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UNE SURPRISE

Le roi disait à son ministre :

« Certes, je ne suis pas un cuistre :

Je ne ressemble en rien aux rois

Ni d'aujourd'hui ni d'autrefois.

Je veux connaître par moi-même

Les soiihaits d'un peuple que j'aime,

Et j'irai visiter demain

Mon régiment de Saint-Germain. »

Le ministre répondit : « Sire,

Ce que vous voulez je désire.

On sait que Votre Majesté

Estime la sincérité.

— Et si nous partions tout de suite ?

Dit le roi. — Bravo ! vite ! vite ! »

Dans le plus strict incognito

Tous deux quittèrent le château.

« Comme nous allons les surprendre ! »

Disait le moderne Alexandre.

Clitus répondit : « En effet,

Ils seront surpris tout à fait. »

Ils arrivèrent à l'aurore

Dans la ville dormante encore.

Mais la trompette et le tambour

N'avaient pas attendu le jour.

La garnison (non prévenue) Se trouvait en grande tenue.

Elle criait : « Vive le roi ! »

— « Ils devinent donc que c'est moi ? » Dit le roi pris d'inquiétude.

— « Non, sire, c'est leur habitude :

Ils disent cela constamment

Pour témoigner leur dévouement. »

La musique (non prévenue)

Jouait une marche connue

D'un rythme lourd et solennel.

Bien mieux encor : le colonel.

Oui n'était pas fort sur la langue.

Fit une fort belle harangue.

Le roi dit : « Peste ! quel discours !

— C'est comme cela tous les joiirs. »

Le roi voulut au réfectoire

Voir ses soldats manger et boire.

Même il se montra désireux De boire et manger avec eux.

On lui servit, comme à la troupe, Bon pain, bon vin et bonne soupe.

« Parbleu ! daignait dire le roi, Je ne dîne pas mieux chez moi.

Si l'on fa:it toujours cette chère.

Ma garnison n'est pas trop chère.

Le bon ministre roucoula :

« C'est tous les jours comme cela »

Après sa bouteille vidée.

Le roi cria : « J'ai mon idée :

Je ne suis jamais autant qu'eux Satisfait de mon maître queux.

Sur une table bien servie On me fait faire maigre vie.

Je veux avoir décidément Le cuisinier du régiment. »

Le ministre essaya de rire Et finement répondit : « Sire, Il faut que Votre Majesté Garde un peu plus de dignité.

— Non, non, dit le roi, je l'ordonne.

Et bien mieux, je vais en personne (Et qui pourrait m'en empêcher ?) Je vais moi-même le chercher. »

Le ministre devint plus blême Qu'un moine à la fin du carême.

Il dit quelques mots maladroits, En vain. Les enfants et les rois Qui pensent avoir une idée En ont la tête possédée.

Bientôt il vit avec effroi L'enfant... c'est-à-dire le roi Courir vers la salle voisine Où s'élaborait la cuisine.

Aussitôt tous les marmitons Se rangèrent par pelotons.

Pour laisser passer le monarque.

Une singulière remarque Vint à l'esprit de celui-ci :

« Les têtes que je vois ici Me paraissent toutes pourvues De faces que j'ai déjà vues.

C'est vous Carême, et vous, Vatel, Mon chef et mon maître d'hôtel !

Ici que venez-vous donc faire ?

— Sire, notre office ordinaire :

Ce que mange Sa Majesté

Par nos mains doit être apprêté.

— Bon, je commence à vous entendre ;

Et nous qui pensions les surprendre ! »

Le ministre semblait contrit.

Mais tous les rois ont de l'esprit :

« Allons, monsieur, c'est à merveille ; Vous prévoyez tout dès la veille ; Mais quand vous vous moquez du roi, En bon sujet, prévenez moi.

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