XXXVIII INTRODUCTION
point de l' « obliger » à lire le livre De VEsprit, d'Helvélius ), l'avait sans doute gagné de bonne heure à sa théorie, en admettant que Mérimée eût eu besoin d'y être gagné. « Dans chaque anecdote, dit Mérimée sur Beyle, dans chaque anecdote pouvant servir à porter la lumière dans quelque coin du cœur, il retenait toujours ce qu'il appelait le trait, c'est-à-dire le mot ou l'action qui révèle la passion. » C'est ce que voulait et faisait aussi Mérimée, pour la peinture des passions comme pour la peinture de tout personnage ou de tout fait. Aussi admire-t-il l'art de Tourguenef à « embrasser d'un seul coup d'œil une foule de détails unis par un lien mystérieux » et loue-t-il en même temps que la sobriété de Pouchkine dans ses récits merveilleux son habileté à (.(. choisir les traits les plus frappants en négligeant maint détail qui nuirait à l'illusion ». Et il ajoute : « Remarquons encore qu'il y a dans tous un trait qui frappe et qu'on n'oublie plus : trouver le trait qu'il faut, c'est le problème à résoudre ^ ». Ce qu'il dit des récits merveilleux, il l'a appliqué à tous. On ne saurait trop louer chez lui la sobriété et et le choix habile du détail.
Ses nouvelles valent surtout par là. Il n'en est point que l'auteur n'eût pu facilement, s'il eût voulu, développer bien davantage. Même la plupart auraient fourni sans peine la matière d'un volume, voire de plusieurs. Mais Mérimée ramasse à dessein son récit et le concentre comme ferait un dramaturge.
1. Cf. E.rirails historiques et litléraires, art. sur Pouchkine et Tourguenef, p. 311 et 341.