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LES RUINES DE PARIS

Un jour, dans deux mille ans peut-être, Parmi la ronce et les débris, A peine on pourra reconnaître La place où s'élevait Paris.

Alors des hauteurs de Montmartre, L'œil curieux voudra saisir Les plis de cette immense dartre Qui fut le séjour du plaisir.

Les professeurs, les antiquaires, Diront aux futurs écoliers :

« Voyez combien étaient précaires Les gloires de vos devanciers !

> Ces marais, refuges des râles, lîtaient des îles autrefois, Où se dressaient les cathédrales Et le palais des premiers rois.

» Ces berges que la mousse couvre Et qui s'effondrent sous les eaux.

C'étaient l'Institut et le Louvre Ensevelis dans les roseaux.

» Ces dunes pauvrement boisées.

C'est la Sorbonne et l'Odéon, Ces landes, les Champs-Elysées, Ces broussailles, le Panthéon.

» Plus loin, de maigres pâturages Se prolongent aux alentours.

Où dorment les buffles sauvages Accroupis sur les vieux faubourgs.

» Au milieu de l'amphithéâtre, La Cité du luxe et des arts Ne laisse qu'un sable grisâtre.

Des vipères et des lézards.

» Là fut la place favorite

Où le monde vint se presser.

Sol épuisé, terre maudite,

Rien n'y pourra jamais pousser. »

Mais que dis-je et quel mauvais rêve Vient nous troubler quand nous buvons ? La nuit a fui, le jour se lève :

Paris existe, et nous vivons ! ^

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