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CHANSONS DU TEMPS DE GUERRE

Les Bavarois

Comme ils doivent avoir la puce A l'oreille, les Bavarois !

Pas plus que les Wurtembergeois.

Vainqueurs, ils sont au roi de Prusse, Vaincus, ils conservent leurs droits.

Bismarck, compère plein d'astuce, Pourrait bien s'être mis dedans.

Les Bavarois sont gens prudents.

Vainqueurs, ils sont au roi de Prusse, Vaincus, ils sont indépendants.

Je sais qu'à leur place, ne fût-ce Que pour garder nos vieilles lois, Je me ferai battre vingt fois.

Vainqueurs, ils seraient à la Prusse, Vaincus, ils restent Bavarois.

Je comprends qu'un Russe soit Russe Et que les Prussiens soient Prussiens, Mais vous leur servir de soutiens ?

Vainqueurs, vous êtes à la Prusse, Vaincus, vous êtes citoyens ^

1. D'api es les Commentaires, « cette chanson fut faite le 28 juillet 1870 à Champignysur-Marne, Champigny-la-bataille. « Les autres chansons faites pendant la guerre ne peu-

La Providence des Brigands.

Certain brigand sur le retour

Racontait sa vie Aux enfants venus d'alentour Qui l'écoutaient l'âme ravie.

Il disait : « Enfants, Les bons sont toujours triomphants, Le Ciel leur vient en assistance Remercions la Providence.

— Quelle Providence ?

Dirent les enfants.

— La Providence des brigands !

CHŒUR

Sainte Providence !

Je fus brigand, nous étions deux ;

Mon brave complice Fut moins habile et moins heureux La chance n'est pas la justice.

Nous étions voisins.

Nous étions même un peu cousins.

J'en pleure encore quand j'y pense.

Remercions la Providence.

— Quelle Providence ?

Dirent les entanfs.

— La Providence des brigands.

CHŒUR

Sainte Providence !

Nous rencontrâmes, sur le soir, Un pauvre jeune homme Un orphelin vêtu de noir Qui portait une forte somme.

Le destin clément Nous l'envoyait évidemment !

Il pouvait passer à distance.

Remercions la Providence.

vent être publiées. On y sent percer soit l'espoir, soit le désir de célébrer la victoire. L'une d'elles commence ainsi :

« Il faut à chaque victoire

En chansons mettre l'histoire,

Sans jactance et sans mépris ».

Hélas ! l'excellent état d'esprit du pauvre chansonnier était trop éloigné de la tnste réalité qui, au bout de quelques mois, devait prévaloir sous le nom de désastre.

— Quelle Providence ?

Dirent les enfants.

— La Providence des brigands.

CHŒUR

Sainte Providence !

Ce bon voyageur pouvait bien

Être sans ressource ; Il pouvait, même ayant du bien, Ne pas porter sur lui sa bourse.

Il pouvait aussi Nous résister, mais Dieu merci, Il rendit l'âme sans détense.

Remercions la Providence.

— Quelle Providence ?

Dirent les enfants.

— La Providence des brigands.

CHŒUR

Sainte Providence !

Lorsque nous eûmes fait le coup,

J'eus cette pensée Que le loup peut manger le loup, Je vis ma prière exaucée,

Mon associé Tôt ou tard eût pris ma moitié :

Je pris la sienne par prudence.

Remercions la Providence.

— Quelle Providence ?

Dirent les enfants.

— La Providence des brigands.

CHŒUR

Sainte Providence !

La mort de mon co-partageant Me rendit moins pauvre.

Puis je reçus en voyageant

Un héritage du Hanovre, Puis le cofïre-fort

D'un riche banquier de Francfort,

Je connus enfin l'abondance.

Remercions la Providence.

— Quelle Providence ?

Dirent les enfants.

— La Providence des brigands.

CHŒUR

Sainte Providence !

Enfants, telle est, en abrégé,

Toute mon histoire.

Le ciel m'a toujours protégé ; Je ne veux pas m'en faire gloire.

Vous vouliez savoir D'où me vient mon petit avoir, Je vous en ai fait confidence.

Remercions la Providence.

— Quelle Providence ?

Dirent les enfants.

— La Providence des brigands.

CHŒUR

Sainte Providence !

On pourrait croire que ceci

Se passe en Calabre.

Non, regardez plus près d'ici, Ce monarque armé d'un grand sabre.

Il dit • ;< Mes enfants, Les bons sont toujours triomphants, Je vous tiens sous ma dépendance.

Remerciez la Providence.

— Quelle Providence ?

Dirent les enfants.

— La Providence des brigands.

Sainte Providence ! ^

I. Ce poème à la fois vif et profond, est à peu près unique en son genre parmi les productions de Nadaud. Composé au lendemain de la victoire de Bismark sur l'Autriche, en ï866, il aurait eu un sens assez clair pour les contemporains ; aujourd'hui, avec le recul du temps, il semble être devenu un vrai type de « chanson historique », de « chanson savante » ; tant il est vrai que l'opinion — qui n'est que la somme des mémoires individuelles — oublie vite les événements les plus graves. Les allusions, quoique lointaines, se devinent cependant assez bien. Le chansonnier rappelle d'abord l'alliance étrange de la Prusse et de l'Autriche, en 1863, puis la guerre contre le Danemark pour lui arracher les trois duchés de l'Elbe, en 1864. Sans perdre un détail caractéristique, il signale ensuite la rupture toujours aussi étrange de la Prusse et de l'Autriche, l'annexion du royaume de Hanovre et de la ville libre de Francfort, et enfin la campagne de Sadowa.

Dans ses Commentaires, le poète n'ajoute presque rien : « En consultant mes vieux cahiers, écrit-il, je viens de retrouver la Providence des brigands qui a été faite à Charvieux en 1866. J'étais alors sur le point de partir pour l'Italie b. — Cette chanson a paru déjà dans les Nouvelles Chansons à dire, en 1889, chez l'éditeur Stock, mais avec un texte un peu différent et moins complet.

CHANTS AVEC MUSIQUE

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