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l'art gothique

Il est à remarquer, que, dès ses premiers débuts, l'art gothique s'essaya sur des monuments très considérables, et cette circonstance ne contribua pas peu sans doute à lui donner ce caractère de grandeur auquel conduisait d'ailleurs la tendance générale du système. Au moment de son apparition en France, le pouvoir, longtemps divisé entre une multitude de petits tyrans féodaux, commençait à se concentrer entre les mains d'un moindre nombre de seigneurs plus riches et plus influents. De cette centralisation résultait l'accroissement des ressources et, avec elles, la possibilité d'entreprendre de vastes constructions; ajoutons que jamais les richesses du clergé n'avaient été si considérables, son influence moins contestée. Avec des indulgences, il pouvait disposer de milliers de travailleurs. Jusqu'alors, on avait beaucoup bâti, il est vrai, mais isolément, en éparpillant pour ainsi dire ses ressources. Il semblait qu'aux xi" et xii'= siècles, on se fût plus attaché à multiplier les églises qu'à en construire de monumentales. Au xiii" siècle, au contraire, le zèle religieux se porta sur un moindre nombre de fondations; mais, en revanche, il agit d'autant plus puissamment que ses efforts étaient moins divisés. Les plans s'agrandirent à mesure que le nombre des constructions isolées diminuait. Jadis, chaque seigneur, chaque abbé, avait voulu attacher son nom à l'érection d'une chapelle; maintenant, on verra des princes, des villes, des nations même s'associer pour élever des cathédrales.

L'art gothique parut avec uu système nouveau : il choisit dans l'architecture romane, s'appropria les éléments déjà en usage et les perfectionna tous; il sut composer un ensemble de ces éléments, et l'on eût dit qu'il les transformait en les mettant en œuvre. Son principe, je l'ai déjà indiqué : c'est la légèreté. Suivons-le dans une de ses applications.

L'architecture byzantine avait multiplié les colonnes; mais, toujours timide, elle les avait faites énormes et trapues, ou bien engagées dans des massifs épais. Tout d'abord, l'architecture gothique les allonge démesiH'ément et en diminue le diamètre. Elle en fait un des principaux moyens de décoration. C'est même leur seul but, car elles cessent d'être nécessaires pour assurer la solidité. Souvent les architectes se plaisent à isoler de longues et frêles colonnettes, qui, par leur position, rappellent leur usage ancien, mais qui, par leur forme grêle et par leur fragilité, semblent plutôt offrir un sujet d'etfroi qu'un moyen de résistance '. Ainsi, de très bonne heure, nous voyons de hautes nefs divisées par des colonnettes sur lequelles semble reposer la masse d'une voûte élevée. Par un artifice de construction, cette masse en réalité ne porte point sur des colonnettes, elle se décharge sur des murs latéraux d'une solidité à toute épreuve ^ Une disposition semblable, mais sur une très petite échelle, s'observe dans quelques cryptes byzantines, par

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