‹ Pages choisies de MériméeChapitre 40 sur 113 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

plus que riiistoire '. Aussi aurait-il voulu s'y donner plus complètement; mais il craint qu'on ne lui reproche d'être « insensible et sceptique », parce qu'il croit que le premier devoir de l'historien est d'être « froid et juste ^ ». Et voilà justement par quoi il pêche quelque peu : S'il a été très juste, il a été très froid; il l'a été même un peu trop, pour un auteur s'entend qui ne se pique pas de révolutionner le monde savant par ses découvertes. Il lui manque la flamme qui échauffe la science et communique l'émotion. C'est d'autant plus regrettable que personne plus que lui ne s'est intéressé aux études liistoriques, surtout aux études sur l'histoire romaine et en particulier sur J. César. Il méditait sur lui un grand ouvrage. Malheureusement il s'est en général trop laissé envahir par les anecdotes, les petits faits, les dissertations même. Aussi malgré sa science à la fois sûre et aimable, sa nette mise en oeuvre, le courant facile de son récit, l'intérêt général en subit quelque dommage. C'est ce qui arrive encore pour des œuvres moins importantes que la Guerre sociale et le Catilina. Quand ses goûts de chroniqueur le portent à écrire l'histoire des Faux Dérnétrius ou des Cosaques d'autrefois, etc., là encore l'abondance des détails, parfois aussi des personnages, nuit à l'action qu'elle étouffe en quelque sorte par endroits. L'intérêt est réel, mais il s'éparpille un peu trop de côté et d^autre. Il

1. Lettres publiées par le Revue des Deux Mondes, ["' mars 1896 : voir Lettre du 23 nov. 1836.

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