JUGEMENTS
Les Lettres persanes sont une production importante sous une apparence frivole, où la fable d’un roman sert de cadre à la satire, où la satire est une arme invincible que dirige la philosophie.
M.-J. Chénier^
Tableau historique de la littérature française (vi).
XIXe SIÈCLE.
Ce que Montesquieu imite ou plutôt ce qu’il égale, c’est La Bruyère, pour la vivacité piquante des portraits, l’hyperbole moqueuse, la verve du peintre moraliste; c’est Pascal, dont il a souvent l’expression nerveuse et hardie, avec les teintes élégantes d’une autre époque, et une licence sceptique, une imagination sensuelle dont Pascal eût frémi... Ce qui dominait dans ce premier écrit épicurien et moqueur, c’était le goût des études politiques et la philosophie de l’histoire, chose alors bien nouvelle en France... On conçoit le prodigieux succès d’un tel livre publié six ans après la mort de Louis XIV, dans cette France égayée, remuée, ruinée par la Régence. Tout s’y trouvait spirituellement dit : paradoxes et vérités piquantes; système de Law et jansénisme; salons de Paris et politique de l’Europe...
Villemain5
Cours de littérature française (1828).
Montesquieu est tout juste apte à railler la curiosité frivole des badauds parisiens, la brillante banalité des conversations mondaines, à noter que les femmes sont coquettes et les diverses formes de fatuité qui se rencontrent dans le monde. Il n’y a pas ombre de pénétration psychologique dans les Lettres persanes.
Mais elles ont des parties graves... Il a des mots écrasants pour les financiers... il signale l’abus des privilèges de la noblesse; il flétrit l’avidité insatiable des courtisans. Il dit son mot sur les affaires actuelles, sur le système de Law, dont il fait la critique. Mais il s’attaque surtout au despotisme de Louis XIV, qu’il hait autant que Saint-Simon; il expose comment la monarchie dégénère en république ou en despotisme; il esquisse déjà sa fameuse théorie des pouvoirs intermédiaires...
Gustave Lanson,
Histoire de la littérature française.