HARPAGON, UN EMPRUNTEUR
Crépuscule ; la chambre est éclairée par les rayons du soleil couchant. Harpagon assis sur la chaise Louis XIII, au premier plan, à droite. L'emprunteur à gauche, debout.
L'Emprunteur (prenant congé). — Voilà qui est entendu, Monsieur Harpagon. Vous pouvez vous vanter d'être un fameux Arabe, mais il en faut passer par où vous voulez.
Harpagon [goguenard). — Bien heureux encore de me trouver, convenez-en, et je n'exige pas des intérêts énormes, comme font les modernes prêteurs. Je me contente d'un bénéfice honnête : pour le reste, j'aime obliger les gens.
L'Emprunteur. — Oui, nous savons que penser. Mais gardez vos instruments de musique et votre lot d'armes blanches et autres hors d'usage. Je
n'en ai que faire quant à moi, et je ne suis pas marchand.
Harpagon. — A votre aise. C'était pour parfaire la somme.
L'Emprunteur. — Je me contenterai des deniers, quoiqu'il en manque le quart du tout.
Harpagon. — Hélas ! Monsieur le marquis, où voulez-vous que je prenne cinq mille pistoles ? J'ai dû moi-même emprunter pour vous être agréable.
L'emprunteur. — C'est toujours la même antienne ! Vous me l'avez déjà chantée plus d'une fois ; je suis un vieux client.
Harpagon. — C'est que je n'ai jamais été riche.
L'Emprunteur. — Bonsoir, bonsoir ! Je gage que vous dormirez bien, cette nuit.
Harpagon (obséquieux). — Dieu vous garde, Monsieur le Marquis !
(Sort l'Emprunteur.)