EGLISE ROMANE ET EGLISE GoTIIHjfE
Apparence de solidité d'une part, apparence de légèreté de l'autre, voilà des caractères qui ne peu-
1. On trouvera plus loin, dans la Correspondance, quelques lettres particulièremeut intéressantes au point de vue artistique.
vent se confondre. Je me hâte de les développer. A la première vue d'une église romane, on est frappé de sa largeur comparée à sa hauteur. Sur ce point, il serait inutile de formuler une règle mathématique; mais, si le rapport de ces dimensions est variable quant aux chiffres, l'apparence d'une large base est constante. Xi les voûtes ni les arcades ne sont fort élevées. Toujours remarquablement épais, les murs sont encore renforcés de contreforts, dont les dimensions s'accroissent avec la hauteur du monument. Si l'on examine la masse, on observera la prédominance des parties pleines sur les vides. Ainsi les fenêtres n'occupent, dans chaque travée, qu'une fort petite place, et leur ouverture est encore rétrécie par des colonnes qui leur servent de chambranle ou les divisent par le milieu. Les colonnes sont fortes, souvent trapues, les piliers massifs, et les colonnes engagées qui montent le long des murs de la nef jusqu'aux retombées des arcs doubleaux peuvent, en raison de leur importance, passer pour de véritables contreforts intérieurs.
Étudions les mêmes parties dans une église gothique; nous remarquerons d'abord, à l'extérieur, la hauteur de sa façade et l'élancement de toute la construction ; à l'intérieur, l'élévation des arcades, celle des voûtes pour ainsi dire suspendues sur de minces colonnettes. Au lieu de ces piliers lourds et robustes, nous verrons des piliers élevés dont le diamètre réel est déguisé par leur plan en étoile, et par la multiplicité des colonnettes grêles qui les composent. On peut comparer les premiers à un
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tronc de chêne, les seconds à un faisceau de roseaux légers. Les fenêtres, tout à l'heure si étroites, occupent maintenant tout le haut de la travée, et les meneaux qui les divisent sont si longs et si minces, que, loin de paraître ajouter à la solidité de l'arc qui les surmonte, on conçoit à peine qu'ils résistent à l'effort du vent. Au-dessus des premières arcades règne une galerie, non plus sombre comme dans les églises romanes, mais ouverte à jour des deux côtés, en sorte qu'on dirait que toute la partie supérieure de l'édifice, son toit et ses voûtes, n'ont pour tout appui que des colonnettes fragiles, qu'un faible choc mettrait en pièces. Eh bien, ces galeries, nous les avons vues dans les basiliques romanes, mais basses et ouvertes seulement à l'intérieur; ces faisceaux de colonnes, nous les avons vus, mais lourds et massifs. Cette division des fenêtres par meneaux, nous en avons vu le principe dans les colonnes qui séparent en deux arcades les fenêtres byzantines ; ces colonnes, appliquées au mur de la nef pour soutenir les retombées des voûtes, nous les avons vues, mais épaisses et comme une garantie surabondante de force et de résistance. En un mot, chaque travée, dans les deux styles, se compose des mêmes éléments : seulement, dans l'une le but des architectes a été la solidité; dans l'autre la légèreté.
Essai sur V architecture religieuse. [Études sur les arts au moyen âge.)