INTRODUCTION. XLVII
manque ce lien nécessaire qui porte le sang et la vie dans tout l'organisme dramatique.
Du moins en reste-t-il quelque chose. Par contre il ne reste rien de la lecture des Mécontents et pas grand'chose des Deux Béntaf/es, comédie bien pâle et un peu longue. Ici la profondeur de l'observation et la puissance du trait manquent totalement. Les personnages causent, parlent, agissent ... et ne vivent pas. Au contraire le héros vit dans ces scènes, scènes à la diable, qui sont intitulées les Débuts cVun Aventurier et surtout dans cette traduction si vive, si nette si pittoresque que Mérimée a donnée de ïlnspecteur général de Nicolas Gogol. Là ses qualités de style lui servent à merveille; le dialogue marche vivement, les personnages sont bien présentés. Cette traduction, précise à la fois et originale, vaut peut-être à elle seule tous les autres essais dramatiques de Mérimée. 11 lui a manqué comme auteur dramatique ce qu'il a eu à un degré rare dans la nouvelle, l'art de peindre et de faire vivre par des traits significatifs ses personnages, et de savoir ramasser les différentes péripéties d'une action de façon à graduer toujours et renforcer l'intérêt.
Il a été plus heureux de beaucoup dans ses ouvrages historiques, remarquables par un mélange habile de science et d'art. Ce sont des livres utiles tout ensemble et intéressants. Il y a donné tous ses soins. Car non seulement il aimait beaucoup l'histoire, mais il aimait aussi beaucoup l'écrire. En 1856 il dit qu'il a tant fait de romans qu'il n'aime