Karamzine, XI, p
avaient publié que le prétendant était un imposteur, un moine fugitif, personne n'a^■ait voulu ajouter foi à ce qui semblait une calomnie inventée par la haine et la terreur. Maintenant, l'étrange insouciance de Démétrius donnait quelque consistance à l'accusation portée contre lui, et l'on commençait à dire que la tsarine religieuse, trop certaine de la mort de son fils, se refusait à reconnaître l'aventurier qui en prenait le nom. Les Nagoï, il est vrai, s'étaient empressés d'entourer le nouveau tsar et de se prévaloir de leur parenté, mais ils n'étaient ni aimés ni considérés par personne, tandis que les malheurs de la tsarine et le saint caractère qu'elle avait revêtu en faisaient un témoin irréprochable.
Toutes ces sourdes accusations allaient être solennellement démenties. On sut que le tsar avait mandé sa mère du couvent de Vyksa qu'elle habitait, et que lui-même allait à sa rencontre jusqu'à Toïninsk. Selon toute apparence elle avait déjà reçu plus d'un message de son prétendu fils, et elle ne les avait pas mal accueillis; mais nulle explication n'avait encore eu lieu; Démétrius n'avait livré son secret à personne, et il ne s'en fiait qu'à lui-même pour obtenir la réception si nécessaire à ses projets. Le 18 juillet il sortit de Moscou en grande pompe, suivi par une foule immense dont la curiosité était excitée au plus haut degré et qui venait chercher dans la contenance de la mère et du fils la solution d'une énigme qui préoccupait tous les esprits *.