CHANSONS DE CIRCONSTANCE
L'automne.
Le printemps, de douce mémoire, N'a plus de cours en nos climats; Nos pères célébraient sa gloire ; Nous ne voyons que des frimas.
L'été pleurnicheur, monotone, N'a plus de soleils éclatants ;
Chantons l'automne Qui nous ramène le printemps.
Les champs au soleil étincellent ; Voici la vermeille saison.
Voyez : les fleurs aux fruits se mêlent, Comme la grâce à la raison.
désigne comme « le meilleur et le plus fidèle de ses interprètes. » — En juin 1893 Saint- Germain écrivit à la mémoire de Nadaud quelques jolies strophes. En voici deux qu'il est juste de conserver ici :
Absent, Nadaud n'est donc pas mort.
Il est des absents qu'on regrette ;
Nous pouvons envier son sort :
On le relit, on le répète
En s'en allant au sombre bord,
Il a dû s'arrêter en route.
Qui donc a dit qu'il était mort ?
Moi je suis sûr qu'il nous écoute.
Qui donc a dit qu'il était mort ?
Ses vers se jouent en ma mémoire.
Chaque jour, je l'entends encore Acclamé par quelque auditoire ; Son nom évoque tout d'abord Strophe ou couplet, quatrain, distique.
Qui donc a dit qu'il était mort ?
Chacun fredonne sa musique.
Septembre a gardé la couronne Qu'avril met aux bois inconstants.
Chantons l'automne Qui prend les couleurs du printemps.
C'est un touchant anniversaire Qui nous rassemble tous ici ; Il est doux au cœur de ta mère, Mon cher Cousin, dis-lui merci.
Nous le savons, l'heure qui sonne ^ A pour toi marqué dix huit ans.
Chantons l'automne Qui mûrit tes dix-huit printemps.
On revit dans ceux que l'on aime ; L'amour confond ceux qu'il unit.
Sans que je sois bien vieux moi-même, Ta jeunesse me rajeunit.
Et vous (je ne nomme personne), Vous qui vivez dans vos enfants,
Chantez l'automne.
Voilà votre éternel printemps.
Le Bon Oncle. ^
Il avait fui le trouble de nos villes Pour s'endormir dans le calme des champs, Il se disait que les hommes serviles Ne valent pas les oiseaux et leurs chants. Le rossignol, le pinson, la fauvette.
Pouvaient nicher dans les arbres feuillus ; Chacun feignait d'ignorer leur cachette.
Chantez, oiseaux, le bon Oncle n'est plus.
Il cultivait dans un jardin immense Toutes les fleurs qui naissent en plein air. Il ramassait lui-même la semence Pour la sauver des rigueurs de l'hiver. Pas un muguet, pas un brin de glycine N'était perdu ; ses ordres absolus Étaient qu'on meurt où l'on a pris racine. Fleurs, ouvrez-vous, le bon Oncle n'est plus.