ROMANCE
Andante tranquillo.
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Sa- lut! je te re-vois en- co-re Aus - si pau- vre, mais plus ton- ;
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chant, Mon clocher d'ar-doi - se que do-re La pourpre du so-leil cou-
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chant,
Par - mi les ar - bres et les tui - les,
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Je vois en- co - re se per - cher Ton coq aux ai -les im^mo-
p riten.
3Éizi:
bi - les,
Mon vieux clo -cher Mon vieux clo - cher.
Tu rappelles ce temps prospère, Où, petits, nous trouvions si grand Le jardin de notre bon père, Qui n'avait pas plus d'un arpent.
Je croyais que rien sur la terre De toi ne pouvait approcher.
Fût-ce Notre-Dame ou Saint-Pierre, Mon vieux clocher.
t. Publié avec l'autorisation de M. J. Andrieu, seul propriétaire, éditeur à Paris.
Fac-similé d'une pièce autographe et inédite écrite par Nadaud âgé d'environ 60 ans.
CHANTS AVEC MUSIQUE
Tu rends la mémoire présente De l'âge où ton cadran poudreux Marquait l'heure rapide ou lente De nos leçons ou de nos jeux.
Puis les échos, de proche en proche, Sous les toits allaient épancher L'Angélus que tintait la cloche, Mon vieux clocher.
C'est que tu tiens à l'âme ém.ue Le livre ouvert du souvenir ; Toujours ton aspect y remue Quelque rêve près de finir.
C'est qu'après une longue absence, Je retrouve, sans les chercher.
Quinze ans de paix et d'innocence, Mon vieux clocher.
J'ai vus suspendus à ton faîte Des drapeaux qui flottaient au vent ; On les hissait en grande fête, Et puis on les changeait souvent.
L'homme détruit tout sur sa route ; Nul lien ne peut l'attacher ; Un jour on t'abattra sans doute.
Mon vieux clocher.
Bientôt un pompeux péristyle Va s'élever sur tes débris ; Tout village veut être ville, Toute ville singe Paris.
Avec tes ardoises que dore Le soleil qui va se coucher.
Salut, je te rev'ois encore.
Mon vieux clocher. ^
I Si Nadaud n'a laissé aucune note sur cette agréable romance, cela tient évidemment à ce fait qu'elle fut publiée tardivement, alors que les divers souvenirs ou commentaires étaient déjà compo^.és et même classés.
Cependant il a bien montré dans ses écrit inédits, non seulement quel était son attache-
ment pour son pays d'origine, mais aussi ce que sa vocation poétique lui devait. Et c'est cela surtout qui nous interesse.
« Mon pays natal, écrit-il à propos de la chanson qui porte ce titre, c'est Roubaix. Beaucoup de personnes m'ont cru du Dauphiné ou du Midi. Non. Roubaix est mon pays, je n'en connais pas d'autres.
J'ai fait beaucoup de mes chansons à Roubaix, et quelques-unes sur Roubaix. Tai chanté, il y a bien longtemps, le Carnaval de Roubaix, le mariage de mon ami Pierre Parent, et plus récemment le vieux Dauphin (le plus ancien Cercle de la ville) ». Le chansonnier était né exactement dans une maison de la Grande Rue ; maison aujourd'hui démolie qui a laissé place à une autre portant le n" 49, en face de la place de la Liberté.
Naturellement, Nadaud se faisait aimablement plaisanter par ses amis sur le côté peu pittoresque de sa ville natale. « J'espère que tu ne partiras pas trop vite pour ton affreux Roubaix, lui écrit en un certain mois de juin, l'un de ses plus intimes correspondants, Edmond Cottinet. Mais non, c'est impossible, on ne va pas à Roubaix en juin I » Mais, très attaché à sa famille, le chansonnier, parisien de Roubaix, aimait trop à retrouver, non loin de son « vieux clocher », ses deux sœurs, qu'il a si bien chantées sous ce titre : Ma Sœur « J'aurais pu dire Mes Sœurs, a-t-il écrit dans ses Commentaires, car j'en ai deux. Il n'est pas un mot dit de l'une qui ne s'applique à l'autre, Anzûs et Caroline. »
Dans les mêmes Commentaires nous retrouvons plus d'un détail familier concernant Roubaix. C'est d'abord au sujet de la Chanson intitulée la Pluie. « C'est à Roubaix, le i*"' juin 1853, que je fis /a Pluie. J'entends encore le pétillement des gouttes d'eau qui tombaient sur le toit vitré de la petite salle à manger de la rue Neuve. » Mais, on trouve des révélations autrement curieuses sur des chansons qui comptent parmi les plus poétiques. C'est près de r« affreux Roubaix » qu'est né le Vieux Tilleul : « J'ai connu cet arbre dans mon enfance aux environs de Roubaix, à l'endroit où le vieux chemin de Lannoy coupait la route de la Potennerie. Il a disparu depuis longtemps ». Un autre poème émouvant et excellent de tous points, a la même origine : « Lorsque nous allions étant enfants, à la ducasse de Mouvaux, nous rencontrions toujours sur la route un vieux soldat qui faisait l'exercice avec un bâton. C'est peut-être cet homme qui m'a donné plus tard l'idée du Fo^i Guilltau. »
Sur sa propre vocation, Nadaud a laissé, dans la préface rimée des Miettes poétiques, • un mot » plus explicite que tout le reste.
« Ce n'est pas l'Amour qui m'a fait poète Bien que j'aie aussi chanté mes amours. Dès étant enfant j'avais dans la tête Un certain oiseau qui chantait toujours. Ce n'est pas non plus la grande Nature, Les prés ni les bois, les monts ni la mer. »
Roubaix ne réunit pas à coup sûr ces derniers éléments jugés indispensables par tel théoricien de l'école romantique. La grosse ville industrielle, toute bourdonnante d'activité, poursuivant avec fièvre les résultats positifs, estimerait bien parfois comme Mîdherbe, que u le poète n'est pas plus utile à'I'État qu'un joueur de quilles ». Pourtant elle n'a aucunement brisé les aspirations du jeune poète auquel elle a donné naissance. Il suf&t ici d'avoir mesuré dans quelle proportion elle a au contraire contribué à favoriser son essor.
CHANTS AVEC MUSIQUE