres persanes , se tue à rabaisser les poètes. Il voulait renverser un trône où il sentait qu’il ne pouvait s’asseoir. Il insulte violemment l’Académie dans laquelle il sollicita depuis une place. Il est vrai qu’il avait quelquefois beaucoup d’imagination dans l’expression; c’est, à mon sens, son principal mérite.

Voltaire,

A M. Saurin (1768).

J’ai une lecture à vous conseiller, celle des Lettres persanes. Cette lecture est excellente à tout jeune homme qui écrit pour la première fois. Vous y trouverez pourtant quelques fautes de langue.

J. -J. Rousseau,

A M. Moult ou (25 novembre 1762).

Dans cette espèce de tableau mouvant, Usbek expose surtout, avec autant de légèreté que d’énergie, ce qui a le plus frappé parmi nous ses yeux pénétrants : notre habitude de traiter sérieusement les choses les plus futiles, et de tourner les plus importantes en plaisanterie; nos conversations si bruyantes et si frivoles; notre ennui dans le sein du plaisir même; nos préjugés et nos actions en contradiction continuelle avec nos lumières; tant d’amour pour la gloire joint à tant de respect pour l’idole de la faveur; nos courtisans si rampants et si vains; notre politesse extérieure et notre mépris réel pour les étrangers, ou notre prédilection affectée pour eux; la bizarrerie de nos goûts qui n’a rien au-dessous d’elle que l’empressement de toute l’Europe à les adopter; notre dédain barbare pour deux des plus respectables occupations d’un citoyen, le commerce et la magistrature; nos disputes littéraires, si vives et si inutiles; notre fureur d’écrire avant que de penser, et de juger avant que de connaître.

JD ’ AJembert^

Éloge de Montesquieu.

Pour lui l’apologie des Troglodytes est un « morceau digne du Portique ».

... Quant au style des Lettres persanes , il est vif, pur et étincelant partout de ces traits que tant de gens regardent aujourd’hui comme le principal mérite dans les ouvrages de l’esprit, et qui, s’il n’est pas leur principal mérite, cause du moins leur véritable succès. Jamais on ne vit tant de sagesse avec tant d’agrément, tant de sens condensé dans si peu de mots. Ce n’est pas ici un bel esprit, qui, après les plus grands efforts, n’a été qu’un philosophe superficiel; c’est un philosophe profond qui s’est trouvé un très bel esprit.

De Mauoertuis,

Eloge de M. de Montesquieu à V Académie royale des Sciences de Berlin (le 5 juin 1755).

Plusieurs de ces Lettres sont de petits traités sur la population, le commerce, les lois criminelles, le droit public... L’ironie est dans ses mains une arme qu’il fait servir à tout, même contre l’Inquisition, et alors elle est assez amère pour tenir lieu d’indignation.

La Harpe,

Philosophie du XVIIIe siècle (I, II).

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