QUATRAINS
Une abeille disait : « Je suis la grande Abeille ; Pour l'esprit, la beauté, je n'ai pas ma pareille. Quel vide chez mes sœurs laissera mon trépas ! » Elle mourut : l'essaim ne s'en aperçut pas.
L'honneur, mot plein, chose parfaite, N'a point de degrés ici-bas :
On n'est pas plus ou moins honnête ; On l'est ou bien on ne l'est pas.
Tu prétends, ami, que nous sommes Issus des singes ; mais conclus :
S'ils étaient devenus les hommes, Les singes n'existeraient plus.
Je veux tout voir et tout connaître, Venir ici, courir là-bas :
Où j'étais je ne veux plus être ; Je veux être où je ne suis pas.
Gustave a l'humeur indécise ; Il flotte à gauche, à droite ; mais, Quand c'est pour faire une sottise, Gustave n'hésite jamais.
Est-il rien de plus beau que le millionnaire. Qui, pouvant tout garder, veut tout jeter à bas. Le riche partageux, révolutionnaire ?
— Oui, le pauvre qui ne l'est pas.
Homme étourdi, tête de lièvre.
Ne parle pas, prends l'encrier.
Il est de la plume au papier Comme de la coupe à la lèvre.
Il était laid, il est splendide ;
Il était chétif, il est fort ;
Il était trouble, il est limpide :
C'est qu'il vivait, c'est qu'il est mort.
Ce n'est pas affaire d'oreille, De temps, de langue ou de chemin ; Mais il faut s'adresser la veille A qui comprend le lendemain.
Je crains beaucoup les patriotes.
Du moins ceux qui prennent ce nom.
Qu'ils soient avec ou sans culottes, Sont-ils plus Français que moi ? — Non.
Renoncer au talent qui brille.
Aux succès, aux gaîtés de l'esprit et du cœur.
N'est-ce pas trahir sa famille ?
N'est-ce pas être ingrat envers le Créateur ?
Il était fort gêné pour gérer sa fortune ;
Mais il a négligé, gaspillé, mal mené.
Il ne lui reste pas une obole ; pas une :
Maintenant il n'est plus gêné.
Une belle décolletée.
Disait l'autre soir dans un bal Que l'abstinence lui fait mal.
Elle s'est toujours bien portée.
Il était un nommé Gros-Sel Qui confondait le mot suffrage Avec le mot naufrage :
Il disait volontiers : nauirage universel.
Il existe encore en province Quelques vieux types égarés De gens qui respectent le Prince, La Loi, l'Église et les Curés.
Veux-tu te consoler d'une perte légère, D'un embarras d'argent, d'un débiteur sans foi ? — Le moyen ? diras-tu. — Je vais te satisfaire : En faisant une aumône à plus pauvre que toi.
Il faut admirer de quel art Les joueurs expliquent leur cause :
S'ils perdent, c'est jeu de hasard :
Mais, s'ils gagnent, c'est autre chose.
« Nous sommes citoyens du monde ; Et vous ? Répondez franchement.
— Que voulez- vous que je réponde ?
Je suis Français tout bonnement.
Cet homme est très content de lui :
Il veut absolument qu'on l'admire et qu'on l'aime. Comme il n'a pu trouver cet amour chez autrui. Il est bien obligé de s'admirer lui-même.
Phryné disait (propos sublime) « L'affection, je n'y tiens pas ; Mais ce qu'il me faut, c'est l'estime.
— Ho ! ho ! Phryné, parle plus bas !
Ci-gît un pauvre photographe Qui vécut souffrant et perclus :
Il avait fait son épitaphe :
« Ne bougeons plus ! »
Que de croix noires !
Que de caveaux remplis !
Que de mémoires !
Et surtout que d'oublis !